Ils sont citadins et de plus en plus nombreux à tenter de concilier vie professionnelle, vie personnelle et zéro déchet. France Inter a rencontré plusieurs consommateurs responsables qui œuvrent pour réduire leur impact sur l'environnement. Portraits croisés.

À Courbevoie, en région parisienne, Kevin, Virginie et leurs deux enfants ont changé la façon dont ils vivent pour limiter leur production de déchets
À Courbevoie, en région parisienne, Kevin, Virginie et leurs deux enfants ont changé la façon dont ils vivent pour limiter leur production de déchets © Yann Rossignol

C'est par la prise de conscience du volume de déchets et par l'envie de limiter le gaspillage que Virginie, Kevin et leurs deux enfants à Courbevoie, ont débuté leur transition vers le "zéro déchet". "On s'est dit que descendre la poubelle quatre fois dans la semaine, ce n'était pas possible" se rappelle Virginie. Il y a quatre ans, elle a commencé à modifier ses habitudes pour réduire le volume de déchets de sa famille. En commençant par la salle de bain, où parents et enfants ont remplacé les tubes de dentifrice et de shampooing par des cosmétiques faits maison, les cotons par des lingettes lavables et les coton-tiges en plastique par un équivalent compostable.

"Il y a plein de choses sur lesquelles on peut se poser la question" affirme Louise, Toulousaine de 23 ans, pour qui ne pas gaspiller a toujours été "naturel". C'est par l'alimentation que l'étudiante a été amenée au "zéro déchet". Avec un budget mensuel de 500 euros par mois, Louise est dans l'économie permanente. Elle passe pourtant aux achats en vrac quand elle le peut, mais "ça peut vite revenir cher".

"Le plastique dans le ventre des poissons, ça a marqué les enfants"

Hélène aussi a modifié sa façon d'acheter. Un changement que la mère de famille lilloise a amorcé en s'informant sur l'écologie et la préservation de l'environnement. Avec son mari, elle s'est mise à sensibiliser ses trois enfants à la question à travers des lectures. "La situation de la planète, le plastique dans le ventre des poissons... Ça les a très fortement marqués."

La famille commence les achats en vrac, va sur le marché, renforce le tri sélectif et alimente davantage le compost qu'ils possédaient déjà dans leur jardin.

Toutes les trois s'accordent pour dire que les cosmétiques faits maison sont un passage facile et visible vers le zéro déchets. Sur Internet, les recettes sont multiples et souvent très simples et cela permet aussi, à l'heure où la question des composants est primordiale, de savoir quels produits sont utilisés dans la salle de bain.

Pour passer aux cotons lavables, c'est facile. Adopter la serviette hygiénique en tissu ou en finir avec le papier toilette, "c'est un passage plus compliqué" tempère Louise. Même constat pour Virginie.

"Les recettes sont simples, mais fonctionnent plus ou moins bien"

Dans la cuisine, chacun a remplacé les emballages plastiques par des boites et des bocaux. Plus de film alimentaire pour protéger les aliments de l'air ou pour la congélation, le retour du bon vieux torchon à carreau ou des "feuilles" de tissus lavable à la place des essuie-tout... Des astuces bonnes pour la planète et qui ne demandent pas aux familles d'y consacrer plus de temps.

Pour les produits ménagers, les avis sont plus partagés. Si Virginie et Kevin ont adopté le bicarbonate, le vinaigre blanc et le bloc de savon de Marseille pour tout l'entretien, Hélène est revenue à la lessive en vrac : "Les recettes sont simples mais en fait, elles fonctionnent plus ou moins bien et certaines encrassent les machines". Et puis fabriquer son déodorant et sa lessive ou s'initier à la saponification à froid sont des activités très différentes. Pour Hélène, les cosmétiques, "c’est une heure par mois, mais on n'anticipe pas toujours la fin des stocks, ça nous arrive encore d’avoir des périodes où l’on va acheter des trucs tout fait parce qu’on en a marre, parce qu’on a pas le temps".

"C'est juste une question de changement d'habitudes" estime Louise, mais qui demande de repenser son organisation. "Aller au marché ne demande pas plus de temps qu'au supermarché, lorsque l'on connaît son circuit et ses commerçants" renchérit Hélène. "Préparer ses repas une fois par semaine pour gagner du temps le reste de la semaine vaut le coup. Elle estime y consacrer trois heures chaque semaine, entre préparation et vaisselle : "J’ai commencé à réfléchir et à revoir l’organisation des repas, en faisant une liste de courses avec les menus en tête pour la semaine et en m’y tenant, j’ai vu un effet très net sur les placards avec moins de stock, des repas très bons préparés plus rapidement et des économies."

"Je n'ai pas envie de passer pour la folle écolo de service"

Le compagnon de Louise, lui, n'a pas pourtant adhéré à sa démarche qu'il trouve "trop compliquée" et trop prenante". "Si les gens ne veulent pas faire d'effort, c'est parce qu'ils ne veulent pas bousculer leurs habitudes" conclut Louise. La jeune Toulousaine déplore le manque de soutien de son entourage et l'impact que sa démarche peut avoir vis à vis de sa vie sociale. "J'ai pas envie d'être résumée à la folle écolo qui ne pense qu'à ça, qui embête le monde avec ses bocaux". 

Hélène n'est pas confrontée au même regard. "C’est plutôt dans l’air du temps, estime-t-elle. C’est un sujet de conversation positif et constructif, les gens se disent que c’est une bonne idée, je fais pas non plus du prosélytisme, ça ouvre la discussion mais les gens ne se sentent pas agressés."

Lorsqu'elle arpente le marché avec son vélo et son panier, la Lilloise répond aux gens qu'elle y trouve du plaisir, qu'elle découvre de nouvelles choses. "On n'est pas des bricoleurs à la base, donc faire des réparations nous même ça a un côté ludique".

Ce côté ludique, Louise le partage. Mais il y a aussi un autre argument très séduisant : chaque mois, Virginie et Kevin dépensent désormais 120 euros de moins pour leurs achats du quotidien.

#LePlastiqueNonMerci

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