C'est l'un des axes du projet de loi "anti-gaspillage", qui sera présenté début juillet en Conseil des ministres. Le gouvernement veut élargir le principe de "pollueur-payeur" à de nouvelles filières, dont les lingettes nettoyantes, mais aussi les cigarettes et le matériel de sport.

Les lingettes, non recyclables, finissent au mieux à l'incinération, au pire dans la nature.
Les lingettes, non recyclables, finissent au mieux à l'incinération, au pire dans la nature. © Maxppp / François Destoc

L'information était révélée par nos confrères du Parisien, ce vendredi 31 mai au matin : le gouvernement prévoirait d'instaurer un principe de "pollueur-payeur" aux fabricants de lingettes nettoyantes, considérées comme très nocives pour l'environnement. 

Les lingettes, un désastre écologique

Alors que près de quatre foyers sur dix en utilisent au quotidien, les lingettes, au demeurant très pratiques pour épousseter nos étagères ou se nettoyer le visage, sont en réalité de véritables désastres écologiques. Fabriquées avec du plastique, leurs composants sont proches de ceux que l'on retrouve dans les mégots de cigarette. Imbibées de produits chimiques, elles en deviennent impossibles à recycler. Inutile donc de les jeter dans la poubelle jaune. 

Par ailleurs, de nombreux Français continuent à les jeter dans les WC. Erreur : contrairement au papier toilette, qui a le temps de se déliter dans l'eau, les lingettes gardent leur texture, et bouchent les canalisations, en plus de polluer les eaux. "Cela oblige les services communaux à faire des travaux de débouchage du réseau d'eaux, et c'est un coût pour le contribuable", affirme un collaborateur du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Les fabricants devront prendre à leur charge les frais de recyclage et de prévention

Le gouvernement veut donc obliger les industriels à se préoccuper de l'empreinte écologique de leurs produits, en créant une filière REP, pour "responsabilité élargie du producteur". En clair, l'idée est que les fabricants financent à la fois leur propre circuit de collecte, de tri et de recyclage, mais aussi les actions de sensibilisation du public, et l'éco-conception de leurs produits, via un éco-organisme. "Nous voulons transférer la charge financière du contribuable aux producteurs", précise notre source. 

Ce principe de "pollueur-payeur" est l'une des modalités du projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, qui sera présenté dans la première quinzaine de juillet par la secrétaire d'État Brune Poirson. Il s'inscrit dans la lignée de la directive européenne contre le plastique à usage unique, qui doit entrer en vigueur à partir de 2021.

Les cigarettes également visées

Mais les lingettes ne sont pas les seuls produits auxquels le gouvernement veut s'attaquer. D'autres filières REP devraient aussi être crées : pour les articles de sport (130 000 tonnes de balles, raquettes, tapis de course et autres haltères ont fini à la décharge en 2017, selon le ministère de l'environnement), mais aussi pour les jouets, le matériel de jardinage, certains objets ménagers... Sans oublier les cigarettes, dont les mégots constituent un véritable fléau pour l'environnement. 

En juin 2018, le gouvernement avait d'abord employé la manière douce, raconte notre interlocuteur. Il avait une première fois réuni les industriels du tabac, en leur demandant d'imaginer une stratégie d'amélioration du recyclage des mégots. Ce qu'ils ont fait, en présentant un plan en septembre dernier. "Mais leurs propositions n'étaient pas du tout satisfaisantes, elles n'étaient pas abouties, mal préparées." Un mois plus tard, lors d'une troisième réunion en octobre, le gouvernement a donc choisi la coercition. "Nous leur avons dit que nous intégrions cette filière dans le projet de loi." Reste à savoir si ce dernier sera ou non adopté. Réponse au début du mois de juillet.

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