Les ventes de pesticides à usage agricole ont bondi de 21% en 2018, et de 25% en une décennie. Les associations de défense de l'environnement pressent le gouvernement d'agir en prenant des mesures contraignantes.

Les ventes de pesticides à usage agricole ont bondi de 21% en 2018, et de 25% en une décennie.
Les ventes de pesticides à usage agricole ont bondi de 21% en 2018, et de 25% en une décennie. © AFP / Régis Domergue

Un boom de 21% en 2018, de 25% en une décennie. Les ventes de pesticides à usage agricole ont drastiquement augmenté en France.  "Après une légère baisse en 2017, le comité a constaté une augmentation globale forte des quantités vendues de produits phytopharmaceutiques", ont indiqué mardi soir dans un communiqué conjoint les quatre ministères de l'Agriculture, de la Santé, de la Recherche et de la Transition écologique. Le constat vient mettre à mal les engagements du gouvernement, pris dans le cadre du plan Écophyto 2 : le plan fixe pour objectif de réduire les usages de produits phytopharmaceutiques de moitié d'ici 2025, et de sortir du glyphosate d'ici fin 2020 pour les principaux usages.

Les chiffres préoccupent la ministre de l'Écologie Élisabeth Borne, comme elle l'a fait savoir sur son compte Twitter :

Dans leur communiqué de presse commun, les quatre ministères relativisent néanmoins la hausse. Leur argument : les agriculteurs ont stocké des produits en 2018, car ils ont anticipé l’augmentation d’une taxe sur les pesticides au 1er janvier 2019.

L'explication ne convainc pas du tout François Veillerette, le président fondateur de l’association Générations futures : "Qu’il y ait une petite partie de l’augmentation qui soit liée à quelques stocks qui aient pu être faits par ci par là pourquoi pas", estime celui qui préside aussi le réseau européen Pesticide Action Network, contacté par France Inter. "Mais les stocks de pesticides coûtent cher. Or, on nous dit que les agriculteurs ont des difficultés financières, qu’ils n’ont pas de trésorerie. Une grosse partie des agriculteurs n’ont pas pu faire ça."

Une augmentation de 24 % selon un autre outil de mesure

D'autant plus que si l'on prend en compte un autre outil de mesure, le NODU (l'indicateur de référence du plan Écophyto, qui évalue non la quantité mais le nombre d'unités de pesticides), la hausse est encore plus drastique, souligne François Veillerette : "En utilisant cet indicateur, cela donne une augmentation de 24%. L’indicateur des quantités de pesticides n’est pas un indicateur pertinent car tendanciellement, les produits sont de plus en plus utilisés à des doses faibles par hectare. Cela veut dire qu’ils sont de plus en plus puissants et de plus en plus toxiques. Où avant il fallait plus d’un kilo de fongicides, aujourd’hui 50 grammes suffisent", note le militant écologiste, alors que les fabricants font savoir que les ventes de pesticides ont baissé de 40% en 20 ans : 68.000 tonnes de produits vendus en 2018, contre 120.000 dix ans plus tôt, selon le syndicat des fabricants de pesticides, l’UIPP.

Pour pallier l'usage de produits phytopharmaceutiques, François Veillerette exige la mise en place des mesures contraignantes, notamment en termes de fiscalité : "Par exemple, encourager les agriculteurs qui prennent des risques en supprimant de nombreux traitement pesticides, en les aidant financièrement et en prenant l’argent dans la poche de ceux qui ne veulent pas faire d’efforts et qui continuent d’être de gros utilisateurs". Il propose aussi de fixer les objectifs par culture et par région, avec des échéances claires.

"Un échec cuisant de 10 ans de politiques publiques successives"

Dans un communiqué, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme dénonce elle un "échec cuisant de 10 ans de politiques publiques successives". Elle réclame une loi pour interdire le glyphosate dès 2021, "comme le président de la République s’y était engagé en 2017", ainsi qu'une "réorientation massive des 9 milliards d’euros de la PAC, la politique agricole commune, vers l’agro-écologie et l’agriculture biologique"

"Si on ne fixe pas d’objectif et qu’on ne se donne pas les moyens y compris contraignants d’amener les changements de pratiques, on peut parier que dans 10 ans on fera le même constat d’échec", prédit François Veillerette. "On veut que le gouvernement mette les actes à la hauteur des promesses et qu’il se dote vraiment de tous les moyens pour réussir à faire de l’agriculture française une agriculture qui se passe très largement de pesticides de synthèse."

Hausse des aides à la conversion en agriculture biologique

De son côté le gouvernement tient à souligner que chaque année 200 millions d’euros sont dédiés à la conversion en agriculture biologique, un montant qui augmentera à hauteur de 250 millions d’euros dès 2020. Il note aussi une augmentation en 6 mois de 46% du nombre d’exploitations engagées dans la certification environnementale (HVE), et une hausse de 13% d’exploitations engagées en agriculture biologique entre 2017 et 2018.

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