Peter Wohlleben, qu'on connaît pour son best-seller "La vie secrète des arbres", sort un nouvel opus : "Le réseau secret de la nature". Il nous y explique les liens subtils qui unissent les êtres vivants dans notre écosystème… Illustration par l'exemple avec trois animaux : les loups, les saumons et les porcs !

Louve et son petit
Louve et son petit © Getty / Adria Photography

Selon Peter Wohlleben :

La nature est extrêmement compliquée et nous ne pouvons pas la comprendre dans son intégralité. Si nous voulons faire quelque chose pour elle, il faut tout simplement la laisser tranquille plutôt que tenter de la manipuler.

Ces quelques mots résument la thèse générale de son nouveau livre, "Le réseau secret de la nature". Invité au micro d'Ali Rebeihi dans Grand bien vous fasse, le garde forestier a donné à l'antenne quelques exemples où l'Homme a modifié l'équilibre naturel d'un milieu, à ses risques et périls.

Quand les loups changent le cours des rivières

Au XIXe siècle, les loups ont été exterminés du parc national de Yellowstone sous la pression des fermiers locaux… Les cervidés se sont alors multiplié et ont mangé toutes les pousses des arbres, ce qui a entraîné une érosion des fleuves. Puis, en 1995, le loup a été réintroduit dans le parc par l'US Fish and Wildlife Service et cela a permis d'inverser le cours des choses. Alors qu'avant, les cervidés pouvaient se rassembler en gros troupeau, avec un impact très fort sur la régénération forestière, la présence du loup a amené les grande hardes à se diviser et globalement la régénérescence forestière a pu être assurée naturellement.

Pour le dire simplement, le loup est responsable de la régulation de la population de cervidés. Ce n'est pas son obligation légale, vous imaginez bien, mais il initie des mouvements. Il y a parfois plus de cervidés, parfois plus de loups... C'est un processus constant.

Ce phénomène s'appelle la cascade trophique : l'influence du prédateur sur l'ensemble de la faune et de la flore… et cette vidéo l'explique :

Peter Wohlleben souligne que "cette évolution est également à l'oeuvre en Europe, en France en particulier". Le loup est revenu au début des années 1990, via les zones alpines assez difficiles d'accès. Aujourd'hui, il y a entre 400 et 500 loups en France ; en Allemagne ils sont environ 700 avec une augmentation de 20% à 30% chaque année. 

Pour Peter Wohlleben :

C'est un vrai succès de l'Union Européenne (puisque le loup est protégé au niveau européen). 

Il ajoute :

Le loup est un excellent exemple que nous pouvons tout changer à chaque instant !

Quand les saumons nourrissaient les arbres

L'azote est un fertilisant pour les arbres, or il y en a peu dans la Nature… sauf sur les berges des fleuves, grâce aux poissons. Peter Wohlleben explique : "Les arbres ne pêchent pas mais ils étaient approvisionnés en poissons par les ours bruns. Ceux-ci consomment des poissons, et lorsque la nature leur commande de faire leurs déjections (qui contiennent de l'azote de poisson), ils le font souvent derrière un arbre..." 

Le garde forestier estime que "80% de l'azote des arbres le long des fleuves, auparavant, provenait des poissons". Aujourd'hui, l'apport en azote se fait surtout par les voitures… Problème : il y en a trop, beaucoup trop : "c'est comme s'il y avait 170 000 saumons / km² par an !". Du coup, les arbres grandissent beaucoup plus vite qu'auparavant, ce qui est très malsain pour eux. 

Des cochons et des arbres

Au Portugal, les forêts de feuillus ont été remplacées par des eucalyptus, qui poussent plus vite. Conséquence imprévue : le pays est devenu très touché par les feux de forêt (ce qui n'était pas le cas avant). 

Peter Wohlleben souligne :

Si on se concentre uniquement sur la production de bois, d'autres indicateurs deviennent tout de suite rouges !

Mais dans certaines régions d'Espagne, en Extremadura par exemple, les forêts de chênes sont toujours présentes aujourd'hui car les éleveurs de porcs les ont protégées… 

Aller plus loin

📖 LIRE | Le réseau secret de la nature de Peter Wohlleben

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  • soit le remède est pire que le mal, et le pesticide se révélerait plus dangereux à terme pour l'homme que le moustique. 
  • soit la disparition des moustiques pourrait faire apparaître des dangers beaucoup plus grands 

🎧 ECOUTER | Grand bien vous fasse - Pourquoi la nature peut sauver le monde ?

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