La Ligue de protection des oiseaux annonce une nouvelle plainte contre la France auprès de l'Europe. Elle accuse Paris ne pas respecter la directive Oiseaux, directive qui fête ses 40 ans. Des infractions liées à la chasse. Le président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, explique cette démarche à France Inter.

Une tourterelle des bois
Une tourterelle des bois © Getty / DEA / C. GALASSO

La tourterelle des bois, le grand tétras ou l'oie cendrée, une vingtaine d'espèces en déclin continuent d'être chassées en France. Une situation inacceptable pour La ligue de protection des oiseaux. Son président Allain Bougrain-Dubourg annonce qu'il va déposer une plainte ce mardi 2 avril auprès de l'Union européenne à l'occasion des 40 ans de la directive Oiseaux. Cette directive fixe des mesures de protection et encadre le calendrier de la chasse selon les périodes de migration et de reproduction. La LPO accuse Paris de faire des entorses à la réglementation européenne pour satisfaire les revendications des chasseurs.

FRANCE INTER : Pourquoi une nouvelle plainte, cette fois pour non-respect de la directive Oiseaux ? 

ALLAIN BOUGRAIN-DUBOURG, président de la LPO : "Cela fait des années qu'on se bat contre l'État qui fait la sourde oreille. C'est désarmant quand on voit que ce même État prétend vouloir sauver la biodiversité au plan mondial, alors qu'à l'intérieur de son pays il n'est même pas capable de respecter le droit. Il est scandaleux de voir que chaque année l'État veut prolonger la chasse aux oies sauvages. On a gagné 12 fois devant le Conseil d'État. Pour le grand tétras, chassable dans les Pyrénées alors que c'est une espèce à l'agonie, on a gagné 30 fois devant les tribunaux administratifs. Et à chaque fois il faut recommencer.

Il y a aussi l'absence de mesures de conservation suffisantes pour certaines espèces de gibier. Je pense notamment à la tourterelle des bois : aujourd'hui les populations ont chuté de 80 % et la France veut continuer de tirer la tourterelle des bois. Sur les 64 espèces d'oiseaux chassables en France, une vingtaine sont en déclin. Ils figurent sur la liste rouge de l'Union internationale de conservation de la nature."

Vous dénoncez aussi certaines formes de chasse dites traditionnelles ? 

"Il y a par exemple la technique aux gluaux en Provence Alpes-Côte d'Azur, c'est une technique qui permet d'attraper des oiseaux qui vont s'engluer, se coller sur des baguettes alors que cette chasse est interdite en Italie, en Espagne et à Malte. Nous nous tournons vers l'Europe pour la faire interdire en France."

Le gouvernement promet une "gestion adaptative des espèces" en fonction de leur état de conservation. Qu'en attendez-vous ?

"On a sorti du chapeau cette gestion 'adaptative'. Je voudrais avoir la garantie que cette méthode ne s'applique qu'aux espèces déjà chassables. Elle sont déjà nombreuses puisqu'il y en a 64 en France contre 20 à 30 pour la moyenne européenne. En clair, qu'on n'imagine pas qu'une espèce protégée qui serait considérée comme étant en bonne santé, puisse devenir chassable. Je pense notamment aux pinsons qui intéressent les chasseurs.

La priorité c'est d'arrêter de chasser les espèces en mauvais état de conservation, il y en a une vingtaine aujourd'hui en France. La science nous l'indique très clairement, que ce soit le Muséum nationale d'histoire naturelle ou le CNRS.

La réponse du gouvernement

Au ministère de la Transition écologique, on considère que les règles applicables à la chasse sont "conformes au droit européen et aux dérogations prévues par la directive Oiseaux" tout en considérant 'qu'il est nécessaire d’aller plus loin pour la préservation de la biodiversité" Une réforme est cours, "la gestion adaptative des espèces". Elle est censée "mieux concilier l'activité de chasse avec la préservation de la biodiversité" explique-t-on au cabinet de la secrétaire d'État Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire. 

Cette méthode doit définir le nombre de prélèvements autorisés pour chaque espèce concernée en fonction de son état de conservation. Un comité d'experts est chargé d'établir un diagnostic scientifique. Il va travailler dans un premier temps sur six espèces : la tourterelle des bois, le courlis cendré, la barge à queue noire, le fuligule milouin, le grand tétras et l'oie cendrée. Son premier avis est attendu en mai.

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