En Indonésie, un cachalot vient d'être retrouvé mort avec plus de six kilos de déchets en plastique à l'intérieur de l'estomac. Une situation de plus en plus fréquente à mesure que nos ordures envahissent les océans. 100 000 mammifères marins en sont victimes chaque année.

L'animal a été retrouvé dans l'une des plus grandes réserves marines du pays
L'animal a été retrouvé dans l'une des plus grandes réserves marines du pays © AFP / LA ODE M. SALEH HANAN

C'est un problème majeur, identifié depuis longtemps qui pointe le bout de son nez à chaque fois qu'un cétacé s'échoue sur une plage. Un problème mondial causé par les tonnes de déchets en plastique que l'Homme déverse quotidiennement dans la nature. La dernière illustration date du 19 novembre : un cachalot a été retrouvé mort en Indonésie, avec dans son ventre environ six kilos de plastique, un festin d'ordures flottantes qu'il a pris pour de la nourriture.

L'autopsie du cachalot doit révéler les raisons précises de sa mort
L'autopsie du cachalot doit révéler les raisons précises de sa mort © AFP / HANDOUT / AKADEMI KOMUNITAS KELAUTAN DAN PERIKANAN WAKATOBI

Un archipel de biodiversité

L'animal a été découvert près d'une plage d'une des îles du Parc national de Wakatobi, à l'extrême sud-est de l'archipel. Il s'agit pourtant de l'une des plus grande réserves marines du pays. Près de 1 700 espèces animales y vivent, dont plus de 700 espèces de coraux. Un îlot de biodiversité qualifié par le Commandant Cousteau de "nirvana sous-marin".

Sur place, des associations écologistes comme la branche indonésienne du WWF, ont fait un constat alarmant. Dans l'estomac de l'animal long de 9,5 mètres, du plastique sous toutes ses formes : 115 verres et gobelets, des bouteilles, des sacs, des sacs fermés contenant des bouteilles, des bâches et même des tongs. Tout cela en plastique dans un état plus ou moins dégradés. 

Verres, gobelets, sacs en plastique ont servi de repas à l'animal.
Verres, gobelets, sacs en plastique ont servi de repas à l'animal. / ©WWF

L'estomac comme une poubelle

"L'image est frappante", se désole Ludovic Frère Escoffier, responsable du programme Océans au WWF France. "On a l'impression de retrouver à l'intérieur de ce mammifère une poubelle entière de produits plastiques." Une autopsie doit révéler les causes de la mort, mais il y a fort à parier que ces ordures n'ont pas participé à la bonne santé de l'animal. Les matières remplissent l'estomac et stagnent jusqu'à créer un bouchon.

Avec les courants marins, la région est propice à un brassage d'objets flottants. Par ailleurs, l'Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde est le plus grand producteur de déchets marins (1,29 million de tonnes rejetées tous les ans) après la Chine. "Ce sont des pays où la conscience de l'importance du geste de tri est peut-être limitée, mais surtout des pays où les systèmes collectifs publics pour récolter ces types de produits qui ne sont pas mis en place. Les entreprises et les gouvernements ont un rôle à jouer pour faire en sorte de ne pas les retrouver dans la nature", précise Ludovic Frère Escoffier. En 2017, les autorités indonésiennes ont d'ailleurs annoncé vouloir diminuer la pollution marine de 70% d'ici 2025. Derrière les bonnes intentions, les résultats concrets se font encore attendre.

Une problématique mondiale

Ce genre de faits divers animaliers arrive hélas souvent et partout dans le monde. En 2017, les autopsies de 13 cachalots qui se sont échoués sur les littoraux de la mer du Nord ont révélés que chacun vivait avec plusieurs kilos de plastiques dans leur ventre. En avril dernier, en Espagne, 29 kilos de déchets ont été découverts dans l'estomac d'un cachalot retrouvé mort.

"Les mammifères sont de bons indicateurs de l'état de pollution des océans, estime Ludovic Frère Escoffier. 100 000 mammifères marins en sont victimes dans le monde. On est actuellement sur une pollution massive. C'est près de huit millions de tonnes de déchets plastiques qu'on retrouve chaque année dans les océans. Pour l'équivalent de trois kilos de poissons, vous trouvez un kilo de plastique. Aujourd'hui, c'est tout l'écosystème, depuis le plancton jusqu'à ces grands animaux, qui sont victimes jusqu'à la mort de cette pollution."

Un problème qui mobilise les associations écologistes. Si rien ne change rapidement, d'ici 2050, on devrait trouver autant de plastiques que de poissons dans les océans. Tout ne finira pas dans le ventre des animaux. On en trouvera dans des vortex d'ordures, comme le "septième continent" dans le Pacifique Nord. Sans oublier l'impact sur le climat : "un océan qui n'est pas sain, qui n'est pas vivant, va capter moins de dioxyde de carbone et va moins jouer son rôle d'assurance du climat."

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