C'est un avis sévère que rendent les scientifiques du Haut Conseil pour le climat. Le projet de loi "Climat et résilience", issu des propositions de la Convention citoyenne, est insuffisant, disent-ils, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Ils demandent aux députés de corriger le tir.

En novembre 2018, Emmanuel Macron Installait le Haut conseil pour le climat qui rend ce mardi un avis assez sévère sur le projet de loi "Climat et Résilience"
En novembre 2018, Emmanuel Macron Installait le Haut conseil pour le climat qui rend ce mardi un avis assez sévère sur le projet de loi "Climat et Résilience" © Maxppp / Thomas Padilla

Ce texte de loi, présenté comme le projet phare du gouvernement pour le climat, a déjà été jugé trop timide par le CESE, le Conseil économique, social et environnemental. Cette fois, c'est le Haut conseil pour le climat, une instance de scientifiques placée sous l'autorité du Premier ministre, qui l'épingle. Ce projet de loi est pourtant l'occasion pour la France de redresser la barre et de rattraper son retard pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. C'était d'ailleurs la feuille de route donnée aux citoyens de la Convention climat : "réduire les émissions de 40 % d'ici 2030 dans un esprit de justice sociale"

Or, à l'arrivée, après le passage par le filtre des ministères, le texte a été largement modifié. "L'ambition du texte pourrait être plus élevée", affirme sans détour la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil : "Il y a en effet des éléments positifs mais également beaucoup d'opportunités manquées." 

Pas assez de mesures sur les transports, secteur le plus émetteur, un "impact marginal sur le bâtiment", qui représente pourtant près de 20 % des émissions, des "mesures positives mais qui arrivent trop tard dans le temps", "une évaluation peu lisible, peu transparente", voilà en substance l'avis rendu par les scientifiques de ce Haut conseil pour le climat. 

Ils estiment que les délais d'application des mesures, "trop lents ne permettent pas de rattraper le temps perdu". Exemple, pour les cantines : le texte prévoit d'imposer 20 % de bio dans les restaurants d'entreprise, et 50 % de produits durables, mais d'ici 2025, pas avant !

Le jeu est entre les mains des députés

Désormais, ces scientifiques en appellent donc aux parlementaires, leur dernière chance, pour modifier la donne et améliorer le texte. "Il faut que les  députés renforcent ou complètent ces mesures", affirme la présidente du Haut Conseil pour le climat. Exemple pour le bâtiment : "Il faudrait une stratégie d'obligation de rénovation, sans attendre 2028", précise-t-elle. Autre secteur crucial, la publicité : le Haut conseil recommande d'interdire les spots pour les voitures les plus polluantes sans se limiter comme prévu aux seules énergies fossiles

Enfin, concernant l'utilité de cette loi, à terme, le Haut conseil souhaite que pour chaque amendement, soit indiqué son impact supposé sur les émissions de gaz à effet de serre et l'objectif de neutralité carbone. Une façon de savoir à quoi s'en tenir. Les scientifiques recommandent enfin un dispositif de suivi et d'évaluation pour que cette occasion historique de réduire les émissions de gaz à effet de serre ne soit pas totalement manquée.

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