Le gouvernement doit arbitrer la semaine prochaine entre trois scénarios de réduction de la part du nucléaire dans l'énergie et du développement des énergies renouvelables. Des scénarios plus ou moins ambitieux et plus ou moins complaisants pour EDF.

Sur ces trois scénarios, seuls deux prévoient moins de 50 % de nucléaire dans l'énergie en France avant 2040
Sur ces trois scénarios, seuls deux prévoient moins de 50 % de nucléaire dans l'énergie en France avant 2040 © AFP / GUILLAUME SOUVANT

C'est confirmé par un document préparatoire du gouvernement que nos confrères de l'AFP ont pu consulter : il n'y aura pas, en France, d'autres réacteurs mis à l'arrêt que ceux de Fesseinheim d'ici la fin du quinquennat. En revanche, l'exécutif doit arbitrer la semaine prochaine, en vue de la future programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), entre trois scénarios et acter, peut-être, la fermeture de réacteurs supplémentaires avant 2028.

L'objectif d'atteindre 40 % d'énergie renouvelable est atteint dans les trois scénarios, en 2030, 2032 ou 2034. En revanche, ramener le nucléaire sous la barre des 50 % n'est prévu que dans deux des trois options.

50 % de nucléaire et 40 % de renouvelable dès 2030

Le premier scénario, le plus ambitieux, est signé "MTES", des initiales du ministère de la Transition écologique et solidaire, occupé par Nicolas Hulot et, depuis septembre, par François de Rugy. Il atteint les 50 % d'électricité nucléaire en 2035, avec 40 % d'électricité renouvelable dès 2030 (contre 71,6% et 17,6% respectivement en 2017). 

Aucun autre réacteur que les deux de Fessenheim ne serait fermé d'ici la fin du quinquennat. Mais, comme le demandent les anti-nucléaires, des fermetures de réacteurs sont bien prévues dans le cadre de la PPE, qui s'arrête en 2028 : deux en 2023, deux en 2025, et deux en 2027, soit six au total.

Le scénario, qui laisse entendre que des indemnisations devront être versées à EDF, prévoit ensuite six fermetures supplémentaires entre 2028 et 2035, soit un total de 14 réacteurs sur les 58 réacteurs en fonctionnement d'EDF, Fessenheim inclus.

Dans cette option, la possibilité de construire des nouveaux réacteurs reste ouverte, mais aucune mise en service n'est actée avant 2035 en dehors de l'EPR de Flamanville.

L'effort de construction d'électricité renouvelable est le plus rapide des trois scénarios : 5 gigawatts par an jusqu'en 2028, puis 5,5 gigawatts par an d'ici 2035, soit près de deux fois plus que le rythme d'installation en 2017 (2,8 GW). Il devrait s'agir principalement d'éolien et de solaire. L'objectif de 40 % d'électricité renouvelable est atteint dès 2030.

Un deuxième scénario "intermédiaire" qui reste favorable à EDF

La deuxième piste, moins ambitieuse, prévoit des fermetures plus tardives de réacteurs. En dehors de Fessenheim, aucune fermeture de réacteur dans le quinquennat et aucune d'ici la fin de la PPE en 2028 : la principale demande du PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, est respectée. Comme le scénario 1, ce scénario, qualifié d'"intermédiaire" dans le document gouvernemental, prévoit douze fermetures d'ici 2035, mais elles sont toutes concentrées sur la période 2028-2035, "sans indemnisation" versée à EDF.

La possibilité de construire des nouveaux réacteurs reste là aussi ouverte, sans mise en service actée avant 2035 en dehors de Flamanville.

Quant au rythme des nouvelles énergies renouvelables, il reste soutenu, mais le gros de l'effort est renvoyé en fin de période : 4,7 gigawatts par an d'ici 2028, puis 6,5 GW par an entre 2028 et 2035. Du coup l'objectif de 40 % d'électricité renouvelable est atteint un peu plus tard, en 2032.

Le scénario de Bercy : de nouveaux EPR et 50 % de nucléaire en 2040

Poussé par Bercy, selon le document, c'est le scénario où le nucléaire est le plus défendu : aucune fermeture supplémentaire d'ici 2028, et seulement neuf fermetures entre 2028 et 2035. Conséquence : l'objectif de 50 % de nucléaire de 2025, repris dans son programme par Emmanuel Macron puis repoussé à 2030-2035 peu après son élection, attendrait 2040.

Le scénario retient noir sur blanc la construction de quatre nouveaux réacteurs en plus de l'EPR de Flamanville : deux vers 2034-2035 puis deux autres vers 2040-2041.

Le rythme de construction d'électricité renouvelable est plus lent : 3,9 gigawatts par an jusqu'en 2028, puis 4,9 GW/an jusqu'en 2035. L'objectif de 40 % d'électricité renouvelable est atteint en 2034.

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