L’interdiction des vols commerciaux a une répercussion sur les prévisions météo. Les avions de ligne sont souvent équipés d’instruments de mesures qui permettent d’alimenter les prévisions. Or, la réduction du trafic aérien de 80 à 90% oblige les scientifiques à trouver d’autres moyens pour collecter les informations.

La majorité des avions de ligne sont cloués au sol depuis le confinement d'une large partie de la population mondiale.
La majorité des avions de ligne sont cloués au sol depuis le confinement d'une large partie de la population mondiale. © AFP / Hans Lucas / Sylvain Lefebvre

Le confinement de plus d'un tiers de la population mondiale a une conséquence immédiate : la baisse drastique du nombre de vols commerciaux à travers la planète. Mais cela a aussi un effet sur les relevés météo : les avions de ligne sont souvent équipés d’instruments de mesures qui permettent d’alimenter les prévisions des instituts de prévisions. Or, la réduction du trafic de 80 à 90 % oblige les scientifiques à trouver d’autres moyens pour collecter les informations, comme l'explique à France Inter Emmanuel Bocrie, ingénieur à Météo France. 

FRANCE INTER : Avez-vous constaté un impact du confinement sur le système d'observation météorologique ? 

EMMANUEL BOCRIE : "Par rapport à d'habitude, nous avons perdu à peu près les deux-tiers des observations faites par les avions qui survolent en permanence notre planète pour aller d'un pays à l'autre. Des informations qui permettent d'obtenir la température et la direction du vent. En revanche, nous compensons en augmentant les 'radios sondages'. Ce sont des ballons sondes que l'on envoie de différents endroits et qui mesurent la température, la pression, la direction du vent sur l'ensemble de l'atmosphère. 

Ils fournissent plus d'informations que ce que nous donnent les avions. Nous avons doublé le nombre de radios sondages pour compenser la perte du nombre d'observations des avions. Quatre partent de cinq villes de France, une quinzaine d'autres depuis l'ensemble de la planète, notamment d'outre-mer : Martinique, Guadeloupe, Guyane, mais aussi en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, et même en Terre-Adélie, en Antarctique sud." 

Quels sont les avantages des sondes embarquées sur les avions ? 

"Les sondes embarquées mesurent pendant tout le vol les informations transmises en temps réel. Ces sondes marchent 24 heures sur 24 et sont toujours opérationnelles. Elles sont régulièrement révisées et ne sont pas jetées. 

S'ils sont plus précis, les radios sondages, eux, ne sont utilisés qu’une seule fois. En retombant, la sonde est fichue et on ne peut plus du tout l’utiliser. Cela coûte très cher. L'avantage, en revanche, c'est que ce dispositif fournit une information extrêmement fine par rapport aux données issues des avions."

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) qui s’est réunie à Genève a aussi noté une baisse sensible des observations prises manuellement dans les pays en voie développement au cours des deux dernières semaines... 

"Dans les pays en voie de développement, beaucoup de stations fonctionnent avec du personnel humain. La grosse différence, c'est qu'elles apportent plus d'informations qu'une station automatique, notamment sur la reconnaissance des nuages. Ça, l’être humain le fait très bien. 

Mais le fait que des pays en voie de développement aient moins d’observateurs parce qu'ils sont confinés ou qu'ils sont malheureusement malades, fait que l'on va perdre en qualité de l'observation. Néanmoins, la qualité de la prévision n'est pas vraiment dégradée dans son ensemble, étant donné qu'il y a souvent d'autres stations qui répondent si une est aux abonnés absents. Ainsi, on arrive à compenser. 

En revanche, si cette station hors service est toute seule, par exemple au milieu de l'océan, on peut rater une information très importante. Si on perdait beaucoup de stations humaines, cela aurait un réel impact sur la qualité de la prévision. Toutefois, les modèles numériques qu'on utilise pour faire la prévision sont relativement peu impactés par l'observation humaine." 

Est-ce qu’une baisse de la quantité des observations vous inquiète ? 

"La communauté météorologique est inquiète, dans le sens où l'on surveille ce problème parce qu'on sait que la perte d'observation peut engendrer une perte de qualité de la prévision. Cela jouerait sur des points de détails. 

L'arrivée d'un cyclone ou d'une tempête, relèvent de prévisions qui sont toujours de très bonne qualité. Donc, on a peu d'inquiétude de ce côté-là. En revanche, savoir si une tempête arrive à 4 heures ou à 5 heures du matin sera plus difficile. Ou sur l'intensité : des vents de 110 ou 120 km/heure ? On aura aussi un peu d'incertitude, mais globalement, on verra les événements qui pourraient être dangereux pour la population."

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