Les États-Unis sont parmi les pays les plus pollueurs de la planète... et ce n'est pas leur président actuel, Donald Trump, qui va faire progresser leur conscience écologique. Pourtant, ce sont eux aussi qui, les premiers, ont créé des Parcs naturels nationaux. Et ils ont eu, aussi, Theodore Roosevelt.

Le président américain Theodore Roosevelt invité par John Muir dans le Parc du Yosemite en 1903
Le président américain Theodore Roosevelt invité par John Muir dans le Parc du Yosemite en 1903 © Getty / Bob Thomas/Popperfoto

Valérie Chansigaud est historienne de l'environnement ; elle était invitée récemment au micro de Jean Lebrun dans La Marche de l'Histoire. Une série d'entretiens tout à fait passionnants, dans lesquels ont été évoqués à plusieurs reprises les États-Unis… et notamment l'un de leurs présidents les plus mythiques : Theodore Roosevelt. 

Theodore Roosevelt : le président américain le plus écolo

L'historienne souligne au micro de Jean Lebrun : 

Theodore Roosevelt est le premier président et peut-être le seul à avoir eu une conscience écologiste.

Constat corroboré par une étude réalisée par Corporate Knights, qui a demandé à 12 organisations écologistes (dont WWF et Greenpeace), de classer les présidents des États-Unis en fonction de leurs actions pour l'écologie. Theodore Roosevelt est classé, de loin, "le plus écolo". 

Mais il n'est pas le seul à avoir agi pour l'environnement (même si seuls huit des 44 présidents américains sont retenus dans ce classement pour leur action écologique !) : Richard Nixon est en deuxième position, suivi de Jimmy Carter - ce dernier avait notamment, en avril 1977, tenu un discours télévisé courageux dans lequel il exhortait les Américains à limiter leur consommation d'essence et d'électricité : "Nous ne devons pas être égoïstes ni timides si nous espérons avoir un monde décent pour nos enfants et nos petits-enfants. [...] Nous devons simplement équilibrer notre demande d’énergie avec nos ressources qui diminuent rapidement."

Cette étude ayant eu lieu en 2012, Donald Trump n'y est pas cité... mais elle reste malheureusement d'actualité : faut-il le rappeler, l'actuel président des USA ne s'est guère illustré depuis le début de son mandat par ses actions en faveur de l'environnement. Fermement climatosceptique, il a relancé les centrales au charbon, autorisé des forages en zones sanctuarisées, allégé les normes antipollution des voitures... (► lire un panorama plus complet sur franceinfo.fr)

Theodore Roosevelt, pionnier du développement durable

Valérie Chansigaud raconte : "Théodore Roosevelt va avoir un souci très important de la conservation des ressources naturelles" - et pas simplement les "ressources" comme la capacité des sols à produire des cultures mais aussi des forêts, et également le pétrole et le charbon. Dès 1908, dans un discours donné lors de la Conférence des gouverneurs, il s'inquiète du gaspillage de ces ressources pour les générations futures : 

... le moment est venu d’examiner sérieusement ce qui se passera lorsque nos forêts disparaîtront, lorsque le charbon, le fer, le pétrole et le gaz seront épuisés, lorsque les sols s’appauvriront encore davantage et se déverseront dans les cours d’eau, polluant les rivières, dénudant les champs et perturbant la navigation. 

À cette époque, il y a l'idée qu'on doit protéger la nature, pas seulement pour elle-même, mais aussi pour les bienfaits qu'on peut en tirer. L'historienne explique : "La protection de la nature ne vise pas à la sacraliser mais à éviter un comportement désastreux de l’égoïsme humain. Il s'agit plus d'améliorer le fonctionnement de la société que de magnifier simplement la nature". 

Theodore Roosevelt, né en 1858, a gouverné les États-Unis d'Amérique de 1901 à 1909. Durant cette courte période, afin de préserver le territoire, il avait créé 150 forêts nationales, cinq parcs nationaux et 51 réserves ornithologiques. Le président estimait que la nature devait être protégée :

C’est aussi du vandalisme que de détruire ou de permettre la destruction de ce qui est beau dans la nature, qu’il s’agisse d’une falaise, d’une forêt, d’un mammifère ou d’un oiseau. Ici aux États-Unis, nous transformons nos rivières et nos ruisseaux en égouts et en décharges, nous polluons l'air, nous détruisons les forêts et exterminons les poissons, les oiseaux et les mammifères - sans parler de la vulgarisation de paysages charmants avec des annonces hideuses. Mais finalement, il semble que notre peuple se réveille.

Derrière le naturaliste, le chasseur… (et l'homme à l'origine du nounours !)

Roosevelt s'intéressait à l'environnement, mais comme souvent chez les gens qui portaient un intérêt pour la nature à cette époque-là, il était aussi un grand chasseur… Roosevelt ne diffère pas de ses contemporains et pour l'anecdote, après la fin de son deuxième mandat, le président est revenu d'un safari en Afrique avec plus de 3000 trophées d'animaux abattus... 

Theodore Roosevelt photographié devant l'une de ses victimes africaines (1909)
Theodore Roosevelt photographié devant l'une de ses victimes africaines (1909) © Getty / Bettmann

On doit d'ailleurs à l'un de ses hauts-faits de chasseur l'invention du "teddy-bear", le nounours. 

« Teddy » était le surnom de Theodore Roosevelt. Un jour de 1902, alors qu'il chassait l'ours dans le Mississippi, les organisateurs trouvèrent et capturèrent un vieil ours blessé afin de satisfaire le président qui rentrait bredouille. Roosevelt, jugeant l’acte antisportif, refusa de tuer l’animal. Cette histoire fut immortalisée et l'expression « Teddy’s Bear » popularisée... Deux émigrants russes, Rose et Morris Mictchoum créèrent puis commercialisèrent dès 1903 un ours en peluche baptisé « Teddy ».

Teddy-bear
Teddy-bear © Getty / Hulton Archive

Aller plus loin

🎧 Ecoutez Valérie Chansigaud au micro de Jean Lebrun 

📖 Retrouvez quelques ouvrages de Valérie Chansigaud :

  • Les combats pour la nature - De la protection de la nature au progrès social (Buchet-Chastel)
  • Les Français et la nature, pourquoi si peu d’amour ? (Actes Sud)
  • La nature à l'épreuve de l'homme (Delachaux et Niestlé)
  • L'homme et la nature. Une histoire mouvementée (Delachaux et Niestlé)
  • Enfant et nature. À travers trois siècles d’œuvres pour la jeunesse (Delachaux et Niestlé)
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