On n'a jamais autant parlé de l'intelligence des plantes : elles seraient dotées de mémoire, d'un système de communication perfectionné, de sensibilité. La neurobiologie végétale nous montre que ces êtres sans bouche, sans nez, sans oreilles, peuvent malgré tout échanger, sentir, ressentir et même... entendre.

Les plantes ont-elles vraiment des oreilles ?
Les plantes ont-elles vraiment des oreilles ? © Getty / borchee

Il y a un peu moins de dix ans, l'équipe de la chercheuse australienne Monica Gagliano a montré que lorsqu'on diffusait un bruit d'eau courante à des plants de maïs, leurs racines courbaient à vue d’œil : elles se rapprochaient de la source sonore. Autrement dit : la plante repère l'eau qui est train de couler, sans la voir, ni la toucher ! C'était la première fois qu'on observait un végétal en pleine écoute. 

Champ de mais
Champ de mais © Getty / Gary J Weathers

Des oreilles pour se défendre...

L'Arabette de Thalius (une plante que l'on rencontre fréquemment sur les trottoirs des villes) écoute pour mieux se défendre : lorsqu’elle entend une chenille mastiquer ses feuilles, elle libère immédiatement des molécules toxiques afin d’interrompre l'agression. La plante répond spécifiquement au prédateur.

... ou pour mieux collaborer

Le Glossophage de Pallas est une espèce de chauve-souris cubaine qui survole les fleurs. Elles se régalent de leur nectar, qu'elles viennent pomper avec leurs langues à toute vitesse, sans même se poser. 

Certaines fleurs sont capables d'appeler les chauves-souris : les chercheurs ont découvert qu'une fleur de vigne avait adapté la forme de sa feuille de manière à ce qu'elle puisse renvoyer les ultra-sons à l'oreille de la chauve-souris pour indiquer sa présence. Grâce aux appels de la feuille de vigne, la chauve-souris peut en visiter deux fois plus en une nuit et la plante gagne un pollinisateur efficace... Un bel exemple de synergie.

Quelle partie de la fleur lui permet d'écouter ?

Une étude a fait le buzz dans la communauté scientifique récemment : une équipe israélienne a mis au jour un autre système de collaboration. Les chercheurs ont diffusé les bourdonnements d'abeilles mellifères dix centimètres au-dessus d'une centaine d'onagres, une herbacée aux petites fleurs jaunes. Résultat : la production de nectar a explosé et en à peine trois minutes, la concentration en sucre des plantes a augmenté de 20%. Cette technique permet à la fleur d'attirer d'autres insectes pour peu qu'elle en ait entendu un seul, et ainsi disséminer efficacement son pollen.

L’équipe a reproduit l'expérience en enlevant un ou plusieurs pétales : la fleur ne réagissait plus au bourdonnement. Les pétales des fleurs feraient donc office d'oreilles. C'est sûrement pour cette raison que de nombreuses fleurs ont une allure d'antenne parabolique, idéale pour recevoir et amplifier les ondes sonores... même si pour l'instant ce phénomène n'a été identifiée que chez une seule espèce.

Fleurs d'onagre
Fleurs d'onagre © Getty / Whiteway

S'agit-il vraiment d' "oreilles" ?

N'allons pas trop loin dans l'anthropomorphisme - on parle d'"oreille", mais les plantes n'ont pas d'oreilles comparables à celles des animaux. Elles possèdent plutôt des détecteurs de vibrations qui sont répartis dans toutes les cellules de l'organisme - et même dans les racines, comme on l'a vu avec le maïs. 

La discipline de la phytoacoustique est aujourd'hui en plein essor. Les chercheurs doivent à présent comprendre les processus moléculaires ou mécaniques à l'origine de ces écoutes et traitements du son. Certains scientifiques pensent que les plantes pourraient également être affectées par les bruits que nous émettons. 

En attendant, il y en a une qui n'a pas l'air de s'en plaindre : Desmodiym Gyrans, la plante qui danse.  On a encore du mal à savoir pourquoi mais les sons déclenchent chez elle des mouvements rapides de ses feuilles, et en rythme s'il vous plait. 

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Un reportage d'Hugo Struna, journaliste à Vigie-Nature, un programme de sciences participatives au Muséum National d'Histoire Naturelle (ouvert à tous les curieux de  nature). Hugo Struna est aussi chroniqueur pour Le temps d'un bivouac sur France Inter chaque mardi. 

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