Après avoir annoncé mardi que l’additif alimentaire E171 ne serait pas suspendu en France, le ministre de l'Économie a réuni les associations de défense des consommateurs et de l'environnement en colère, pour finalement leur annoncer une suspension le 15 avril prochain.

Bonbons contenant de l'additif E171 (dioxyde de titane), utilisé pour améliorer la brillance des aliments
Bonbons contenant de l'additif E171 (dioxyde de titane), utilisé pour améliorer la brillance des aliments © Radio France / Olivier Bénis

On le trouve notamment dans les bonbons préférés de vos enfants, mais aussi dans les chewing-gums, pâtisseries, bûches de Noël, dentifrice, baumes à lèvres, ou encore médicaments. L'additif E171 sera finalement écarté de la composition de ces produits d'ici le 15 avril. C'est le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, qui l'annonce à la surprise générale.

Ce colorant, formé de nanoparticules de dioxyde de titane, est très décrié car considéré comme potentiel cancérogène. La loi Egalim adoptée en novembre dernier prévoyait sa suspension, au nom du principe de précaution. Son application n'attendait que la signature d'un arrêté ministériel par Bruno Le Maire. Plusieurs ONG et associations de défense des consommateurs, en décembre dernier, ont signé une tribune dans le journal Le Monde, pour appeler le ministre de l'Économie à signer son application, que l'additif soit interdit au plus vite.

D'abord l'attente de nouvelles évaluations

Coup de théâtre, mardi 8, invité dans l'émission "C à vous" sur France 5, Bruno Le Maire explique qu'il ne le signera pas tout de suite. "La cohérence, c’est d’avoir une évaluation qui soit partagée sur les dangers du dioxyde de titane", précise-t-il. Plusieurs études ont pourtant mis en lumière des risques pour la santé.

En juillet 2017, l'INRA, montrait que l'additif, testé sur des rats, pouvait provoquer des lésions précancéreuses au niveau du côlon. Peu après, l’Anses a confirmé l'importance des résultats de l'INRA, tout en estimant que cela ne suffisait pas à revoir l'évaluation du risque lié à l'E171. Ces dernières, selon lui, ne permettrait pas de montrer un "danger grave et immédiat". Le ministre précisait alors attendre de nouvelles évaluations, plus poussées, de l'Autorité européenne de sécurité des aliments et de l'Agence Nationale de Sécurité sanitaire, dont les résultats sont attendus pour septembre au plus tard.

Une position incompréhensible et absurde à l'époque pour François Veillerette de Générations Futures : "dans la loi Egalim, il y a une disposition de suspension du dioxyde de titane dans l'alimentation, le temps de lever un certain nombre d'incertitudes puisque les études sont inquiétantes. Et là, le ministre nous dit que comme on n'est pas sûr, on interdit pas. Bruno Le Maire renie complètement le principe de précaution et on peut parler de véritable régression." Au nom de ce même principe, certains industriels avaient eux-mêmes pris les devants en s'engageant à bannir l'additif de leurs recettes.

Changement de position

Finalement, le ministre va valider cette suspension d'ici trois mois. Il a convoqué les associations et ONG signataires de la tribune du Monde à Bercy pour le leur dire. Un retournement surprise bien accueilli. Stéphène Kerkove, d'Agir pour l'Environnement : "on passe du Dr. Jekyll à Mr Hyde, d'un jour où sur un plateau de télé, un ministre de l'Économie nous annonçant qu'il ne signerait jamais l'interdiction du dioxyde de titane, à aujourd'hui un ministre qui revient sur ses propos et qui nous annonce que sous 3 mois, l'interdiction aura bien lieu."

Le militant écologiste se réjouit donc de cette décision, même s'il aurait préféré une réaction plus rapide : "Trois mois c'est trop long, et en même temps, c'est toujours mieux qu'une absence d'interdiction telle que le ministre semblait le vouloir. Ce n'est jamais satisfaisant dans le sens où les consommateurs continuent à ingérer à leur insu la substance, très peu d'industriels affichent la présence de cet additif à l'échelle nanométrique. _Ce qui l'a fait changer d'avis je pense, c'est la mobilisation citoyenne et la levée de bouclier d'un certain nombre de parlementaires qui avaient voté dans le cadre de la loi alimentation pour une interdiction_. Maintenant ce qu'on peut souligner, c'est que ce changement de posture prend enfin en compte la santé des consommateurs."

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