Sur l'île de Wight au Royaume-Uni, des plantes nommées cycas revoluta ont produit des organes mâles et femelles en extérieur. Impensable il y a quelques années à une telle latitude.

La cycas revoluta se reproduit normalement sur des latitudes beaucoup plus méditerranéennes, presque tropicales.
La cycas revoluta se reproduit normalement sur des latitudes beaucoup plus méditerranéennes, presque tropicales. © AFP / HorizonFeatures/Leemage

Une conséquence supplémentaire du changement climatique. Sur l’île de Wight, au large de la côte sud de l’Angleterre, une plante tropicale a produit pour la première fois depuis 60 millions d’années en extérieur des organes mâles et femelles. Il s’agit de deux cycas revoluta : une espèce primitive de plante qui abondait il y a 280 millions d’années, à l'époque du Jurassique. 

"Il y a 20 ans, nous avons commencé à faire pousser des cycas pour faire une expérience", rapporte Chris Kidd, conservateur au jardin botanique de Ventnor sur l’île de Wight, interrogé par CNN. "Depuis 15 ans, elles ont survécu aux hivers, ont poussé et ont produit des feuilles. Il y a 5 ans, un cycas mâle a produit un cône. Et cette année, un cycas mâle et femelle ont tous les deux produit des inflorescences".  Dans un communiqué, le jardin botanique affirme que "c'est une indication claire que _des été plus chauds ainsi que des hivers plus doux entraînent ce phénomène._"

C'est un cas de floraison pour la première fois à une telle latitude", Éric Motard, technicien botaniste au CNRS

"C’est un cas de floraison pour la première fois à une telle latitude", explique à France Inter Éric Motard, technicien botaniste au CNRS. "La Grande Bretagne ne dispose pas d’un climat qui est celui dans lequel on peut trouver la population native du cycas revoluta, qui est sur des latitudes beaucoup plus méditerranéennes, tempérées, je dirais presque tropicales : sur l’île de Wight, ils vont bientôt pouvoir _faire de la reproduction sexuée de cette espèce qui est une espèce subtropicale_." Le jardin botanique a aussi pu faire pousser récemment d'autres plantes que l'on trouve habituellement dans des environnements bien plus chauds, comme des géraniums géants de Madère.

La hausse des températures a aussi un effet sur les végétaux en France

Selon Éric Motard, ce phénomène s’observe également sur beaucoup de plantes horticoles cultivées y compris chez nous en France. "On les voit petit à petit fructifier de plus en plus abondamment. Par exemple, le flamboyant d’Uruguay : _une plante plutôt méditerranéenne, chaude, qu’on commence à pouvoir cultiver sans problème dans la moitié nord de la France_."

C'est un signal qui est extrêmement rapide"

"Sur l’ensemble du territoire français, il a été démontré par l’équipe du Museum d’histoire naturelle que l’optimum de température de plantes communes du territoire _augmente significativement ces 7 ou 8 dernières années : c’est un signal qui est extrêmement rapide_", note le scientifique, qui pour souligner la vitesse du processus cite aussi l'exemple du câprier : "alors que c'était une plante assez délicate et quasiment impossible à élever il y a à peine 10-15 ans, maintenant vous pouvez la cultiver facilement en milieu urbain, notamment au niveau de la latitude de Paris."

Le câprier est maintenant facilement cultivable à la latitude de Paris, impensable il y a 15 ans.
Le câprier est maintenant facilement cultivable à la latitude de Paris, impensable il y a 15 ans. © AFP / Florilegius/Leemage

En juillet, une étude conjointe de plusieurs organismes scientifiques publiée dans la revue Biology Letters soulignait le fait que les plantes ne réagissaient pas de la même manière au changement climatique : certaines déclinent quand d'autres s'épanouissent, certaines grandissent, d'autres se déplacent vers le nord.

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