Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat publie son sixième rapport sur le climat et il constate que, quels que soient nos efforts de réduction des gaz à effet de serre, certains changements du climat sont déjà "irréversibles" sur des décennies, voire des millénaires.

Dans son nouveau rapport publié ce lundi, le Giec constate des changements "sans précédents" et 'irréversibles" du climat.
Dans son nouveau rapport publié ce lundi, le Giec constate des changements "sans précédents" et 'irréversibles" du climat. © AFP / Sandrine Marty / Hans Lucas

Le nouveau rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) - les dernières prévisions datent de 2014 - était très attendu, au moment où se multiplient les catastrophes, illustrations concrètes du changement climatique : incendies spectaculaires en Grèce et en Turquie, feux de forêt en Sibérie et en Californie, famine à Madagascar, inondations exceptionnelles en Chine et en Allemagne.

Des changements climatiques "sans précédent" et "irréversibles" sur des milliers d'années

Selon ce rapport, publié ce lundi, les scientifiques observent des changements dans le climat de la Terre dans chaque région et dans l'ensemble du système climatique. Bon nombre des changements observés dans le climat sont sans précédent depuis des milliers, voire des centaines de milliers d'années.

Au cours des deux premières décennies du XXIe siècle (2001-2020), la température à la surface du globe a augmenté de 0,99°C par rapport à la période 1850-1900. Et elle est même supérieure de 1,09°C si l'on ne garde que la décennie qui vient de s'écouler (2011-2020).

Certains des changements déjà enclenchés sont irréversibles sur des centaines, voire des milliers d'années, et risquent de s'accentuer avec le réchauffement, indique le groupe de travail I du GIEC, intitulé "Changement climatique 2021 : les bases scientifiques", approuvé vendredi par 195 gouvernements membres du groupe d'experts. 

Ainsi, par exemple, le niveau moyen mondial des mers a augmenté de 0,20 mètres entre 1901 et 2018, soit plus rapidement qu'au cours des trois siècles précédents. Et d'ici à 2100, l'élévation probable du niveau moyen mondial de la mer par rapport à la période 1995-2014, pourrait attendre 0,28 à 0,55 mètres en cas de très faibles émissions de gaz à effet de serre (GES), voire 0,63 à 1,01 mètres en cas d'émissions très élevées.

Autre exemple : la quasi-totalité des glaciers du monde recule de manière synchrone depuis les années 1950, un phénomène sans précédent depuis au moins 2 000 ans. Et "les glaciers de montagne et polaires sont engagés à continuer de fondre pendant des décennies ou des siècles", annonce le rapport.

Toutes les régions du monde seront affectées

Le rapport prévoit qu'au cours des prochaines décennies, les changements climatiques s'accentueront dans toutes les régions. Chaque 0,5°C supplémentaire de réchauffement entraîne une augmentation de l'intensité et de la fréquence des extrêmes dans toutes les régions.

À l'échelle mondiale, les précipitations quotidiennes extrêmes, et les inondations qui en découlent, devraient s'intensifier d'environ 7 % pour chaque 1°C de réchauffement planétaire. Dans les hautes latitudes, les précipitations devraient augmenter, tandis qu'elles devraient diminuer dans des régions subtropicales.

Les zones côtières connaîtront une élévation continue du niveau de la mer tout au long du 21e siècle, contribuant à des inondations côtières plus fréquentes et plus graves dans les zones de faible altitude et à l'érosion côtière. Des événements extrêmes liés au niveau de la mer qui se produisaient auparavant une fois tous les 100 ans pourraient se produire chaque année d'ici la fin de ce siècle.

Phénomènes "extrêmes" et "points de basculement"

Pour 1,5 °C, il y aura davantage de vagues de chaleur, des saisons chaudes plus longues et des saisons froides plus courtes. À 2°C, les extrêmes de chaleur atteindront plus souvent des seuils de tolérance critiques pour l'agriculture et la santé, les cyclones tropicaux et les tempêtes devraient s'intensifier, et les phénomènes extrêmes simultanés devraient devenir plus fréquents, selon le rapport.

Par ailleurs, le groupe d'experts n'exclut pas la possibilité de "réactions brutales" et de "points de basculement" du système climatique, tels qu'une forte augmentation de la fonte de la calotte glaciaire de l'Antarctique et le dépérissement des forêts, entrainant "des changements brusques dans les régimes météorologiques régionaux et le cycle de l'eau, tels qu'un déplacement vers le sud de la ceinture de pluie tropicale, un affaiblissement des moussons africaines et asiatiques (...) et l'assèchement de l'Europe", décrit le rapport.

Des chances réduites de limiter le réchauffement à 1,5°C, voire 2°C

Le rapport montre que les émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines sont responsables d'environ 1,1°C de réchauffement depuis la période préindustrielle, et constate qu'en moyenne sur les 20 prochaines années, la température mondiale devrait atteindre ou dépasser 1,5°C de réchauffement. Selon les experts, qui ont révisé leurs estimations depuis leur dernier rapport, il serait même impossible de ne pas franchir ce seuil, voire celui de 2°C, "en l'absence de réductions immédiates, rapides et à grande échelle des émissions de gaz à effet de serre".

Le Giec a travaillé sur cinq scénarios différents, du plus optimiste au plus sombre. Dans les cinq cas, la hausse de la température mondiale atteindrait 1,5 ou 1,6°C autour de 2030, une décennie plus tôt qu'estimé par le Giec il y a seulement trois ans. D'ici à 2050, le seuil de 1,5°C serait dépassé d'un dixième de degré dans le scénario le plus optimiste de réduction des gaz à effet de serre, mais de presque un degré dans le scénario du pire.

"Ce rapport est un retour à la réalité", a déclaré Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe de travail I du GIEC. D'autant que, grâce aux avancées de la science, "nous disposons désormais d'une image beaucoup plus claire du climat passé, présent et futur, ce qui est essentiel pour comprendre où nous allons, ce qui peut être fait et comment nous préparer", explique-t-elle.

Une note d'espoir

Toutefois, des réductions fortes et durables des émissions de dioxyde de carbone (CO2) et d'autres gaz à effet de serre limiteraient le changement climatique. Si les avantages pour la qualité de l'air seraient rapides, la stabilisation des températures mondiales pourrait prendre de 20 à 30 ans.

Le Giec place notamment son espoir dans "l'élimination anthropique du CO2", un processus dans lequel le CO2 est censé être retiré de l'atmosphère et séquestré pendant de longues périodes. On parle aussi de "compensation carbone". Néanmoins, même en cas d'émissions nettes négatives de CO2, certains changements climatiques se poursuivraient dans leur direction actuelle pendant des décennies, voire des millénaires.

"Pour stabiliser le climat, il faudra réduire fortement, rapidement et durablement les émissions de gaz à effet de serre et atteindre des émissions nettes de CO2 nulles. La limitation des autres gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques, en particulier le méthane, pourrait avoir des effets bénéfiques tant sur la santé que sur le climat", a déclaré M. Zhai.