Confinement oblige, Camille Crosnier s'entretient à distance avec des personnalités scientifiques pour nourrir notre réflexion et construire le fameux "monde d'après". Aujourd'hui, on embarque avec Isabelle Autissier, présidente du WWF France, confinée chez elle à La Rochelle.

Entretien confiné, avec la navigatrice Isabelle Autissier
Entretien confiné, avec la navigatrice Isabelle Autissier © Isabelle Autissier
14 min

Les entretiens confinés, avec Isabelle Autissier : "C'est le moment où on peut espérer que ça change"

Par Camille Crosnier - Réalisation : Valérie Ayestaray

A l'heure où on se parle, j'imagine que la navigatrice que vous êtes n'est que peu perturbée par ce mode de vie, que vous passez où et comment ?

Isabelle Autissier : Je ne suis pas trop perturbée parce que j'ai une chance folle puisque je suis à La Rochelle chez moi et que j'ai une petite maison et un jardin. La solitude, je sais la gérer justement parce que j'ai pris l'habitude en mer, de finalement goûter tous ces instants et de remplir tous ces instants. Mais c’est quand même très, très différent. 

D'abord, la grosse différence, c'est que je ne l'ai pas choisi ce confinement, comme nous tous, alors que quand je vais en mer, je l'ai choisi et non seulement je l'ai choisi, mais je me bats même pour y arriver. Et puis en mer, je fais ma course toute seule. Mais je vais arriver quelque part et tout ira bien. Là, finalement, on ne sait pas très bien où on va arriver collectivement. Et je ne suis pas complètement responsable de ce qui se passe.

Cette crise vous inspire quel mot ? 

Si je devais en choisir un seul, ce serait le mot 'violent'. C'est quand même quelque chose de très violent. 

D'abord pour les êtres humains que nous sommes, pour nous santé, pour nos vies, nos morts, pour la douleur des gens, des familles. Je pense en particulier à tous ceux qui ne peuvent pas accompagner un proche. 

C'est violent globalement pour la société parce que du jour au lendemain quand même, on a été privés de ce qui fait société, ce qui fait que l'être humain a besoin de se parler, de se retrouver, de se toucher, de se sourire en face à face. On n'est pas fait pour être individualisés. 

Est-ce qu'on pourrait en sortir plus grand ? 

De toutes façons, il faut essayer parce que c'est notre seule manière de transformer cette crise difficile, violente, en quelque chose d'un petit peu plus positif. Sachant que ce n'est pas un coup de baguette magique, ce n'est pas tout d'un coup le jour d'après qui va exister. C'est une construction. 

Il ne faut surtout pas replonger dans la société d’avant. Ce serait pire que tout.

Donc voilà, c'est ça notre espoir. Il faut construire une espèce de filet de sécurité qui soit d'abord sur les questions de santé, mais aussi sur les questions d'économie et de social, et sur les questions environnementales. C’est l'ensemble des mesures qui vont nous permettre justement de ne pas revenir au monde d'avant. 

Vous parlez de résilience dans vos interventions. Est-ce que c'est le mot que vous choisiriez cette fois pour qualifier l’après ?

On en a absolument besoin. Besoin de trouver des sociétés qui sont plus sobres, moins gaspilleuses, moins consommatrices, mais aussi plus résilientes, c'est-à-dire qui sont capables de résister mieux. 

J’aimerais qu'à chaque endroit, des gouvernements, des collectivités locales, des entreprises, des citoyens se mettent concrètement à construire des choses nouvelles ou qu'on aille vers les solutions nouvelles, que ce soit en terme d'énergies renouvelables, que ce soit en terme d'agriculture, que ce soit en terme de déplacements. En terme de bien-être, finalement ! Avec des emplois nouveaux. 

Et puis, avec ce sentiment d'une confiance collective pour sentir que voilà, ça y est, on est en marche. Aujourd'hui, tout d'un coup, on a des centaines de milliards. Alors je sais bien que c’est de la dette, mais quand même, tout d'un coup, là, maintenant, on va mettre sur la table des sommes faramineuses. Il ne faut pas rater le coche. 

Mais je ne suis pas madame Irma. 

La seule chose que je sais, c'est que c'est le moment de se battre à fond parce que c'est le moment où on peut espérer que ça change. Si ça ne change pas franchement là, ça va être très compliqué dans les années et les décennies à venir.

Qu'est-ce qu'on se souhaite avant de se dire au revoir ? 

On se souhaite d'en sortir par le haut, je crois. Avec le sourire.

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