La consigne de nos grands-parents revient à la mode. Ce mercredi 15 mai, 25 multinationales - dont Coca-Cola, Danone ou encore Nesté lancent un site de vente en ligne pour des produits conditionnés dans des emballages réutilisables.

Jus de fruits ou céréales sont proposés dans des contenants réutilisables
Jus de fruits ou céréales sont proposés dans des contenants réutilisables © Loop

Des céréales dans des boîtes en inox, du jus d'orange dans des bouteilles de verre ou encore de la lessive dans des bidons rechargeables : voilà le principe de Loop, "boucle" en anglais. Dès ce mercredi 15 mai, les habitants de Paris et de sa petite couronne peuvent tester Loop, sorte de version 2.0 de la consigne. Cette e-boutique en ligne ne vend que des produits sans emballages jetables. Et parmi les produits proposés, on retrouve de grandes marques : Danone, Nestlé, Carrefour, Coca-Cola...

Des tablettes de dentifrice dans des pots de verre

Au total, 150 produits alimentaires ou cosmétiques sont proposés dans ces emballages consignés. Avec parfois des contenants nouveaux, comme pour le dentifrice : "On passe d'un tube, laminé, qui n'est pas recyclable aujourd'hui, à un pot de verre dans lequel on n'a plus de pâte à dentifrice, mais des tablettes que l'on peut utiliser pour se laver les dents", explique Laure Cucuron, directrice générale de Terracycle. Cette entreprise américaine, spécialisée dans le recyclage des déchets difficiles, est à l'origine du projet Loop. 

Et une fois que l'on a terminé son produit ? "Une fois les contenants vides, vous demandez un "enlèvement", et un transporteur vient les récupérer chez vous puis les ramène dans notre unité de nettoyage", poursuit Laure Cucuron. Ces contenants sont ensuite nettoyés et repartent dans le circuit, remplis.

Un système écolo à partir de cinq utilisations ?

Pour autant, le système Loop implique de nombreux aller-retours sur la route pour ces contenants. Entre la livraison, l'enlèvement chez le consommateur, le trajet jusqu'au site de nettoyage puis jusqu'à un autre site de remplissage, l'empreinte environnementale en termes de bilan carbone est-elle finalement meilleure que les emballages à usage unique ?

Laure Cucuron affirme que oui. "On s'appuie sur des circuits logistiques existants", assure-t-elle. "On a fait des analyses de cycles de vie, qui montrent qu'à partir de cinq utilisations d'un même emballage, le modèle est plus vertueux pour l'environnement qu'un modèle e-commerce classique avec un emballage à usage unique."

Les défenseurs de l'environnement veulent rester prudents

Pour l'instant, Loop en est encore au stade de l'expérimentation pour les grandes marques. La création de la plateforme a été menée en partenariat avec le géant de la distribution Carrefour. S'agit-il d'une révolution dans le mode de distribution, ou d'une simple opération de communication ? L'association de défense de l'environnement Zero Waste juge la démarche positive, mais attend de faire le bilan dans plusieurs mois, selon Laura Chatel, chargée du dossier. 

Cela montre qu'aujourd'hui, même de grandes multinationales ne peuvent pas ignorer la pression citoyenne, le ras-le-bol des emballages plastiques à usage unique, donc elles acceptent de s'engager dans ce genre d'initiatives.

"Par contre", poursuit Laura Chatel, "Nous serons extrêmement vigilants à ce qu'il ne s'agisse pas d'un coup de communication." Zero Waste compte rester particulièrement attentif à l'empreinte carbone de Loop - "que ce soit réellement intéressant du point de vue climatique, sans générer trop de transports", mais aussi veiller au fait que les consommateurs ne gardent pas l'emballage chez eux. "On pourrait penser que les grandes firmes vont proposer de jolies boîtes" que l'on serait tenté de garder, plutôt que de les envoyer en "enlèvement". 

Par ailleurs, Laura Chatel insiste sur l'importance de "faire en sorte que ce changement de pratique soit réellement intégré par ces entreprises. Que ce ne soit pas un coup de communication limité à six mois ou un an sur une petite gamme de produits." Son association espère que ce système de consignes pourra être durablement adopté par les supermarchés.

Des prix plus élevés qu'en supermarché

Reste enfin à savoir si le consommateur sera prêt à payer quelques centimes ou quelques euros de plus de consignes pour des produits qu'il peut trouver à l'identique en supermarché, version jetable, et en moins cher.   

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