Le rapport de l’IPBES, rendu public lundi, dresse un constat dramatique : un million d’espèces sont menacées d’extinction. Mais l’étude ne tire pas seulement la sonnette d’alarme, elle propose aussi des pistes pour les décideurs politiques.

Un champ de culture du blé en Chine, photographié en mai 2019.
Un champ de culture du blé en Chine, photographié en mai 2019. © Maxppp / Dong Naide

C’est une alerte rouge écarlate pour la biodiversité. Elle est en grand danger, selon le rapport de l’IPBES, Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques sous l’égide de l’ONU, publié lundi. Selon l’étude, un million d’espèces est menacé d’extinction sur les huit millions présentes sur notre planète et “la réponse mondiale actuelle est insuffisante et des ‘changements transformateurs’ sont nécessaires pour restaurer et protéger la nature”. 

Il n'est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant” estime Robert Watson, président de l’IPBES. Les cinq principaux coupables sont clairement identifiés dans le texte sur lequel ont travaillé 450 experts pendant trois ans. Mais que faut-il faire ? Le rapport offre plusieurs pistes de réflexion et des préconisations à destination des responsables politiques. 

Changer ses habitudes alimentaires et sa façon de consommer

Dans l'ordre, l'utilisation des terres (agriculture, déforestation), l'exploitation directe des ressources (pêche, chasse), le changement climatique, les pollutions et les espèces invasives sont les pires menaces qui pèsent sur la biodiversité. Ainsi, de véritables actions pour freiner ces facteurs aggravants permettraient de freiner cette perte de biodiversité. 

La première cible est le système agro-alimentaire. Le rapport insiste sur le fait qu’il faut très rapidement trouver le moyen de préserver la nature tout en nourrissant dix milliards d’habitants de façon durable d’ici 30 ans. Cela implique une transformation de la production agricole, un passage à l’agro-écologie, une meilleure gestion de l’eau mais aussi des habitudes de consommation et alimentaires plus durables, en réduisant par exemple le gaspillage. 

Dans le rapport, les scientifiques citent la consommation de viande, qui a plus d'impacts que d'autres produits alimentaires et qui entraîne notamment la disparition de certaines espèces. Malgré tout, la synthèse adoptée par les délégations samedi n'appelle pas directement à manger moins de viande. La formulation de la première version, révélée par l’Agence France-Presse a été affaiblie, probablement sous la pression de certains pays producteurs de viande. 

Faire évoluer les systèmes économiques et financiers

L’un des leviers à actionner est celui d’une évolution des systèmes économiques et financiers. Le document évoque “des outils à disposition des gouvernements” comme une réforme de la fiscalité et la fin des aides publiques “perverses” qui entraînent des comportements incompatibles avec la sauvegarde de la biodiversité. Il évoque même la nécessité de “s'éloigner du dogme de la croissance économique”, bref promouvoir l’idée qu’une bonne qualité de vie ne veut pas forcément dire qu’il faut consommer toujours plus.

De même, certaines actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pourraient entraîner des effets bénéfiques directs sur la nature, permettant peut-être de sortir de ce cercle vicieux. Toutes ces transformations de fond peuvent susciter "une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts particuliers au statu quo" estime Robert Watson, "mais cette opposition peut être dépassée au nom de l’intérêt général".  

Des pistes, mais pas de solutions précises

Le rapport en lui-même n’apporte pas de solutions précises mais évoque seulement des pistes. Elles sont notamment destinées aux états membres de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique, la COP15, qui doit se réunir en 2020 en Chine, un peu sur le le modèle de l’accord de Paris adopté en 2015 pour le climat. 

Lundi après-midi, le président Emmanuel Macron devait recevoir les scientifiques de l’EPBES. “L’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent”, déclare Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES. 

Invitée de France Inter lundi matin, Anne Larigauderie estime par ailleurs que l’on “fait tous partie d’un même système” et que “c’est à nous tous de trouver une solution à notre niveau, en tant que citoyen.” Réfléchir à ce que l’on mange, ce que l’on met dans notre assiette, moins gaspiller et manger moins de viande. “Après c’est au gouvernement d’encadrer, mais chacun peut agir à son niveau. Et dès que l’on commence à agir, on voit un effet. Contrairement au climat où il y a une grande inertie, pour la biodiversité, dès que l'on commence à conserver, la nature reprend ses droits” précise-t-elle. 

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