C'est un spectacle magique : regarder des dauphins nager en pleine Méditerranée fait rêver les vacanciers. Mais ces sorties peuvent être dangereuses pour les mammifères marins si elles ne sont pas encadrées. Certaines associations alertent même sur le "harcèlement" dont peuvent être victimes ces animaux.

Observer les dauphins de trop près peut être dangereux pour les mammifères marins s'il n'est pas encadré
Observer les dauphins de trop près peut être dangereux pour les mammifères marins s'il n'est pas encadré © Souffleurs d'écume

Un soleil radieux inonde la presqu'île de Giens, dans le Var. Mais cette semaine, le bateau de Chloé n'est pas parti en mer. Trop de vent, trop de houle, bref, une météo défavorable. Une déception pour les vacanciers, mais presque une bonne nouvelle, un temps de repos pour les dauphins qui nagent tranquillement juste derrière les îles de Port-Cros et Porquerolles. Car l'été, ces animaux sont constamment dérangés. 

Chloé, capitaine pour la compagnie Espace Mer à Giens, ne s'approche pas à moins de 100 mètres des dauphins. Elle respecte les consignes du label High quality whale watching ( "une marque de qualité pour une observation responsable des cétacés"). Cela suppose ne ne pas arriver à toute vitesse au milieu d'un banc de dauphins, de ne pas les surprendre par derrière, de ne pas déranger les mamans et leurs petits et de ne pas rester près d'eux pendant plus d'une demi-heure.   

Loin du cliché de "Flipper le dauphin"

Comme le gérant de sa compagnie, Chloé est favorable à l'interdiction de la nage avec les dauphins que proposent une poignée de compagnies en Méditerranée. "Quand les clients nous le demandent, je leur explique pourquoi il ne faut pas nager avec eux, témoigne-t-elle. On ne va pas arriver au milieu d'un banc, les déranger, alors qu'ils n'ont pas envie qu'on reste. On est chez eux, on n'est pas dans un zoo", ajoute-t-elle. 

Et en effet, lors de ces balades en milieu sauvage, en pleine Méditerranée, dans le sanctuaire Pelagos où la qualité du zooplancton et du phytoplancton favorisent la présence de cétacés, des dérives touristiques se développent. Cédric Brun, gérant d'une autre compagnie à Hyères, Vertical Horizon, s'insurge lui aussi. Pour lui, "on est loin du cliché de 'Flipper le dauphin' qui vient faire des câlins, ce sont des animaux puissants, c'est très intrusif et on risque de leur transmettre des bactéries ou des virus et inversement." Il s'oppose également au repérage aérien opéré par certaines compagnies pour gagner du temps et envoyer plus vite leurs bateaux sur zone. 

"C'est une source de stress pour les animaux", ajoute Joséphine Chazaud, chargée de mission pour le label d'observation responsable au sein de l'association de conservation des cétacés "Souffleurs d'écume". Et c'est même le "comble du ridicule", pour Cédric Brun, "c'est un peu comme si vous partiez faire un safari chercher une girafe qui a un GPS autour du cou !", ironise-t-il.  

Des dauphins qui se nourrissent moins bien, ou qui se séparent

Plus sérieusement, les associations de protection de l'environnement, comme France Nature Environnement ou "Souffleurs d'écume" s'inquiètent de ces pratiques qui peuvent s'apparenter à du "harcèlement". Seule une quinzaine de compagnies de bateaux possède ce label en Méditerranée, c'est moins de la moitié. Or les conséquences de ces balades sont bien réelles. 

Joséphine Chazaud observe bien des "changements de comportement quand il y a des bateaux". Par exemple, les animaux se nourrissent moins bien lorsqu'ils sont dérangés et c'est encore plus dangereux pour les petits qui doivent s'alimenter plusieurs fois par jour. "Il peut y avoir à long terme des déplacements de population ou même un affaiblissement de l'espèce si cette activité n'est pas encadrée", précise-t-elle. Autre exemple, "ce sont des animaux très sociaux, qui vivent en groupe". Si un bateau arrive en plein milieu, "les cétacés s'écartent et cela va induire un éclatement du groupe, les petits peuvent perdre leur maman"

France Nature environnement demande donc au ministère de l'Environnement "l'interdiction pure et simple de la nage avec les cétacés". D'ailleurs, François Piccione, coordinateur du réseau Océans, mers et littoraux, pour l'ONG estime que l'on retrouve moins de cétacés près des côtes. "Ils ont tendance à aller beaucoup plus au large, précise-t-il, et "cette activité de nage vient s'ajouter aux pollutions sonores, chimiques ou plastiques qui s’aggravent en Méditerranée".    

Une étude comportementale pour 2020

Joséphine Chazaud prépare, pour l'année prochaine, une étude sur l'évolution du comportement des dauphins lorsqu'ils sont visités. Elle sera publiée dans le bulletin du sanctuaire Pélagos. Car aujourd'hui, il n'y a pas de donnée sur ce point précis en Méditerranée. Les ONG s'appuient donc sur des analyses réalisées dans d'autres pays. 

En attendant, les compagnies de bateau labellisées espèrent que d'autres les rejoindront, pour que cette activité d'observation des cétacés reste un moment magique et très instructif sur la Méditerranée, ses courants et ses ressources. Cédric Brun, pour Vertical Horizon, rêve par exemple d'un bateau électrique ou hybride qui ne gênerait pas les dauphins. Stéphane Cailler, gérant de la compagnie Espace Mer a des étoiles dans les yeux lorsqu'il aperçoit, comme la semaine passée, "des dauphins qui jouent et restent vraiment comme des aimants collés au bateau, on voit qu'on ne les gêne pas, et là on rêve d'une forme de complicité"

Des rencontres à préserver.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.