Après une journée à batailler contre les flammes, les pompiers sont venus à bout de l'impressionnant incendie de l'usine Lubrizol, jeudi 26 septembre. Mais à Rouen et aux alentours, les riverains sont gagnés par l'inquiétude et la colère.

Un homme observe le panache de fumée depuis Bonsecours, en bordure de Rouen, le 26 septembre.
Un homme observe le panache de fumée depuis Bonsecours, en bordure de Rouen, le 26 septembre. © AFP / Philippe Lopez

22 kilomètres de long, six kilomètres de large. Le panache de fumée, après avoir balayé la région de Rouen, est arrivé jusqu'aux Hauts-de-France dans la journée du jeudi 26 septembre. Malgré les tentatives de la préfecture pour rassurer la population, les riverains de l'usine, qui ont dû rester confinés dans un périmètre de 500 mètres la nuit passée, sont loin d'être sereins. 

"On se pose la question de savoir si on reste habiter ici"

À la mi-journée, huit personnes ont été hospitalisées pour problèmes respiratoires, rapporte France Bleu Normandie. "On se rend compte qu'on est dans une zone dangereuse", confie Aurélie, habitante du Petit-Quevilly, à proximité directe de l'usine. Sa maison ouvrière fait partie d'un ensemble bâti dans les années 1910, plus de 40 ans avant la construction de l'usine Lubrizol. "C'est peut-être sous l'effet du choc, mais on se pose la question de savoir si on va rester ou partir d'ici, ne serait-ce que pour les enfants."

Même inquiétude, même lassitude pour Augusto, retraité, qui vit depuis un demi-siècle dans le quartier. "J'ai trop peur d'habiter ici. Je commence à en avoir marre, parce qu'en 2013, il y avait déjà de très gros problèmes. Maintenant, c'est le feu. On ne sait jamais, on aurait pu tous sauter !"

"Le nuage, en 2013, ne nous avait pas trop choqués. Là, c'était des explosions, de grosses flammes..."

Car il y avait eu un précédent dans cette même usine Lubrizol : en 2013, une gigantesque fuite de gaz, dont l'odeur s'était faite sentir jusqu'à Paris et en Angleterre et qui avait d'ailleurs obligé l'usine à se mettre au normes en matières de risque incendie. Rien à voir, pour autant, avec le spectaculaire incendie de la veille. "L'odeur du nuage, en 2013, ça nous a surpris, mais en même temps, ça ne nous a pas trop choqués", explique Laetitia, une voisine d'Aurélie. "Mais là, c'était des explosions, de grosses flammes qui montaient très haut...

Pour ne rien arranger, les riverains ne savaient pas comment réagir. "On n'est pas informé. Au départ, on a entendu quatre explosions à la suite, vers cinq heures du matin. J'avais ma fenêtre ouverte", raconte Laetitia. 

"Après, on a entendu les hélicoptères, alors on a allumé la télé pour avoir des informations, parce qu'ici, on ne savait rien, personne n'est venu nous voir alors qu'on habite juste au bord de l'usine."

Mère de trois enfants, dont l'un est asthmatique, elle avait fait leur valise au petit matin, avant d'apprendre qu'il valait mieux rester calfeutré. C'est son mari, Damien, qui est allé se renseigner directement au PC des pompiers tout proche. 

"Il faudrait une campagne d'information pour savoir ce qu'il faut faire au cas où", plaide le père de famille. "Juste ça, ce serait déjà pas mal pour beaucoup de gens. Sachant qu'il y a toujours un risque potentiel, mais au moins on aurait toujours un support auquel se référer s'il arrive quelque chose."

Malaises, évacuations, "oiseaux morts" sur le sillage du nuage

Selon le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, l'entreprise était parfaitement aux normes : "Cette entreprise effectivement à plusieurs reprises a eu des difficultés, il y a eu l'épisode de 2013, il y a eu en 2017 un autre épisode, où l'usine a fait l'objet d'un arrêté de mise en demeure avec des prescriptions à exécuter, qu'elle a réalisés. Sur le plan administratif, tout était en ordre." Au lendemain de l'incendie, le feu est éteint et "il n'y a pas de toxicité aigüe", selon les autorités. Difficile à croire pour les habitants.

Séverine, par exemple, dit sur Twitter habiter à six kilomètres de Rouen. Ce matin, "la gorge me gratte, l'odeur d'hydrocarbures est arrivée, des dépôts sont tombés dans le jardin... Et on a retrouvé des oiseaux morts sur les quais... Tout va pour le mieux.

Ces oiseaux ont-ils été tués par les fumées de l'incendie ? Rien ne permet pour l'heure de le confirmer. Reste que, concernant les animaux, les autorités ont donné comme consigne aux agriculteurs de veiller à ce que leurs bêtes "ne consomment pas d'aliments souillés". La Seine est également touchée : des galettes d'hydrocarbures ont fait vendredi leur apparition sur le fleuve. "Nous sommes en train d'armer un navire pour récupérer les galettes avec un chalut tampon, fait pour ramasser les hydrocarbures", a expliqué à l'AFP Benoît Lemaire le directeur de cabinet du préfet de Normandie.

En outre, les écoles sont toujours fermés dans 12 communes voisines de Rouen, et les personnes fragiles sont invitées à rester chez elles.

"Il faudra aussi expliquer aux Rouennais pourquoi leurs transports publics fonctionnaient [hier] matin, en plein incendie, avant que les malaises n'entraînent l'arrêt du service", note un journaliste sur Twitter. De malaise, il est aussi question à France 3 Normandie : les locaux de la chaîne ont été évacués ce vendredi matin, après qu'une salariée a été prise de vomissements, rapporte France Bleu Normandie à 11 heures 30.

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