A l'occasion de la COP24 où les pays doivent se mettre d'accord sur les actions à mener pour limiter le réchauffement climatiques et éviter les scénarios catastrophes des experts, nous avons demandé à 3 philosophes ce que nous pouvons dire à nos enfants ?

Au Brésil des enfants lors d'une opération de plantation
Au Brésil des enfants lors d'une opération de plantation © AFP / Christophe Simon

Les informations vous laissent pantois quant à l'avenir. L'effet de serre vous angoisse ? Ce réchauffement climatique qui promet sont lot de catastrophes naturelles, qui fait peser de lourdes incertitudes sur le développement économique, qui nous enjoint à des changements complets de mentalité, tout cela ne met pas les adultes en position de force, pour dire de certitude, vis-à-vis des enfants.  Où est le vrai du faux dans l'alarmisme ambiant, une grande catastrophe aura-t-elle lieu ? Les enfants ne sont pas avares de questions, d'ailleurs ils n'échappent pas aux messages qui circulent, qu'ils soient climato-sceptiques, complotistes ou scientifiques. Les adultes ont à faire le tri et rassurer leurs enfants. 

Dès les années 80, certains  philosophes, comme Arne Naess, ont commencé à parler de désespoir et de deuil collectif, et élaboré des thérapies collectives sous formes d'ateliers. Il s'agissait déjà de s'occuper du désarroi des adultes avant de prendre en compte celui des enfants. Comment les guider, alors que les systèmes que nous avons éprouvés s'effondrent.  Trois philosophes nous aident à formaliser ces questions. 

Joanna Macy : "Les enfants jouent avec le fantasme [des parents] que notre mode de vie actuel pourrait se poursuivre indéfiniment"

Joanna Macy
Joanna Macy / JM

Quand on pose la question "que va-t-on dire à nos enfants ?", il faut voir que la question concerne les enfants du monde occidental, relativement à l'abri, précise d'ailleurs Emilie Hache. Que dire aux enfants migrants, aux indigènes amérindiens ?

La philosophe Emilie Hache élargit la question à tous les enfants du monde, car ils ne sont pas tous dans le même genre de situation. Dans son anthologie de textes écoféministes Reclaim, elle reprend un texte de Joanna Rogers Macy sur le désespoir environnemental. Joana Macy est une militante écologiste, autrice et spécialiste du bouddhisme et de l'écologie profonde.  Elle a notamment exploré ces peurs (de parents)  "qui nous tiennent captif.ve.s". Elle prend en compte la part d'autocensure que les parents s'imposent, comme un fardeau. "Face  aux scénarios que les scientifiques environnementaux nous présentent, il n'est pas surprenant que, lorsque nous imaginons l'avenir de nos enfants, les images qui s'imposent à nous sont celles de terres dévastées, de dénuement et de maladies"

Il y a le même type d'autocensure chez les enfants. "Conscients de ce que leurs parents trouvent trop douloureux à affronter, ils apprennent à taire leur propre crainte. Ils jouent avec le fantasme que notre mode de vie actuel pourrait se poursuivre indéfiniment". 

Ce n'est pas parce qu'on parle de nos peurs qu'elles vont se réaliser. Or nous ne sommes pas prêts à le faire, nos enfants le sont plus que nous. Les adultes sont terrorisés à l'idée de vivre dans un monde sans progrès, et moins accueillant que celui de leur propre enfance. 

Le travail de Joanna Macy a suscité la création d'ateliers de transformations personnelle et sociale en Europe et aux Etats-Unis.

Viriginie Maris : "Mes enfants sont témoins d'un monde en train de se construire"

Virgine Maris est chargée de recherche CNRS, Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive. Elle vient de publier aux éditions du Seuil La Part sauvage du monde. 

Virginie Maris
Virginie Maris / Lionel Roux / CNRS

J'ai intégré très récemment l'idée que mes enfants vivraient dans un monde différent du mien. Les outils dont ils auront besoin nous sont étrangers. La vie est tellement anxiogène que j'essaie de tenir l'idée de la catastrophe à l'écart. Pour mes filles de 7 et 10 ans il est évident que la voiture individuelle va bientôt disparaître, elles participent avec moi aux marches pour le climat, ou tout simplement aux activités de jardinage. Elles sont témoins d'un monde qui change, d'initiatives alternatives, et d'expériences de nouvelles organisations collectives. 

Catherine Larrère : " Transmettre une leçon de liberté et de résistance "

Catherine Larrère
Catherine Larrère / CL

Catherine Larrère est philosophe, spécialiste de la pensée de Montesquieu et de l'éthique de l'environnement. Présidente de la Fondation de l'Écologie Politique.

On ne peut plus promettre à nos enfants et aux générations qui nous suivent, comme les générations qui nous précédaient l’ont fait pour nous, qu’ils vivront mieux dans un monde meilleur que le notre. 

Il faut donc les préparer à vivre différemment dans un monde autre, profondément modifié, et souvent détérioré, par rapport au monde actuel. Un monde surtout marqué par l’incertitude et la difficulté de prévoir. Y compris la catastrophe. 

C’est en ce sens que l’on ne peut pas être catastrophiste : car la catastrophe étant, par définition, imprévisible, on ne peut pas en tenir compte : la seule attitude rationnelle est de continuer à faire comme on faisait avant. « Business as usual ».  Or c’est bien cela qu’il faut éviter.

Le catastrophisme est une forme de résignation devant l’impuissance.  Il faut s’en garder, il faut apprendre à résister à l’impuissance. D’abord, en changeant de niveau. Le catastrophisme est lié à la caractérisation globale du système. Au niveau local, là où les gens vivent, pensent et agissent, il y a possibilité de faire face aux difficultés, d’améliorer la situation. C’est ce qui a déjà été fait : les lacs (Annecy), des fleuves (la Tamise) ont été dépollués. Partout, dans le monde, les populations locales, en s’opposant à la déforestation, aux pollutions, aux implantations inutiles, défendent leurs milieux de vie, inventent des solutions nouvelles, qui ne sont pas seulement techniques mais concernent les façons de vivre. 

C’est cette leçon de liberté et de résistance que nous devons transmettre à nos enfants. 

Ils vivront dans un avenir différent, peut-être plus difficile, mais pas bouché.

> LIRE AUSSI

Nous avons demandé à des philosophes pourquoi nous réagissons peu devant le danger

> ECOUTEZ LE PODCAST DE RADIO FRANCE "AGIR POUR MA PLANÈTE" :

A l'occasion de la COP24, retrouvez toutes les émissions et les chroniques sur le changement climatique, par les antennes de Radio France. Quel est l'impact du réchauffement climatique sur l'environnement ? Quels dangers, quelles solutions ? A retrouver sur iTunes, sur Deezer ou en fil RSS.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.