Pour l'océanographe François Galgani, chercheur à l'Ifremer, et à la tête d'un groupe d'experts sur les déchets marins pour la Commission européenne, c'est utopique de penser que l'on va collecter le plastique qui flotte sur les océans. C'est sur terre, avant que le déchet n'arrive à la mer, qu'il faut agir. Entretien.

L'océanographe François Galgani.
L'océanographe François Galgani. © Ifremer

Quelle est l'ampleur de la pollution plastique dans les océans aujourd'hui ? 

François Galgani : 8 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés dans les océans chaque année. À la surface, on sait qu'il y a 5 000 milliards d'objets qui flottent, y compris des micro-particules. Cela représente 1 %, l'essentiel étant sur le fond, 99 % des plastiques sont au fond des océans

Les continents de plastique sont une image. Dans la réalité il n'y a pas d'île sur laquelle on marche, il y a simplement des densités plus fortes de déchets qui flottent. C'est lié à la circulation des masses d'eau. Cela fait des zones de convergences où tout ce qui flotte s'accumule. Il y a 5 continents de plastique connus et bien décrits aujourd'hui, dans le nord et le sud de l'Atlantique, du Pacifique et dans l'Océan indien. En gros, il y en a un par bassin océanique. 

Ces "continents" de plastique sont une image et ne représentent que 1% de la pollution plastique des océans.
Ces "continents" de plastique sont une image et ne représentent que 1% de la pollution plastique des océans. © AFP / Vincent LEFAI, Sabrina BLANCHARD, Jonathan WALTER

C'est spectaculaire ! Ces nappes s'étendent parfois sur plusieurs milliers de km² mais en densité ce n'est pas si important que cela : quelques milliers de tonnes. C'est peu, si l'on rapporte cette quantité à la production annuelle de plastique dans le monde estimée à 350 millions de tonnes. Il est importante de comprendre que sur certaines côtes méditerranéennes ou dans le Golfe du Bengale, les densités de déchets sont plus importantes que dans ce qu'on appelle les continents de plastique. 

Une étude allemande récente pointe du doigt 10 fleuves situés en Afrique mais surtout en Asie du sud-est notamment le fleuve jaune en Chine. Qui est responsable ?

Effectivement, il y a des fleuves notamment dans le sud-est asiatique qui ont un rôle important, qui charrient entre de 1 à 2 millions de tonnes de plastique. Mais les fleuves représentent moins d'un quart des apports dans les océans. Il y a beaucoup d'autres sources de pollutions : les bassins versants par exemple ou les eaux de ruissellement, le tourisme, la navigation, les activités littorales. 

Tout le monde est responsable, il y a 7 milliards d'individus et donc 7 milliards de sources potentielles de pollution plastique puisque chacun, à un moment ou à un autre, a laissé tomber un morceau de plastique ou l'a jeté volontairement malheureusement, c'est ce qui rend complexe la gestion de ces diverses sources. Malgré tout, les procédures en place : la voirie, les systèmes de collecte, le recyclage même s'il n'est pas encore très développé, le traitement des eaux et les comportements font que globalement en Europe on a une situation qui est moins dramatique que dans certaines autres régions du monde. 

Depuis plusieurs années, on voit beaucoup d'expéditions des bateaux "bennes-à-ordures" qui partent collecter les déchets en mer. Est-ce une solution ? 

Il y a bien des jeunes qui ont envisagé d'aller nettoyer les océans mais c'est plus une aventure humaine qu'une solution pour régler un vrai problème d'environnement. Le mieux c'est la prévention, le recyclage, l'interdiction de certains types de plastique à usage unique comme vient de le décider l'Europe pour 2021. C'est également un meilleur traitement des eaux. 

Après, on peut récupérer dans certains cas, des déchets parce qu'ils ont de la valeur, par exemple des filets de pêche qu'on peut réparer, réutiliser ou réparer. Mais globalement, la prévention et l'éducation ont un grand rôle à jouer. À terme, dans le futur on aura peut-être des matériaux qui sont plus facilement recyclables, qui seront moins conséquents pour l'environnement. 

#LePlastiqueNonMerci

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