D'après une nouvelle étude internationale, les deux-tiers des glaciers de l'Himalaya pourraient fondre d'ici la fin du siècle à cause du réchauffement climatique. Même si l'on agit rapidement, environ 30 % sont condamnés.

Fonte des glaciers dans la région de Khumbu au Népal
Fonte des glaciers dans la région de Khumbu au Népal © Alex Treadway - ICIMOD

Les chercheurs la considèrent comme le troisième pôle après l'Arctique et l'Antarctique, tant ses réserves de glaces sont immenses. La région montagneuse de l'Hindou Kouch Himalaya s'étend sur 3 500 kilomètres, de l'Afghanistan à la Birmanie. Et ses sommets blancs vont virer au marron à mesure que le réchauffement climatique met la roche à nue. 

jusqu'à 60 % de ces glaciers vont disparaître d'ici la fin du siècle. 30% d'après le scénario le plus optimiste, c'est à dire si l'on arrive à contenir le réchauffement climatique à 1,5 degré.    D'après un rapport publié ce lundi 4 février par  l'ICIMOD, un centre de recherche basé au Katmandou (The International Centre for Integrated Mountain Development) qui compile une série de publications scientifiques, dont une étude néerlandaise sur les glaciers d'Asie parue en en 2017.

"C'est la crise climatique dont vous n'avez pas entendu parler" déclare Philippus Wester, de l'ICIMOD

En montagne, la fonte n'est pas uniforme. "Elle est moins prononcée dans le nord du Pakistan, l'est du Pamir et les montagnes du Kunlun que dans le sud-est, le Boutan et au Népal" explique le glaciologue français Patrick Wagnon, chercheur à l'IGE, l'institut des géosciences de l'environnement à Grenoble (Cnrs-IRD). Il n'a pas participé au rapport de l'ICIMOD mais l'Himalaya est son terrain d'étude. 

Les glaciers situés entre 3 500 et 6 000 mètres d'altitude sont les plus sensibles au réchauffement climatique.  Les sommets mythiques, à plus de 8 000 mètres, l'Everest ou encore le K2 sont plus à l'abri. "La situation est préoccupante" estime Patrick Wagnon, mais le glaciologue tempère : "la fonte dans l'Himalaya se fait à un rythme moins important que dans d'autres chaines de montagne comme les Alpes, en Amérique du Sud ou encore en Alaska". Par contre le chercheur reconnait que l'impact sera beaucoup plus important que dans les montagnes européennes car les réserves de glace de l'Hindou Kouch Himalaya sont incomparables. La région abrite 50 fois plus de glaciers  que dans les Alpes. 

Plus d'un milliard et demi d'habitants concernés en aval

D'après le rapport de l'ICIMOD,  fruit de 5 ans de travail de 350 chercheurs,  la disparition des glaciers de l'Himalaya aura des conséquences pour les 250 millions d'habitants de ces montagnes et les 1,65 milliards d'habitants qui vivent dans les bassins fluviaux en aval. Car les glaciers sont vitaux pour l'eau potable, l'irrigation ou l'hydroélectricité des vallées. Leur fonte va modifier le régime hydraulique des grands fleuves comme le Gange, le Mékong ou encore le fleuve Jaune.  Il y aura un impact sur le débit et le calendrier des crues. 

Autre danger pour les populations, le risque de laves torrentielles, ce sont des coulées d'eau et de pierres : "Quand la surface des glaciers diminue, très souvent des lacs se forment. Ces lacs glaciaires peuvent céder et créer des vidanges brutales" explique Patrick Wagnon. 

Des inondations qui menacent des populations déjà démunies et surtout mal préparées face au risque de catastrophe naturelle. Les auteurs du rapport estiment qu'il faudrait injecter dans la région entre 3,2 et 4,6 milliards de dollars par an d'ici 2030 pour qu'elles s'adaptent au changement climatique. 

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