Moins de viande, moins de laitages, mais pas pour tout le monde : des chercheurs américains se sont penchés sur les meilleurs régimes à adopter pour préserver la planète, tout en veillant à la sécurité alimentaire de tous. Avec un résultat tout en nuances.

Un régime incluant des sardines, mais aussi des mollusques et des insectes, serait l'une des clés pour réduire notre empreinte carbone
Un régime incluant des sardines, mais aussi des mollusques et des insectes, serait l'une des clés pour réduire notre empreinte carbone © Maxppp / Jean-François Frey

Toutes les études le montrent : ce que l'on mange a un impact sur le climat. À de nombreuses reprises, l'empreinte carbone dégagée par la production de viande rouge a été pointée du doigt. Existe-t-il un régime miracle ? La planète entière peut-elle renoncer à la viande ? Des chercheurs américains de l'université Johns Hopkins, de Baltimore, se sont penchés sur la question. 

Neuf régimes réalistes étudiés à la loupe

Pour ce faire, les chercheurs ont étudié neuf régimes qu'ils ont comparé à un régime dit "occidental" à base de viande quotidienne. Des régimes élaborés "en accord avec la santé et nutritionnellement viables, c'est-à-dire sans besoin de compléments alimentaires", notent les auteurs. Le régime végan, par exemple, a été élaboré en incluant divers types de végétaux permettant un apport nutritionnel convenable. 

  • Un régime incluant de la viande rouge ;
  • un régime avec peu de viande rouge ;
  • un régime sans viande rouge ;
  • un régime "meatless day" (de la viande 6 jours sur 7) ;
  • un régime avec de la viande, mais sans produit laitier ;
  • un régime incluant du poisson comme seule protéine ;
  • un régime végétarien (incluant œufs et produits laitiers) ;
  • un régime flexitarien (un repas sur trois avec de la viande, les deux autres sans aucune protéine animale) ;
  • un régime végan.

La viande rouge, ennemi numéro un

Premier constat, déjà connu : la viande rouge pollue énormément. À ration égale, le bœuf, le mouton ou la chèvre dégagent 314 fois plus de gaz à effet de serre que les légumineuses. Il existe toutefois des disparités suivant les pays : les viandes produites au Brésil ou au Paraguay polluent 17 fois plus qu'au Danemark, notamment à cause de la déforestation en Amérique du Sud.

On suppose donc que le régime végan, dépourvu de toute protéine animale, est le meilleur pour la planète car il produit 70 % de gaz à effet de serre de moins que notre actuel régime dit "occidental". 

Pour autant, un autre régime, incluant cette fois des animaux, s'avère tout aussi performant du point de vue environnemental : le régime "du bas de la chaîne alimentaire". Insectes, mollusques et petits poissons sont très peu émetteurs de gaz à effet de serre et consomment très peu de ressources en eau, tout en étant une bonne source de protéines.

Enfin, le régime flexitarien (incluant seulement un tiers de viande) permet de réduire de 50 % son empreinte carbone.

Le régime végétarien, lui, n'est pas une solution miracle

Les chercheurs nous apprennent en revanche que le régime végétarien pollue plus qu'il n'en a l'air. En effet, il inclut des œufs et des produits laitiers ; or, les laitages sont issus de l'élevage animal, notamment bovin, qui consomme énormément de ressources. 

Résultat : dans 90 % des pays, le régime végétarien pollue plus que le régime à base d'insectes et de mollusques... Et dans 60 % des pays, il pollue même plus qu'un régime incluant de la viande, mais excluant tout laitage.

Au-delà des considérations environnementale, la santé des populations doit aussi être prise en compte

800 millions de personnes souffrent toujours de malnutrition dans le monde, note l'étude. Difficile donc d'imaginer un régime entièrement végan pour un pays touché par de nombreuses carences. Par exemple, les scientifiques notent que les produits laitiers, bien qu'émetteurs de gaz à effets de serre, aident en même temps à la croissance des enfants. 

Pour les auteurs, il faudrait en réalité que les pays pauvres incluent davantage de viande et de laitages à leurs repas, quitte à augmenter leur empreinte carbone, pour pallier la malnutrition. En revanche, pour compenser, les pays riches devraient réduire leur consommation. "Si toute la population des États-Unis supprimait la viande une fois par semaine, cela épargnerait un trillion (un milliard de milliards) d'eau par an", note l'étude !

Des compromis seront nécessaires, il n'y a pas de solution miracle

Autrement dit, il n'existe pas de solution miracle qui consisterait en un régime unique dans le monde. "Nous devons être précautionneux et ne pas simplifier les choses à tout prix", explique Martin Bloem, co-auteur de l'étude, sur le site du centre Johns Hopkins.

"L'impact environnemental seul ne peut pas guider ce que mange la population", poursuit Martin Bloem. "Les pays doivent prendre en compte l'intégralité des besoins nutritionnels, des accès et des préférences culturelles de leurs habitants."

L'étude trouve ses limites car elle ne prend pas en compte les effets d'un changement de régime alimentaire d'un point de vue socio-économique et agronomique : les activités des agriculteurs, l'adaptation des pratiques, l'espace disponible pour cultiver, la biodiversité... "Un passage à davantage de végétal dans l'alimentation doit se faire en s'assurant que les populations aient accès à une variété de végétaux à bonne valeur nutritive", notent les auteurs.

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