Comment les sols ont-ils été pollués ? Les animaux seront-ils affectés par les suies qui sont retombées en Seine-Maritime ? Ce sont les questions que se posent les agriculteurs de la région de Rouen, après l'incendie de l'usine Lubrizol. La préfecture demande à ce que les productions végétales ne soient pas récoltées.

Exploitation laitière à La-Rue-Saint-Pierre en Seine-Maritime
Exploitation laitière à La-Rue-Saint-Pierre en Seine-Maritime © Radio France / Noémie Lair

Les agriculteurs de Seine-Maritime sont particulièrement inquiets des conséquences de la pollution provoquée par l'incendie de l'usine Lubrizol. Le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand a annoncé une série de mesures à titre conservatoire, en attendant que toutes les analyses soient faites : "Les productions végétales non récoltées ne devront pas l'être." 

Ne pas récolter les productions végétales. La préfecture a ordonné un gel des productions et des récoltes après l'incendie à l'usine Lubrizol à Rouen. Les cultures qui n'ont pas encore été récoltées ne devront pas l'être et le lait des vaches en pâturage depuis jeudi, le miel ou encore les œufs doivent être consignés en attendant une évaluation du risque sanitaire. 

Ceci vaut jusqu'à obtention "de garantie sanitaire sur la base de contrôle officiel."

Les préfectures de la Somme et de l'Aisne interdisent aussi "à titre conservatoire" sur une cinquantaine de communes la récolte des cultures et de denrées alimentaires d'origine animale "en raison de la suspicion de contamination liée" aux retombées des fumées de l'incendie de l'usine Seveso de Lubrizol à Rouen.es. (Dans la Somme, consulter la liste des communes concernées )

Le non-respect de cette mesure est puni de deux ans de prison et d'une amende de 300.000 euros.  Une fois la consignation levée, la mise sur la marché "s'effectuera sous la responsabilité de l'exploitant" qui devra faire lui-même des contrôles de conformité sanitaire de ses produits.

Des pertes considérables

La Chambre d'agriculture de Seine-Maritime a  également transmis ses consignes.

- Rentrer autant que possible les animaux  

- Limiter autant que possible le pâturage  

- Mettre en suspend les opérations d'ensilage pour ne pas stocker de matières polluées

Pour Guillaume Cabot, président des jeunes agriculteurs de Seine-Maritime, il faut anticiper des pertes considérables : "On est en pleine récolte de maïs ensillage, il était à point pour être récolté en ce moment. C'est celui qui devait servir de nourriture aux animaux d'élevage pour l'hiver. Pas de récolte, ça veut dire pas de stock pour les animaux. Il y a aura de lourdes pertes".

Des analyses complémentaires sont en cours. Le nuage noir est passé au-dessus des exploitations, laissant derrière lui des résidus noirs de suie.  D'après les dernières analyses, aucune différence significative n'a été relevée par rapport aux prélèvements témoins, mais des mesures complémentaires sont toujours en cours. Les résulats sont attendus pour la fin de semaine prochaine. 

Si les prélèvements s'avèrent négatifs, les mesures conservatoires seront levées. Si les produits s'avèrent à la consommation, il faudra mettre en place un dispositif de demande de prise en charge pour les exploitants agricoles. 

Mettre les bêtes à l'abri. C'est l'inquiétude et la consternation pour les agriculteurs à qui on a conseillé de mettre les bêtes à l'abri. Exemple à La-Rue-Saint-Pierre, une petite commune près de Cailly, où s'est rendue  Noémie Lair, de France Bleu Haute Normandie, dans un élevage de vaches laitières.  

Dans cette exploitation, les propriétaires ont fait procéder à des analyses de leur lait, sous huissier, et envisagent de porter plainte. 

Le lait jeté. Dans la ferme de Catenay où s'est rendu ce dimanche Hervé Morin,président du Conseil régional de Normandie, l'éleveur a mis ses vaches à l'abri, doit continuer de les traire et jeter le lait. "Je perds 700 euros par jour",a -t-il constaté. Comme ses collègues, il souhaite que la laiterie dont il dépend vienne quand même chercher le lait, même s'il n'est pas vendu. Pour l'instant, il le jette dans les fosses à lisiers. "Ce lait, va retourner à la terre, et s'il est pollué, cette pollution se retrouvera dans mes pâtures", a-t-il expliqué au président de région.

Les abeilles emmagasinent des pollens pollués. A nos confrère de France 3,Jean-Francois Knoops, vétérinaire référent du Groupement de défense sanitaire apicole de Seine-Maritime, confiait que les apiculteurs sonnent l'alerte sur le fait que "les abeilles risquent de stocker du pollen pollué aux hydrocarbures dans les ruches pour l'hiver. Mais impossible de savoir à quelle dose et d'en connaître la toxicité".

Peu d'informations sur les indemnisations pour l'instant

Un dispositif d'indemnisation à construire. La président de la Chambre d'agriculture de Seine-Maritime demande à la préfecture des indemnisations pour les agriculteurs. Pour le moment, les conditions d'indemnisation ne sont pas encore fixées. 112 communes sont potentiellement concernées . Pour financer une indemnisation, les services de l'Etat négocieront une enveloppe avec Lubrizol France. 

Selon le quotidien belge Le Soir, des suies sont arrivées jusqu'en Belgique. Le nuage noir parti de Rouen est arrivé jusque dans le Hainaut. ? Les autorités sanitaires belges ont toutefois mesuré des concentrations en particules fines très faibles.

Aller plus loin

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.