Le dernier rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) le souligne : l’aquaculture occupe la première place dans les assiettes des consommateurs qui se remplissent toujours plus de poissons !

Les producteurs de poissons d'élevage dans le lac Maoe le 28 décembre 2017 à Huaian, dans la province du Jiangsu en Chine.
Les producteurs de poissons d'élevage dans le lac Maoe le 28 décembre 2017 à Huaian, dans la province du Jiangsu en Chine. © Getty / VCG / Contributeur

Jamais l’appétit pour les produits de la mer n’a été aussi grand dans le monde ! Dans son dernier rapport sur les pêcheries et l’aquaculture mondiale, l’organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que la consommation globale a carrément bondi de 122% par rapport à 1990. Ce sont 156 millions de tonnes de poissons et autres fruits de mers qui ont atterries dans nos assiettes en 2018 (année de référence statistique du rapport). En moyenne, cela représente donc 20,5kg par habitant de la planète. Une quantité qui pourrait même atteindre les 21,5 kg n 2030 selon la FAO.

Toujours plus, vraiment ? Cette hausse prévue de 15% (179 millions de tonnes en 2018 contre 204 en 2030) est, en réalité, bien moins marquée que la croissance de 27 % survenue ces dix dernières années. Comme l’explique la FAO, deux éléments fondamentaux doivent encore être réunis pour que cette hausse perdure : une gestion toujours plus raisonnée de la pêche…. et – peut-être plus urgemment encore – le développement d’une aquaculture durable. 

En effet, ce que l’on ne sait pas toujours c’est que derrière cette hausse historique de la consommation mondiale de produits de la mer, se cache une véritable explosion des pratiques d’élevage. Imaginez, entre 1990 et 2018, les captures de poissons ont augmenté de seulement 14%, tandis que la production de l’aquaculture s’est accrue, elle, de 527%. On pense notamment à l’élevage des carpes en Asie qui écrase en volume la production de saumon en Norvège. Qu’il s’agisse de cages en mer, d’étangs, de bassins ou de rizières, il faut donc savoir que l'aquaculture fournit désormais 52 % des poissons consommés par les humains contre 17 %, trente ans plus tôt. Le nain est devenu un géant ! 

Et il est plus que temps de se soucier des conditions qui ont cours dans ces élevages. Certaines associations, comme Bloom dénoncent depuis des années, par exemple, le recourt à la « pêche minotière » qui capture les poissons situés en bas de la chaîne alimentaire (sardines ou anchois) pour les réduire en farine et en huile pour alimenter les poissons d’élevage. Pour les remplacer, au moins en partie, des alternatives commencent à émerger avec par exemple l’utilisation de farine d’insectes, autorisée depuis 2018 en Europe. Dans son rapport, l’agence onusienne souligne, elle, la moindre « disponibilité de ressources en eau et de sites de production appropriés » ou encore l’augmentation des maladies des animaux aquatiques liées aux pratiques de production intensive. Des directives avec des normes internationales seraient en préparation, selon l’Agence. 

Et pour la capture ? Moins de 66 % des stocks de poissons étaient exploités de façon durable en 2017, ­alors que le niveau était de 90 % en 1970. A noter que ces estimations restent très discutées. Néanmoins le rapport souligne des efforts dans la protection de la ressource en Alaska, dans le sud du Pacifique, dans l’océan Atlantique au large de l’Europe. Mais il épingle au passage la Méditerranée, où environ 63 % de stocks sont pêchés de façon non durable.

Enfin, en mer, comme ailleurs, les effets de la pandémie de Covid-19 sont massifs. Dans un supplément ajouté en urgence à son rapport, on peut lire que les activités de pêche à l'échelle mondiale ont diminué d'environ 6,5% à cause des restrictions et du manque de main-d'œuvre liés au confinement notamment. Surtout, la baisse drastique du tourisme, l’absence de restauration collective et le nombre de restaurants obligés de tirer leurs rideaux ont eu d'énormes répercussions sur les chaînes de distribution de nombreuses espèces. Dans certaines régions de la mer Méditerranée et de la mer Noire, plus de 90% des pêcheurs artisanaux ont dû cesser toutes leurs activités parce qu'ils ne trouvaient, tout simplement, plus d’acheteurs pour leurs prises. 

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