Voilà une preuve que le déclin de la biodiversité n'est pas irréversible ! Dans les étangs et marais des Salins de Camargue, des travaux ont permis à la nature de reprendre ses droits. En moins de dix ans, depuis la vente de ces espaces au Conservatoire du littoral, des oiseaux et des poissons sont déjà revenus.

Depuis que l'eau est réapparue sur le site, ces paysages de "sansouires" avec des salicornes colonisent à nouveau ces anciens marais des Salins.
Depuis que l'eau est réapparue sur le site, ces paysages de "sansouires" avec des salicornes colonisent à nouveau ces anciens marais des Salins. © Radio France / Célia Quilleret

La vue est saisissante. Quand on traverse les marais sur la digue en direction du phare de la Gacholle, non loin de Beauduc, des étendues de salicornes vertes et mauves typiques des étangs ont colonisé la terre sèche et déserte des anciens Salins de Camargue. Ces paysages dits de "sansouïres" ont été restaurés. Marc Thibault, le responsable de ce projet à la Tour du Valat, un centre de recherches pour la conservation des zones humides, est assez ému de retrouver "ces paysages emblématiques de la Camargue que l'on pouvait voir par exemple dans le film Crin Blanc et que l'on ne voyait plus". Des oiseaux peuvent nicher et se reproduire. "On a une communauté de passereaux qui colonise à nouveau ces endroits, la fauvette à lunettes ou la bergeronnette printanière trouvent à nouveau ici un habitat favorable, des buissons très bas et des zones dégagées autour", se réjouit Marc Thibault.   

Cet ouvrage a permis par exemple de reconnecter les anciens marais des Salins, auparavant très secs, aux étangs comme le Vaccarès.
Cet ouvrage a permis par exemple de reconnecter les anciens marais des Salins, auparavant très secs, aux étangs comme le Vaccarès. © Radio France / Célia Quilleret

Des marais et des étangs reconnectés à la mer 

Le secret, c'est d'avoir permis à l'eau, douce et salée, de revenir dans ces espaces autrefois asséchés par la récolte du sel. Désormais, des ouvrages hydrauliques permettent à la mer de rentrer et de rétablir des connexions entre la Méditerranée, les marais et les étangs comme le Vaccarès. "En reconnectant ces étangs, on a une continuité hydrologique et cela permet aux poissons de cheminer pour passer une partie de leur vie dans le Vaccarès alors qu'avant, les étangs étaient cloisonnés", explique Benjamin Bricault de la Société nationale de protection de la nature.  

Conséquence très positive, certains poissons marins migrateurs, comme les dorades royales ou les soles peuvent à nouveau entrer dans ce refuge et permettre à leurs petits de grandir, à l'abri des prédateurs. "Ils rentrent dans les étangs au stade juvénile, profitent de conditions très favorables pour grossir avant de repartir en mer", détaille Marc Thibault. Voilà des étangs qui jouent donc le rôle de nurserie pour les poissons migrateurs.    

Désormais, les flamants roses typiques des étangs retrouvent la compagnie de petits passereaux terrestres qui profitent du retour de la végétation.
Désormais, les flamants roses typiques des étangs retrouvent la compagnie de petits passereaux terrestres qui profitent du retour de la végétation. © Radio France / Célia Quilleret

Retour des anguilles, pourtant en voie d'extinction  

Un suivi scientifique sur ces étangs, avec des pêches régulières, montrent très clairement qu'une partie des étangs est colonisée par les poissons comme les anguilles d'Europe, alors que cette espèce est en voie d'extinction. Car leur voie de migration est à nouveau fonctionnelle. "Le fait de restaurer ces connexions, cela permet aux anguilles de coloniser à nouveau les étangs de Camargue, explique Marc Thibault, elles passent en Europe la plus grande partie de leur vie avant d'aller se reproduire dans la mer des Sargasses, c'est un voyage extraordinaire".   

Laisser la nature reprendre ses droits, un changement de paradigme

Pour Gaël Hémery du parc naturel régional de Camargue, le projet de renaturation des étangs et marais de Camargue est très positif et il pourrait servir d'exemple ou "donner des idées à d'autres gestionnaires". "On a donné un coup de main à la nature et cela fonctionne", se réjouit-il. "Si on laisse les étangs fonctionner librement, on a une diversité des eaux qui vont se mélanger et cela favorise la richesse de la flore et de la faune alors que jusqu'à présent, on raisonnait en fonction de l'intérêt de l'homme sur ce site", détaille-t-il. "En laissant la nature s'exprimer, on change de paradigme et on donne des chances à la biodiversité, elle peut reconquérir ce qu'elle a perdu !" C'est ainsi que 300 hectares de végétation ont réapparu, en moins de dix ans.  

L'enjeu maintenant est de voir si ce schéma est reproductible et s'il peut profiter à la biodiversité à l'extérieur du site, en mer par exemple. Si les pêcheurs se rendent compte en effet que les stocks de poissons augmentent, il y aura peut-être une meilleure adhésion de la population à ce projet. Or pour le moment les chasseurs, anciens salariés des Salins, qui profitent d'un privilège de chasse sur ces étangs, font plutôt grise mine. Ce changement de paradigme, la nature en priorité, n'est pas toujours facile à accepter.

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