La Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) lance une pétition ce mercredi 29 mai contre une pratique jugée incompatible avec les engagements environnementaux du label. La question doit être tranchée en juillet prochain.

Faut-il réglementer le chauffage des serres pour le bio ou même l’interdire ?
Faut-il réglementer le chauffage des serres pour le bio ou même l’interdire ? © Radio France / Pierre ANDRIEU

Des fraises, des tomates, des concombres cultivés dans des serres chauffées au fioul l’hiver. C’est théoriquement possible aujourd’hui en France, puisqu’un article du cahier des charges de l'agriculture bio, établi en 2007, l’autorise. 

Jusqu’à présent cette pratique est marginale, mais avec la multiplication des conversions de maraîchers au bio, notamment en Bretagne et en Pays de la Loire, elle risque de gagner du terrain. D’autant que certains gros opérateurs, nouveaux venus sur le marché bio, y sont favorables. 

"Ni tomates ni fraises bio en hiver, non aux serres chauffées"

la Fédération nationale des agriculteurs biologiques (FNAB), la Fondation Nicolas Hulot (FNH), Greenpeace, le Réseau Action Climat et plusieurs chefs de cuisine lancent une pétition ce mercredi 29 contre les serres chauffées, une pratique qu’elle juge incompatible avec le label bio. Pour la FNAB, cette pratique contrevient à deux principes généraux de l’agriculture biologique : le respect de la saisonnalité et la préservation des ressources naturelles. 

Pour Arnaud Daligault qui préside le Groupement départemental des agriculteurs bio d’île-et-Vilaine, c'est un contresens : "Face à l’urgence climatique, chauffer des serres mal isolées au fioul ou au gaz naturel, c’est-à-dire avec des énergies fossiles, et donc produire des tomates, des concombres et des fraises en hiver c’est une totale aberration". Ce maraîcher installé à Montreuil-le-Gast, redoute une industrialisation de la filière et des dérives environnementales : "Nous n’avons pas peur des conversions au bio mais l’on craint que des grands opérateurs s’engouffrent dans une faille et qu’ils déstabilisent la bio telle qu’on la connait ". 

Un bilan carbone aberrant

Aujourd’hui, le bilan carbone d'une tomate bio, cultivée dans une serre chauffée au fioul en Bretagne, est 4 fois plus élevé que celui d'une tomate importée par camion d'Espagne, d'après les travaux de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. 

Le principe des serres chauffées pour le bio est défendu par les Chambres d’agriculture, les coopératives de fruits et légume Felcoop et Coop de France, légumes de France ainsi que le syndicat agricole FNSEA au nom de la préservation de la production française. Les consommateurs français sont de plus en plus friands du label bio : "N'y a-t-il pas une incohérence à importer des fruits et légumes bio plutôt que de les produire en France ? " demande Etienne Gangneron, vice-président en charge du dossier à la FNSEA.

"Si l'on interdit les serres chauffées, on importera d'Espagne et d'Italie" 

Pour cet éleveur bio installé dans le Cher la position de la Fédération nationale de l'agriculture biologique est trop catégorique. "L’objectif n’est pas de produire en contre-saison, l’hiver dans des serres chauffées. L'idée est simplement, grâce à un chauffage modéré, d’arriver à allonger un peu la saison de production, de juin à octobre, et ainsi offrir des produits de qualité française aux consommateurs". 

La FNSEA dit aussi vouloir miser sur l’énergie verte pour chauffer les serres, notamment sur la méthanisation, pour accompagner le développement de la production bio. 

Donc, faut-il réglementer le chauffage des serres pour le bio ? L’interdire ? Le comité technique de la filière bio, le CNAB est divisé sur la question. Il a déjà reporté par deux fois son vote. Il doit maintenant rendre un avis le 13 juillet.

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