Gouvernements et métropoles plaident pour la fin des énergies fossiles et misent sur l'électrique. Mais si les émissions de gaz à effet de serre sont réduites pendant leur utilisation, les véhicules électriques ne sont pas sans incidence pour notre planète et ne peuvent pas être considérés comme la solution miracle.

Miser sur la voiture électrique ne résoudra pas l'ensemble des problèmes liées aux questions de transport et de transition énergétique.
Miser sur la voiture électrique ne résoudra pas l'ensemble des problèmes liées aux questions de transport et de transition énergétique. © AFP / Justin TALLIS

Qui le dit ?

Bus électriques, bornes de recharge des voitures électriques, pistes cyclables pour les vélos et les trottinettes, aide financière étendue à 400 euros pour les parisiens qui s'équipent en vélo à assistance électrique... En interdisant l'accès à Paris aux véhicules thermiques (essence ou diesel) à horizon 2030, Anne Hidalgo met un frein à la voiture personnelle et mise sur l'énergie électrique et l'autopartage pour préserver le climat.

Au printemps dernier, la maire de Paris inaugurait par exemple le premier bus touristique électrique, pour visiter la ville "sans la  polluer".

Avec son Plan climat, la ville de Paris ambitionne aussi de disposer de transports en commun "décarbonés" d'ici 2025. Mais l'impact environnemental des véhicules électriques n'est pas si mince que cela.

Partout en Europe, la tendance est à l'interdiction de la voiture au profit du vélo et des transports en commun "verts", comme à Copenhague, par exemple, où l'ensemble de la flotte de la ville sera composée, en 2025, de véhicules fonctionnant à l'électricité, à l'hydrogène ou aux biocarburants de deuxième et troisième génération.

Qu'en disent les rapports?

S'attaquer au transport pour limiter les émissions de gaz à effet de serre est totalement justifié, quand on sait que le transport représentait en 2016 le quart des émissions de C02 sur la planète, selon l'IEA, l'Agence internationale de l'énergie, en grande majorité liée au transport routier (qui est responsable de 74 % des émissions de dioxyde de carbone).

L'étude sur l'impact des véhicules électriques que la Fondation pour la Nature et l'Homme (fondation créée par Nicolas Hulot) a publiée fin 2017, confirme les atouts des véhicules électriques sur la réduction locale de la pollution de l'air, mais rappelle aussi, d'une part, que la production d'un moteur électrique n'est pas neutre, d'autre part que l'impact en émission de gaz à effet de serre dépend grandement du mode de production de l'électricité.

La seule fabrication de la batterie représente 40 % de l'empreinte environnementale d'un véhicule électrique et son recyclage est aujourd'hui peu développé, explique la Fondation qui juge essentielle la réduction des impacts de la fabrication sur l'avenir à court terme (d'ici 2030) de la filière des véhicules électriques.

Au total, 75 % de l'empreinte écologique de la voiture électrique vient de sa fabrication. Comme l'explique le journaliste Guillaume Pitron pour l'Obs, "une voiture électrique nécessite des métaux rares" qui sont "extraits du sol", en Chine notamment, puis "raffinés et acheminés ensuite dans les usines". "Pour construire un véhicule électrique, il faut trois à quatre fois plus d'énergie que pour un véhicule conventionnel".

Et surtout, la réduction des émissions varie fortement en fonction du mode d'énergie. Si le solaire ou l'éolien ont une empreinte carbone très modérée (respectivement 78g CO2/km et 22 g CO2/km), il en est autrement pour le gaz (430g CO2/km) ou le charbon (1kg CO2/km).

En France, où le nucléaire est très présent, "les émissions de gaz à effet de serre induites par la fabrication, l’usage et à la fin de vie d’un véhicule électrique, sont actuellement 2 à 3 fois inférieures à celles des véhicules essence et diesel" écrit l'Ademe, l'Agence de l'Environnement et de la maîtrise de l'énergie.

Mais cette énergie, qui a la vertu de ne pas émettre de dioxyde de carbone, pose d'autres problèmes, notamment en matière de gestion des déchets radioactifs, mais aussi sur les risques d'incidents induits par le nucléaire.

Qu'en disent les experts ?

Quelle solution alors, pour se déplacer sans polluer ? "Rouler au biocarburant ou à l'électrique ne résoudra pas tous les problèmes environnementaux ni les problèmes de congestion que l'on connaît aujourd'hui" alerte Patricia Lejoux, chargée de recherche au Laboratoire Aménagement Économie Transports, à l'ENTP (université de Lyon) , qui ne conçoit pas "une [unique] solution miracle". L'experte parle non pas de supprimer la voiture, parce qu'il existe des situations où il n'y a pas de meilleure alternative, mais de lui redonner "sa juste place" en "développant des modes de transports partagés (transports en commun, autopartage, covoiturage, voiture à la demande, vélo...) et en travaillant conjointement sur les politiques de transport et les politiques d'aménagement du territoire".

La chercheuse préconise de continuer à travailler sur des véhicules plus propres, "à condition que les constructeurs automobiles jouent le jeu" et ne trichent pas avec les normes, comme cela a été le cas pour les moteurs truqués de Volkswagen, tout en "développant et en diversifiant les modes de transport alternatifs à la voiture" pour les adapter "aux problématiques propres à chaque territoire".

"Il faut que l'on sorte du système automobile hérité de la longue histoire du XXe siècle, marquée par la possession de véhicules thermiques individuels, précise Patricia Lejoux, dans un contexte où le pétrole était abondant, bon marché, et où nos villes étaient conçues et aménagées en fonction de ce mode de transport."

Conclusion

Les réels bénéfices des véhicules électriques doivent être modulés en fonction de l'origine de l'énergie et de leur mode de fabrication, sans compter qu'ils ne contribuent pas à désengorger les villes et à rendre les habitants moins dépendants de leur voiture personnelle. Cependant, leur impact positif sur l'environnement n'est pas négligeable et va en s'améliorant à mesure que la technologie progresse. Toutefois, il s'agit d'évolutions lentes, alors que l'Accord de Paris appelle à des changements drastiques. 

"Pour un usage urbain quotidien, les transports en commun et le vélo sont la seule solution soutenable" écrit l'auteur Jean-François Patingre sur le site de l'association écologique les Amis de la Terre, qui permettent "de réduire les impacts de nos déplacements d’un facteur 4 dans les délais rapides exigés par la transition écologique".

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