Une telle réunion n'avait pas eu lieu depuis 15 ans : 150 experts de 50 pays se réunissent au siège de l'UNESCO, à partir de ce lundi, pour rédiger une évaluation mondiale de l'état de la biodiversité dans le monde. Cette plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité est déterminante.

Ces enfants du Lot habitent dans une commune pilote pour la biodiversite : Mayrinhac-Lentour. Ils profitent donc d'actions de sensibilisation
Ces enfants du Lot habitent dans une commune pilote pour la biodiversite : Mayrinhac-Lentour. Ils profitent donc d'actions de sensibilisation © Radio France / Célia Quillet

Un rapport de 1800 pages sera dès ce lundi sur la table des représentants de 130 États-membres. Ils vont pouvoir en débattre pendant une semaine pour établir un "résumé pour les décideurs", un texte qui fera date, l'équivalent du rapport du Giec pour le climat.   

Or le constat, qui compile des milliers d'études sur la biodiversité, est très alarmant. Près d'un million d'espèces, sur 8 millions d'espèces connues, seraient en effet gravement menacées. Premier consensus, la planète vit la 6e extinction de masse des ses espèces et c'est la première dont les hommes sont responsables. "60% des animaux vertébrés ont disparu en 40 ans" précise Arnaud Gauffier, l'un des responsables du WWF, très investi dans cette plateforme. Il s'en réfère au rapport "Planète Vivante" publié l'an dernier. "_500 000 à un million d'espèces pourraient disparaître_, ce résultat est plausible parce qu'on a perdu plus de la moitié des zones de mangroves, parce que la déforestation ne cesse de s'amplifier, et si on regarde les zones de pêche, 90% des stocks sont surexploités ou exploités au maximum", détaille-t-il. "Les impacts sont donc majeurs et concernent l'ensemble des écosystèmes", selon lui. 

75% des surfaces terrestres altérées

En effet, c'est bien l'altération des habitats qui est en cause. Selon les scientifiques, les trois-quarts des surfaces terrestres, 40% de l'environnement marin et la moitié des cours d'eau ont été "gravement altérés". Or la nature rend d'énormes services à l'homme. C'est le second consensus qui émerge. Les trois quarts de nos cultures dépendent par exemple des insectes pollinisateurs. Cela représente un milliard et demi d'emplois dans le monde. Plus de deux milliards de personnes dépendent également du bois pour l'énergie, alors que quatre milliards utilisent une médecine naturelle. Selon certains économistes, les services rendus par la nature représentent au total 125 000 milliards de dollars, soit une fois et demie le PIB mondial. 

Grâce aux brebis qui les pâturent, ces pelouses sèches du Quercy abritent des espèces rares comme le lézard ocelé ou le papillon azuré du serpolet.
Grâce aux brebis qui les pâturent, ces pelouses sèches du Quercy abritent des espèces rares comme le lézard ocelé ou le papillon azuré du serpolet. © Radio France / Célia Quilleret

Des services rendus par la nature si précieux 

Autre exemple, les médicaments : la moitié d'entre eux sont issus d'espèces vivantes, végétales surtout, ou animales. L'étoile de mer, la pervenche de Madagascar, l'oursin, ont contribué à la mise au point de chimiothérapies anticancéreuses.  Et pourtant ils disparaissent même dans des régions préservées. Anaïs Aellen est chargée de mission pour le Parc naturel régional des Causses du Quercy, elle le constate : "de nombreux insectes sont liés à une fleur pour se nourrir, on connaît le déclin des abeilles domestiques mais c'est pire pour les abeilles sauvages car elles sont plus fragiles et plus sensibles." 85% des insectes volants ont disparu en Allemagne ces 35 dernières années. C'est l'un des résultats de la dernière évaluation pour l'Europe et l'Asie centrale de cette plate-forme intergouvernementale pour la biodiversité. Or cette disparition des insectes entraîne celle de leurs prédateurs, oiseaux, hérissons, lézards, amphibiens, qui par ailleurs protègent les cultures en éliminant limaces et chenilles. En moins de 30 ans, la chute des insectes en Europe (-80%) a contribué à faire disparaître plus de 400 millions d'oiseaux. Par ailleurs, les récifs coralliens en péril protègent les côtes de l'érosion, et nourrissent les poissons, abritant 30% des espèces marines. Plus de 500 millions de personnes en dépendent directement.    

Pour sauver les espèces, "il faut tout changer", estime le WWF

Le but de ce sommet est donc que les acteurs politiques se rendent compte enfin de ces enjeux et émettent des recommandations. Pour le WWF, elles ne sont pas technologiques. "Il faudra changer de modèle économique", estime Arnaud Gauffier. Pour lui, il faut, par exemple, abandonner le projet de Montagne d'Or en Guyane. Et plus près de nous, "il faut, selon lui, promouvoir des modes de vie moins basés sur la consommation de biens matériels". Il faut par exemple arrêter de construire des zones commerciales, des zones pavillonnaires. "Construire des autoroutes aujourd'hui en France est une aberration", dénonce-t-il.   

Pour certains experts présents à Paris, l'idéal serait que ce sommet mène à un texte aussi fort que l'accord de Paris sur le climat. Mais quel État acceptera de prôner un changement radical de mode de vie dans les toutes prochaines années ? Ce sujet est encore plus tendu que le réchauffement climatique.

Verdict le 6 mai.

🎧 - ALLER PLUS LOIN || Yann Laurans : sur la biodiversité, "la France n'est pas mieux que le reste du monde"

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.