Réduire sa consommation de plastiques, voire éliminer ceux à usage unique, est depuis quelques années une des principales préoccupations environnementales. Mais ne croyez pas que celui qui a été érigé en ennemi n°1 de la nature se laisse faire : il est parfois bien plus vicieux et invisible que vous ne le pensez.

Du plastique se niche dans le sachet des sachets de thé, certains en sont même exclusivement composés
Du plastique se niche dans le sachet des sachets de thé, certains en sont même exclusivement composés © Radio France / Julien Mougnon

Quand il n'y en a plus, il y en a encore : ce pourrait être la nouvelle devise du plastique. Littéralement omniprésent dans nos vies, il aura fallu plus d'un demi-siècle pour prendre conscience des ravages majeurs qu'il cause à l'environnement, notamment aux milieux aquatiques. Depuis quelques années, la législation s'empare du sujet pour commencer à bannir certains objets en plastique (comme ceux à usage unique) de nos vies.

Mais ce n'est qu'un tout petit premier pas. Certes, se passer de pailles, de coton-tiges au bâtonnet en plastique et des couverts à usage unique, comme le prévoit la loi sur la biodiversité (dont cette disposition entre en vigueur en 2020) ne pourra qu'améliorer les choses, tout comme cette autre disposition (entrée en vigueur début 2018) qui a banni les micro-billes de plastique, ces ennemis n°1 des océans, des produits cosmétiques et d'hygiène.

Cela semble toutefois avoir plus répondu à un enjeu de santé publique que de protection de l'environnement. Car de très nombreux autres objets du quotidien sont composés en partie de plastique, sans qu'on puisse un instant en soupçonner la présence. Certains se parent même de vertus éco-responsables, alors qu'ils ne valent pas mieux que leurs homologues en plastique intégral.

En voici quelques-uns que vous ne soupçonniez sans doute pas.

Le gobelet en carton

Là où il se niche : Avouez que votre conscience s'en est trouvée toute soulagée, le jour où vous avez vu tomber un gobelet en carton à la machine à café du boulot. Envolée, la culpabilité de jeter la petite tasse en plastique sitôt l'espresso avalé ! Grossière erreur... 

Ce qui est fait (ou pas) : Ces gobelets en carton sont tous recouverts d'un film plastique imperméable, extrêmement fin, imperceptible. C'est lui qui assure l'imperméabilité du gobelet, en empêchant le carton et le papier de se détremper. "Globalement, tous les contenants en carton amenés à recevoir du liquide sont en partie composés de plastique" confirme Laura Chatel, chargée de campagne au sein de l'organisation Zero waste France. "Ce qu'on peut espérer, c'est que ce composé ne vienne pas gêner le recyclage du matériau majoritaire. Mais aujourd'hui, on les recycle très peu." 

Pour s'en débarrasser : Vous avez bien une tasse ou un mug qui traîne à la maison ?

Les capsules en aluminium

Là où il se niche : Puisqu'on parle de café, si vous êtes adeptes des machines qui fonctionnent avec des capsules en aluminium, vous savez probablement que pour parer les critiques liée à l'impact environnemental lié à la fabrication de ce métal, une filière de recyclage a été mise en place par le leader du secteur, qui recycle cet aluminium pour produire de nouvelles capsules.

Ce qui est fait (ou pas) : Or, ces capsules ne contiennent pas uniquement de l'aluminium, elles sont également composées de plastique. Pour séparer les deux, et pouvoir effectivement recycler l'aluminium, les capsules subissent un traitement par pyrolyse : le plastique est tout simplement brûlé.

Pour s'en débarrasser : Il existe des capsules en acier inoxydables rechargeables. Mais à ce compte-là, pourquoi ne pas privilégier une cafetière italienne ou à piston ?

Les sachets de thé

Là où il se niche : Buveurs de thé, vous êtes également concernés, si tant est que vous le consommiez en sachets. Passons sur l'emballage individuel des sachets qui, même s'il paraît être en papier, est recouvert d'un film plastique pour en assurer l'étanchéité, et sur la colle qui scelle le cordon et l'étiquette.

Sans que vous le sachiez, du plastique se niche aussi dans le sachet en lui-même. Certains en sont même exclusivement composés, comme les sachets pyramidaux, faits de nylon. Or, le plastique et l'eau très chaude ne font pas particulièrement bon ménage.

Pour s'en débarrasser : Optez pour une boule, une pince, ou un filtre à thé.

Les chewing-gums

Là où il se niche : L'industrie entretient le flou sur la composition de ces petites gommes à mâcher, en se bornant à inscrire "gomme base" dans la liste des ingrédients. Pour les rendre si élastiques et résistantes, on peut utiliser des gommes naturelles, mais ce sont bien souvent des gommes synthétiques, dérivées du pétrole, qui sont utilisées, comme l'acétate de polyvinyle. 

Pour s'en débarrasser : Redécouvrez le goût incomparable des pastilles Vichy ou La Vosgienne (certes, pour faire des bulles, c'est plus compliqué).

Les mégots de cigarette

Là où il se niche : Vous les pensiez faits de coton ? Ils n'en contiennent pas une trace. Ces petits restes de cigarette, une fois le tabac consumé, sont fabriqués pour la plupart en acétate de cellulose. Trop souvent jetés au sol, ils sont à l'origine d'une partie de la pollution aux microplastiques qui empoisonne les océans.

Ce qui est fait (ou pas) : Par les fabricants, rien. En revanche, des amendes commencent à pleuvoir pour les indélicats qui continuent à prendre le sol pour une poubelle. À Paris par exemple, plusieurs dizaines de milliers d'amendes ont été infligées ces dernières années. 

