Fatigués d’être les poubelles des pays riches, plusieurs pays d’Asie décident de renvoyer les déchets à leurs expéditeurs. La France va voir revenir des conteneurs qu’elle pensait loin à tout jamais.

Plage saturée de déchets plastiques aux Philippines, non loin de la capitale Manille.
Plage saturée de déchets plastiques aux Philippines, non loin de la capitale Manille. © AFP / NOEL CELIS

L’Indonésie emboîte le pas à la Chine, les Philippines, la Malaisie. Tous ces pays d’Asie ont décidé de dire stop à l’importation de déchets venus de pays riches. Désormais ils vont les renvoyer dans leur pays de production. Sept conteneurs vont reprendre la mer : cinq vers Hong Kong et les deux derniers vont naviguer jusqu’à la France. Soit près de douze mille kilomètres pour revenir à la maison. 

Quarante-deux autres conteneurs attendent le feu vert pour repartir pour les États-Unis. 

Il s’agit de déchets ménagers, de matériaux dangereux en violation des règles d’importation et des déchets plastiques. 

Les déchets plastiques produits en Occident terminent soit à la décharge, soit en usine d’incinération. "Mais les produits de piètre qualité eux sont envoyés dans des pays moins regardants, parfois traités par des mafias locales qui arrivent à en faire quelque chose, ou au pire les brûler" analyse Thibaut Turchet, responsable des affaires juridiques et réglementaires pour l’ONG Zero Waste (zéro déchet).

Le marché du recyclage plastique bouleversé

En 2018, la Chine a chamboulé les routes traditionnelles du recyclage plastique. Pékin a fermé ses portes aux déchets de basse qualité. 

Les exportateurs ont dû se rabattre sur d’autres pays de la région, aux capacités moindres certes, mais le prix pour les traiter sur place restait compétitif. Ces nouveaux pays, qui ont occupé la place laissée vacante par la Chine, ne sont pas préparés à cet afflux de déchets, ce qui peut expliquer ce mouvement de renvoi à l’expéditeur. 

"Cela représente un volume important mais qu’il est impossible de déterminer avec exactitude. Mais cela représente beaucoup de déchets. Ça perturbe l’industrie, notamment agro-alimentaire qui utilise des produits plastiques pour l’emballage. Les industriels doivent recevoir le signal de ces pays-là", interpelle Thibault Turchet.

La semaine passée, le Sri Lanka a rejoint ce mouvement asiatique en envoyant en Grande-Bretagne des tonnes de matériel médical usagé, que Londres avait tenté de faire passer pour des matelas. Il y avait en réalité des seringues usagées, des morceaux de tissus humains et même des organes amputés. Ces conteneurs restés près de deux ans dans le port de Colombo devenaient dangereux. Ces matières organiques auraient pu s'écouler dans les eaux du port de la capitale sri lankaise. 

Cinq pays asiatiques (Chine, Indonésie, Philippines, Thaïlande et Vietnam) rejettent à eux quatre millions de tonnes de plastiques dans les mers, soit la moitié du total des rejets selon l’ONG Ocean Conservancy. 

Les pays d'Asie du Sud-Est commencent à renvoyer les déchets à leurs expéditeurs.
Les pays d'Asie du Sud-Est commencent à renvoyer les déchets à leurs expéditeurs. © AFP
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