Le gouvernement a installé ce mercredi un comité de pilotage. Son but : réfléchir à la mise en place d'une consigne pour certains emballages comme les canettes, certaines boîtes plastique à usage unique et les pots de peinture. Les bouteilles en plastique usagées pourraient être concernées. Mais le projet divise.

 En France, seules six bouteilles en plastique sur dix sont collectées ; le gouvernement espère améliorer la collecte grâce à la consigne.
En France, seules six bouteilles en plastique sur dix sont collectées ; le gouvernement espère améliorer la collecte grâce à la consigne. © AFP / Gérard Houin

Vous achetez une bouteille d'eau ou de soda en plastique. Vous la payez une vingtaine de centimes de plus et vous récupérez cette  consigne lorsque vous ramenez la bouteille vide dans un automate placé dans tous les supermarchés et même les boulangeries et sandwicheries de France. 

C'est le scénario défendu par Citeo, l'éco-organisme en charge du recyclage des emballages ménagers en France. Citeo, financé par les "metteurs sur le marché" de bouteilles en plastique comme Evian, Coca-Cola ou PepsiCo au nom du principe du pollueur-payeur, s'inspire de dispositifs déjà développés à grande échelle en Allemagne, au Danemark ou encore en Suède.

Aujourd'hui en France, seules six bouteilles en plastique sur dix sont collectées, ce taux peut descendre jusqu'à une bouteille sur dix dans les hypercentres villes de Paris et Marseille. "L'Europe nous dit qu'il faut atteindre 90 % de collecte dans dix ans. La consigne est le seul moyen d'y parvenir" estime Jean Hornain, le directeur général de Citeo. 

La consigne des bouteilles plastiques : une concurrence déloyale pour les "bacs jaunes" ? 

Si beaucoup saluent l'objectif du gouvernement de tendre vers 100 % de plastique recyclé d'ici 2025, la consigne, elle, est loin de faire l'unanimité. D'après les collectivités locales et les industriels du recyclage, le dispositif risque de concurrencer la collecte des bacs jaunes.  

"L'idée de la consigne est une vraie mauvaise idée" s'inquiète Federec, la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (1 100 adhérents) dans un communiqué. "Elle a pour conséquence de détruire le système de collecte, existant en France depuis deux décennies." Federec rappelle que pour la seule année 2017, 521 millions d'euros ont été investis pour la collecte, le tri et le recyclage par les industriels et les collectivités.  "Nous avons investi massivement dans des centres de tri et maintenant en cours de jeu on veut changer les règles" renchérit Nicolas Garnier le délégué général d'Amorce, l'association des collectivités pour la gestion des déchets.

Douze milliards de bouteilles vendues chaque année

Derrière ce désaccord, il y aussi un énorme enjeu financier. Les plus de douze milliards de bouteilles plastiques vendues chaque année en France sont majoritairement fabriquées en PET clair. Or, c'est l'un des rares déchets plastiques qui possède une valeur marchande : 300 euros la tonne en moyenne. Ce gisement de bouteilles usagées risque de susciter encore plus de convoitises car l'Europe va bientôt (en 2030) obliger les fabricants de bouteilles a intégrer au moins 30% de plastique recyclé dans la fabrication des nouvelles bouteilles. Ce taux sera de 25% en 2025. 

"On veut nous retirer des bacs jaunes, la seule matière qui a un peu de valeur" fulmine Nicolas Garnier de l'association Amorce. "On nous laisserait gérer, nous service public, tous les plastiques très difficile à valoriser : les barquettes de carottes râpées, les films alimentaires et les emballages de biscuits qui posent beaucoup plus de problème pour l'environnement."

Dans l'entourage de Brune Poirson, la secrétaire d'Etat à la transition écologique, on se veut rassurant : rien n’est encore tranché. Le comité de pilotage qui réunit ONG, industriels, fabricants d'emballages doit justement veiller à définir les emballages concernés par la consigne et les modalités de l’organisation du dispositif. "Il doit veiller justement à ce que personne ne soit lésé" dit-on au ministère de la transition écologique. 

Le ministère de la transition écologique avance prudemment sur ce dossier de gestion des déchets, potentiellement très sensible à la veille du scrutin municipal en 2020.

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