Pour s'en débarrasser : Après l'échec de la tentative de retour en grâce de la pipe, vous pouvez toujours essayer de remettre au goût du jour le tabac à chiquer ou à priser. Sinon, vous connaissez Tabac info service ?

Les produits sanitaires et hygiéniques

Là où il se niche : Si vous ne le saviez pas encore, vous ne pourrez bientôt plus l'ignorer : la directive anti-plastique adoptée par l'Union Européenne et qui entre en vigueur en 2021 va obliger les fabricants à spécifier sur les emballages des produits sanitaires la présence de plastiques. "C'est un pas en avant pour l’information du consommateur, on les jettera peut-être moins facilement dans les toilettes, ou on essaiera de les éviter tout simplement", espère Laura Chatel, de Zero Waste France.

Car pour assurer leurs qualités absorbantes et étanches, les lingettes et les protections hygiéniques féminines ou pour bébés sont composées en grande partie de plastique. On trouve dans les deux cas des composants identiques, "à hauteur de 90% pour les serviettes hygiéniques" selon Laura Chatel : polypropylène, polyéthylène, polyester, etc.

Dans une moindre mesure, les disques de coton contiennent des matières plastifiantes assurant le maintien du liquide dans les fibres, et empêchant qu'il ne passe au travers. 

Ce qui est fait (ou pas) : Or, le recyclage de tous ces produits est très compliqué, poursuit Laura Chatel : "Ce n'est absolument pas recyclable ni recyclé ! C'est souvent un mélange de plusieurs matières, qui en plus contiennent parfois des produits spécifiques, comme les lingettes de ménage et leurs substances nettoyantes, qui rendent tout recyclage vraiment compliqué, voire impossible". Pour y remédier, le gouvernement prévoirait d'instaurer un principe de "pollueur-payeur" aux fabricants de lingettes.

Pour s'en débarrasser : Les coupes menstruelles ont la cote depuis quelques années. Pour les bébés, des couches réutilisables existent, même chose pour les lingettes. Même si certaines sont composées en partie de plastique, cela vaut mieux que des objets à usage unique.

Les vêtements

Là où il se niche : Regardez l'étiquette des vêtements que vous portez en ce moment. Polyamide ? Plastique. Polyester ? Plastique. Elasthane ? Plastique. La plupart de nos vêtements en contiennent. "C'est globalement peu cher : par rapport aux vêtements 100% coton par exemple, le plastique permet de réduire les coûts de production", explique Laura Chatel.

Et notamment les vêtements "polaires". Voyons le bon côté des choses : ces pulls, vestes, plaids, etc. en fibres polaires sont exclusivement composés de plastique, c'est vrai. Mais ils sont très souvent fabriqués à partir de plastiques recyclés, notamment de bouteilles. Cela dit, une fois le vêtement usé, le processus de recyclage pose question : à la différence de celui du verre, il n'est pas infini

Le problème majeur de ces matières plastiques, c'est qu'au lavage, elles se dégradent et perdent des micro-particules de plastique. "Ces résidus de plastique ne sont parfois pas captés par les stations d'épuration", assure Laura Chatel. Ils finissent donc immanquablement dans les cours d'eau.

Pour s'en débarrasser : Pour les vêtements, guettez les étiquettes 100% coton, lin, chanvre ou tout autre matière naturelle. Pour se tenir chaud, optez pour des vêtements en laine. Ou arrêtez d'avoir froid.

Le Téflon

Là où il se niche : Ce matériau miracle qui recouvre certaines poêles n'est en fait que du plastique, son nom étant une abréviation de tétra-fluoroéthylène. Développé dès 1945 par la société américaine DuPont de Nemours, il est reconnu pour ses propriétés anti-adhésives. Mais il est également utilisé en architecture : l'enveloppe bleue du Stade Océane du Havre en est composée.

Pour s'en débarrasser : Rien de tel que la fonte pour cuisiner, vous diront les anciens. 

Les emballages cartonnés

Là où il se niche : Ne vous fiez pas aux apparences ! C'est vrai que ces briques de lait ressemblent à s'y méprendre à du simple carton. Il ne représente en réalité que les trois-quarts de l'emballage. Le reste est un mélange d'aluminium et de polyéthylène, le Polyal, utilisé pour assurer l'étanchéité de la brique et la conservation à long-terme du lait.

Ce qui est fait (ou pas) : Si la séparation et le recyclage du carton ne posent pas de problème, le recyclage du Polyal est bien plus compliqué. Mais ce n'est rien comparé aux paquets de chips, composés d'un mélange de résines plastiques et d'aluminium, un véritable cauchemar à recycler.

Pour s'en débarrasser : L'idée de revenir à des bouteilles en verre, recyclable à l'infini, fait son chemin, et notamment le système de consigne, qui permet de remettre chaque bouteille utilisée dans le circuit de recyclage. Très en vogue dans certains pays comme l'Allemagne, ce système effectue un retour timide en France.

Les fruits de mer

Là où il se niche : C'est la conséquence de tout ce que l'on vient de citer. Rejetés en masse dans les océans, les plastiques se décomposent en une multitude de particules microscopiques, absorbées notamment par les huîtres et les moules, et se retrouvent dans les estomacs de ceux qui en sont friands. Avant de terminer leurs courses dans nos canalisations.

Pour s'en débarrasser : Les végans ont deux mots à vous dire.

#leplastiquenonmerci

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement le mercredi 5 juin, France Inter et Konbini consacrent une deuxième journée au plastique, véritable fléau pour le climat, les écosystèmes marins et notre santé. 

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