Mardi, Emmanuel Macron s'est engagé, selon des éleveurs, à "stopper toute introduction" d'ours prévue dans les Pyrénées. La présence du plantigrade dans le massif déchaîne depuis de nombreuses années les passions, des pro comme des anti.

Les propos des éleveurs, pour qui Emmanuel Macron s'est engagé à stopper toute introduction d'ours, ont ravivé les débats des pour et des contre sur leur présence de l'animal dans les Pyrénées.
Les propos des éleveurs, pour qui Emmanuel Macron s'est engagé à stopper toute introduction d'ours, ont ravivé les débats des pour et des contre sur leur présence de l'animal dans les Pyrénées. © AFP / Yann Guichaoua

Pour les éleveurs, il est un cauchemar brun à quatre pattes. Pour les défenseurs de la cause animale, un symbole à préserver à tout prix. Mardi soir, le président de la République s’est exprimé à Pau devant les présidents des chambres d’agriculture d’Ariège, des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques et Emmanuel Macron s’est engagé, selon les éleveurs présents, à "stopper toute introduction" d’ours prévue dans les Pyrénées dans le plan 2018-2028 ; un plan initié sous la houlette de Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition écologique et solidaire. 

Une rencontre d'une heure au cours de laquelle le chef de l’État a été "à l'écoute", se félicite Philippe Lacube, militant anti-ours et président de la chambre d'agriculture d'Ariège, au micro de nos confrères de France Bleu Occitanie. "Le président s'est engagé", souligne son homologue des Pyrénées-Atlantiques, Bernard Layre : "Il souhaite aussi que nous suivions de près tous les ours à problèmes, notamment sur la partie centrale des Pyrénées, particulièrement en Ariège (...) et éventuellement sortir ces ours recensés violents, après suivi et balisage", dit-il à France Bleu.

La réintroduction des ours, une histoire ancienne

C'est la baisse drastique du nombre d'ours qui a poussé les autorités à agir. Avec un effectif estimé de 150 ours au début du XXe siècle, la population a connu une diminution constante, jusqu’à ne plus représenter qu’un noyau de cinq individus localisés dans le Béarn, en 1995. 

Un programme de réintroduction d’ours dans les Pyrénées a donc été lancé en 1996 pour pallier le déclin de l’espèce. En 1996 et 1997, trois ours slovènes sont ainsi relâchés dans les Pyrénées centrales, très précisément sur la commune haut-garonnaise de Melles : un mâle, Pyros, et deux femelles, Ziva et Mellba. Ces deux dernières donnent naissance à cinq oursons. 

Dix ans plus tard, nouveau lâcher d’ours dans le massif pyrénéen : un mâle, baptisé Balou, et quatre femelles slovènes. Paloma et Franska meurent rapidement. Sarousse, elle, ne se reproduit pas. Ce n’est pas le cas de Hvala, qui elle donne naissance à neuf oursons en sept ans. À chaque fois, ces lâchers d'ours sont médiatisés. Mais les reportages de l'époque montrent des opérations réalisées devant peu de témoins, pour ne pas alimenter la colère d'éleveurs déjà remontés : 

2004, année charnière avec la mort de l'ourse Cannelle

Sa mort avait provoqué un vif émoi. Le 1er novembre 2004, l’ourse Cannelle, dernière représentante d’une population d’ours des Pyrénnées – l’ursus arctos – était abattue par un chasseur, laissant derrière elle un ourson, Cannellito. Le président Jacques Chirac fait part en conseil des ministres de sa tristesse, estimant qu’il s’agissait d’une "grande perte pour la biodiversité".

Dans la foulée, la mort de l'ourse provoque de vifs débats : les chasseurs considèrent l'auteur du tir en situation de légitime défense, alors que les associations de défense de l'ours plaident une simple "charge d'intimidation" du plantigrade. En septembre 2009, René Marquèse, le chasseur, est condamné en appel à verser un total de 11.000 euros à sept parties civiles. En 2013, il est aussi condamné à verser 53.000 euros au World Wildlife Fund (WWF), au titre d'un préjudice moral.

Aujourd'hui, le ras-le-bol des éleveurs

En 2018, c'est l'arrivée de deux femelles ourses slovènes dans le Béarn qui provoquait la colère des éleveurs : Claverina, femelle de 6 ans, et Sorita, "petite soeur" en béarnais, âgée de 7 ans.

L'an dernier, l'exaspération des éleveurs a trouvé écho dans la rue. En août, ils étaient des centaines à manifester à Ainsa en Espagne contre les réintroductions des plantigrades dans les Pyrénées, à l'appel d'une quarantaine d'organisations agricoles françaises et espagnoles. "Nous nous plaignons de la réintroduction de l'ours", une décision prise "sans prendre en compte la vie des villages et des éleveurs" de la région, martelait alors Felix Bariain, président du syndicat agricole UAG de Navarre (dans le nord de l'Espagne). 

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté l'an dernier à Ainsa en Espagne contre la réintroduction de l'ours.
Plusieurs centaines de personnes ont manifesté l'an dernier à Ainsa en Espagne contre la réintroduction de l'ours. © AFP / Laurent Ferriere

Les éleveurs se sont l'an dernier plaint régulièrement d'attaques contre leurs troupeaux, notamment côté français, en Ariège. Deux ours ont concentré les critiques les plus virulentes : Goiat, un mâle, qui s'en est pris à des chevaux dans les Pyrénées espagnoles, et Claverina, une femelle lâchée en octobre 2018 dans les Pyrénées-Atlantiques en France, accusée d'avoir tué des brebis de chaque côté de la frontière. 

Plusieurs ONG françaises et espagnoles prennent alors la défense de l'ours, affirmant que la cohabitation est "possible" : "L'ours brun ne peut servir d'otage face aux difficultés de l'élevage de montagne pour s'adapter au nouveau contexte de l'exode rural, du manque de main d'oeuvre, des maladies et des règlements sanitaires, de la concurrence féroce des importations de viande à bas prix dans le contexte de la mondialisation", soulignent les organisations dans un communiqué.

Et à l'avenir ? "Il y aura de nouveaux lâchers d'ours"

En ce début d'année, les propos qu'Emmanuel Macron aurait tenus, relayés par les éleveurs, viennent donc raviver ces querelles entre ONG et éleveurs. Et laissent circonspectes certaines associations, comme l'association Pays de l'Ours, pour qui "stopper toute introduction" de l'ours n'est pas crédible : "C'est une obligation légale de la France de restaurer une population viable", affirme Alain Reynès, son directeur, sur franceinfo.  "Il faut donc être très clair : il y aura de nouveaux lâchers d'ours dans les Pyrénées, parce que c'est une obligation européenne".

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