Il aura fallu une semaine avant que la circulation soit restreinte dans la capitale et sa proche banlieue : ce délai de mise en place du dispositif pose question.

Des véhicules coincés dans un ralentissement à Paris.
Des véhicules coincés dans un ralentissement à Paris. © AFP / Geoffroy Van Der Hasselt

Soleil, chaleur, pas de pluie ni de vent pour disperser les particules fines : Paris suffoque. La première alerte d’Airparif est tombée le mercredi 20 février. Dans un communiqué, l’organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air expliquait l’arrivée d’un épisode de pollution aux particules fines. Stationnement gratuit dès jeudi dans Paris, vitesse abaissée le lendemain jusqu’à ce mardi ; des mesures jugées “insuffisantes” par la mairie de la capitale “au regard de l’enjeu de santé publique” - dixit Christophe Najdovski, adjoint chargé des transports. “Nous attendons des mesures d'urgence afin de faire baisser les émissions de polluants et que l'air ne soit pas irrespirable” avait-il déclaré.

Une bagarre quasi systématique entre la ville et la préfecture, à chaque épisode. C’est ainsi que, le 22 février, Anne Hidalgo s’indignait du fait que les services de l’État avaient jusqu’alors refusé la mise en place d’une interdiction de circuler pour les véhicules polluants.

Il aura donc fallu attendre ce mercredi avant la mise en place d’une circulation dite “différenciée” en Île-de-France. Dès 5h30, à l’intérieur du périmètre délimité par l’A86, seuls les véhicules munis d’une vignette Crit’Air de classe 0, 1, 2 et 3, soit les moins polluants, pourront circuler dans ce périmètre. Par ailleurs, les poids lourds en transit excédant 3,5 tonnes auront l’obligation de contourner la capitale par la Francilienne. La mesure a finalement été prise après la prévision défavorable d‘Airparif, qui annonce pour mercredi une concentration de particules fines supérieure au seuil d'information et de recommandation fixé à 50 μg/m³.

Un impact considérable

Ce dont il faut toutefois avoir conscience, c’est qu’une mesure de restriction de la circulation en région parisienne, c’est synonyme d’un impact considérable sur le trafic de la région. Plus de trois millions de voitures, utilitaires, bus et poids lourds sont en effet concernés par la mesure : les diesels mis en circulation avant 2006, ceux d'avant 2001 et ceux qui n'ont pas de vignette du tout parce que trop anciens. Ces vieux véhicules dans la couronne parisienne appartiennent souvent à des foyers modestes ou à des petits artisans. En Seine-Saint-Denis par exemple, cela représente un peu plus de 425 000 véhicules, soit près de la moitié du parc automobile de ce département. Une telle restriction de circulation met donc ces Franciliens en difficulté.

Autre point non négligeable : la circulation différenciée nécessite du contrôle et donc une mobilisation des forces de l'ordre, déjà très sollicitées en ce moment. Elles vont l'être probablement toute la journée de mercredi, avant le retour de la pluie.

Les six vignettes Crit'air.
Les six vignettes Crit'air. © Visactu /

Une bataille plus politique qu'écologique

Derrière la mise en place de la circulation alternée se cache aussi une petite bataille et un enjeu politiques, à un peu plus d’un an des élections municipales. Mardi matin sur franceinfo, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, pressenti pour porter une candidature “En marche” dans la capitale, s’en est vivement pris à la position de la mairie de Paris.

La pollution et la lutte contre la pollution atmosphérique doivent dépasser les clivages politiques, échapper à la petite politique politicienne (...) La pollution ne s’arrête pas au périphérique. Quand on prend des décisions dans Paris, ça impacte les habitants de la petite couronne. Il faut arrêter de se comporter de manière égoïste”, a estimé Benjamin Griveaux, réagissant aux critiques de Christophe Najdovski, adjoint, chargé des transports, à la maire de Paris. Ce dernier avait regretté de ne pas voir la circulation différenciée mise en place. “C’est un premier pas” a t-il estimé après, finalement, la mise en place “tardive” de la mesure ce mercredi.

À noter qu’en plus de la restriction de circulation, la vitesse reste abaissée de 20 km/h par rapport à la normale. Le réseau Île-de-France Mobilités annonce le déclenchement du “forfait antipollution” qui prévoit un tarif unique de 3,80 euros la journée pour inciter les Franciliens à utiliser les transports en commun. Le covoiturage sera également gratuit en partenariat avec huit plateformes.

À Lille, mise en place tardive aussi

Mise en place pour la première fois à Lille mercredi, la circulation différenciée était "attendue depuis longtemps" explique Jérémie Crépel, président du groupe Europe Écologie-Les Verts à la métropole européenne de Lille. "L'an dernier, il y a eu 60 jours de pics de pollution sans qu'elle soit mise en place". La mesure a en effet été instaurée dans la capitale nordiste en raison de la "persistance" de la pollution. "Elle devrait être mise en place dès le début des pics de pollution" estime l'élu.

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