Ce sujet préoccupe les défenseurs de la nature et les gestionnaires de parcs naturels : l’arrivée d’espèces invasives, exotiques, qui envahissent certains milieux. En Camargue, la biodiversité remarquable de cette zone humide, entre eau douce et eau salée, doit être préservée. Cela suppose une surveillance quotidienne.

Claire Tétrel, conservatrice des Grandes cabanes du Vaccares a une bête noire : ces baccharis, des arbustes envahissants juste derrière elle
Claire Tétrel, conservatrice des Grandes cabanes du Vaccares a une bête noire : ces baccharis, des arbustes envahissants juste derrière elle © Radio France / Celia Quilleret

C’est un enjeu du Congrès mondial de la nature de Marseille : protéger certains écosystèmes contre l’arrivée de nouvelles espèces envahissantes. C’est l'une des principales causes de perte de biodiversité dans le monde, après la destruction des habitats ou l'usage des pesticides. Cette menace est liée à la présence de certains animaux, comme les écrevisses de Louisiane ou les tortues de Floride qui se multiplient dans nos rivières, mais il y a également des végétaux qui se développent là où ils ne devraient pas et abiment certains milieux.

C’est le cas en Camargue, entre Arles et les Saintes-Maries-de-la-Mer. Des marais, des joncs, des salicornes, des saladelles couleur mauve, et même des brebis qui se promènent, ce site, les Grandes Cabanes du Vaccarès, est géré par l’Office français de la biodiversité depuis une petite dizaine d’années. Les visites ne sont pas possibles car le site est sous forte protection. Quand elle est arrivée, en 2013, Claire Tétrel, la conservatrice du site, l’a constaté : les roselières, typiques des marais de Camargue, étaient envahies par des arbustes très résistants qui donnent des fleurs blanches à l’automne. 

Des saladelles de couleur mauve typiques de la Camargue
Des saladelles de couleur mauve typiques de la Camargue © Radio France / Celia Quilleret

150.000 euros pour venir à bout des espèces exotiques

Au départ, ces baccharis avaient été choisis par des urbanistes pour décorer les ronds-points mais leurs graines ont envahi d’autres espaces. Ils prennent la place des roselières pourtant indispensables en Camargue car elles servent de refuge aux oiseaux migrateurs qui passent chaque année par ces étangs. L’office a dû engager de gros moyens pour arracher ces arbustes ou noyer leurs pieds. Les deux-tiers ont été enlevés. "Il faut absolument qu’on intervienne, sinon, les roseaux vont disparaître en Camargue et le milieu sera bouleversé", se désole Eric Hansen, directeur régional de l’office français de la biodiversité.

Autre espèce, visible et problématique, les jussies qui envahissent les étangs. Avec leurs jolies fleurs jaunes, on ne se doute pas forcément qu’elles sont un poison, mais en réalité, elles recouvrent trop ces espaces et elles privent les espèces aquatiques de lumière et donc d’oxygène. "Il n’y a plus de soleil qui arrive, plus de poissons et plus de vie en dessous", constate Claire Tétrel. Il faut donc les enlever le plus possible. L’office français de la biodiversité a d’ailleurs reçu 150.000 euros du plan de relance pour venir à bout de ces espèces invasives.

Ces jussies tapissent les marais, elles peuvent priver les espèces aquatiques de soleil et d'oxygène
Ces jussies tapissent les marais, elles peuvent priver les espèces aquatiques de soleil et d'oxygène © Radio France / Celia Quilleret

Montée de la mer dans le delta du Rhône

Dans ces Grandes cabanes, l’action de l’homme est devenue indispensable. Il faut régulièrement remettre en eau les étangs, sinon ils s’assèchent. Pour Claire Tétrel, les effets du réchauffement sont bien visibles. Le niveau de la mer monte et l’eau salée avance lentement mais sûrement dans le delta du Rhône. "Il y a des poissons marins qui suivent les courants salés dans le Rhône", ajoute Claire Tétrel. "Ces changements sont visibles rapidement et il y a davantage de tempêtes."

Or ce site remarquable abrite plus de 300 espèces spécifiques à la Camargue. Elles doivent être protégées. Ce site s’adapte constamment aux pressions diverses, c’est un laboratoire à ciel ouvert destiné à mieux protéger les oiseaux migrateurs. Certains sont bagués pour mieux observer leurs routes de migrations. "On a remarqué que les tourterelles des bois traversent la Méditerranée tout près pour mettre le cap sur l’Afrique et traverser le Sahara d’une seule traite", insiste Eric Hansen. "C’est utile de le savoir car il ne faudrait pas que des éoliennes en mer soient implantées sur ces zones de migration, à Port-Saint-Louis du Rhône notamment." Des projets sont en effet en cours d’étude. Décidément, la Camargue doit constamment se défendre contre différentes menaces. 

Il faut régulièrement remettre en eau les étangs sinon ils s'assechent. Des centaines d'espèces dépendent de ces zones humides
Il faut régulièrement remettre en eau les étangs sinon ils s'assechent. Des centaines d'espèces dépendent de ces zones humides © Radio France / Celia Quilleret