En cette période de canicule, comment trouver des alternatives aux climatisations qui dégagent de la chaleur dans les rues de nos villes et augmentent l'effet de serre ? Le campus de Saclay au sud de Paris a trouvé la solution : un réseau de chaleur et de froid innovant qui utilise une ressource magique, l'eau.

Larbi Fassi (de l'entreprise Idex) et Nicolas Eyraud (directeur de projet) dans les sous sols de Centrale Supelec
Larbi Fassi (de l'entreprise Idex) et Nicolas Eyraud (directeur de projet) dans les sous sols de Centrale Supelec © Radio France / Célia Quilleret

Voilà un système très vertueux, une première en France, et peut-être un modèle à suivre pour les villes du futur. Au sous-sol de l'école d'ingénieurs Centrale Supélec, précisément sous son grand amphithéâtre, des pompes tournent à plein régime. "Ce sont des thermo-frigo-pompes", explique Nicolas Eyraud, directeur de projet de ce réseau de chaleur et de froid. "Elles fonctionnent comme de grands frigos. D'un côté, elles produisent du froid pour les besoin du réseau d'eau glacée, et de l'autre, elles produisent du chaud pour alimenter les bâtiments qui ont besoin de chaleur même en été pour l'eau chaude sanitaire par exemple." 

Le secret, c'est l'eau, puisée à 700 mètres sous terre dans la nappe phréatique de l'Albien. Cette eau, naturellement à 30 degrés, est refroidie à 7 degrés pour le réseau de froid, et rien n'est perdu. Comme les pompes produisent également de la chaleur, un peu comme à l'arrière d'un réfrigérateur, ces degrés sont récupérés pour chauffer l'eau des appartements autour. Grâce à ce système d'échange de chaleur et de froid, rien ne se perd. "On rejette moins de calories dans l'atmosphère qu'une climatisation classique", se félicite Nicolas Eyraud et "les calories issues de la production de froid sont valorisées".

Un réseau pour 30.000 étudiants et 20.000 habitants  

En hiver, les immeubles de ce campus high-tech peuvent même être chauffés grâce aux nombreux serveurs et ordinateurs des laboratoires de recherche. Pour le moment, une dizaine de bâtiments, grandes écoles, immeubles privés ou résidences étudiantes, sont raccordés à ce réseau et l'ambition est d'en raccorder une centaine.

Ce réseau de chaud et de froid utilise plus de 60% d'énergies renouvelables. C'est un modèle d'adaptation au réchauffement, pour Philippe Van de Maele, directeur général de l'établissement public d'aménagement de Paris Saclay : le but est vraiment de montrer "qu"on peut apporter du froid dans une vision relativement renouvelable". Mais il reconnaît que ces réseaux innovants qui supposent d'installer en sous-sol des centaines de mètres de tuyaux sont plus faciles à installer en amont, dans des villes nouvelles, que sur un bâti existant. "Mais ça se fait", tempère-t-il et "ces réseaux émettent quatre fois moins de CO2 que des centrales à gaz, par exemple, pour le chauffage", avec une économie de plus de 6.000 tonnes de CO2 à la clé. Une façon là encore de lutter contre le réchauffement.

Conçu par l'entreprise d'efficience énergétique Idex, ce réseau peut être un modèle pour d'autres villes. Un système similaire existe à Boulogne-Billancourt, en Ile-de-France, et d'autres devraient voir le jour dans les mois qui viennent à Bordeaux et à Nice.

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