Avec 250 millions de tonnes produites chaque année, le plastique a envahi notre quotidien. Indispensable, certes, mais polluant. Sur terre, dans le sous-sol et dans les océans, les plastiques sont là mais invisibles car fragmentés en tout petits morceaux. En mange t-on ? Les études montrent que oui.

L'impact sanitaire des nanoplastiques est largement méconnu, en l'absence de données toxicologiques.
L'impact sanitaire des nanoplastiques est largement méconnu, en l'absence de données toxicologiques. © Radio France / Julien Mougnon

La surproduction de plastique est un problème qui affecte l'environnement mais aussi la santé de l'homme. Contre toute attente, on respire plus de plastique qu'on en mange. Par effet d'abrasion ou de fragmentation, les microparticules sont en effet présentes dans l'atmosphère. Nous buvons aussi du plastique, comme l'a montré une étude sur deux groupes : l'un consommant de l'eau de bouteille, l'autre pas. Dans le premier groupe, la présence de microparticules de plastique était plus importante que dans le second. 

Philipp Schwabl, chercheur à l'université médicale de Vienne, a lui détecté l'année dernière dans les selles de huit volontaires en Europe, en Russie et au Japon, la présence de microplastiques : neuf variétés différentes, au total ! Les plus petits morceaux avaient le diamètre d'un cheveu, les plus gros 500 micromètres, l'équivalent d'un grain de sable. 

Coquillages et crustacés (au plastique)

Parce que chaque minute, c'est l'équivalent d'un camion benne de plastique qui est déversé dans les océans, la question se pose de savoir si les produits de la mer sont contaminés. Jusqu'à finir dans notre assiette après un lent processus de fragmentation. Selon François Galgani,  chercheur à l'IFREMER et membre du Laboratoire Environnement Ressources Provence-Azur-Corse, les déchets les plus gros présents en mer ne passent pas la barrière intestinale. Ils sont donc excrétés. "Le risque d'en manger est très limité puisqu'à l'exception des sardines ou des anchois, nous éviscérons les poissons avant de les manger", explique-t-il. 

Même si 660 espèces sont impactées en mer selon une étude canadienne, les plus concernés sont les animaux filtreurs. Les moules, huîtres et autres crustacés qui, pour se nourrir, filtrent toute leur vie de l'eau de mer. Une étude menée chez des mangeurs de moules belges a d'ailleurs révélé une quantité moyenne de neuf microgrammes de microplastiques ingérés quotidiennement par une personne de 60 kilos. 

Les nanoplastiques, scandale à venir ?

C'est cependant à l'échelle nanométrique que les inconnues demeurent. Depuis que l'expédition Tara Océans a montré l'omniprésence de ces microparticules dans tous les océans du monde (y compris Arctique et Austral) et la colonisation par le plancton qui utilise le plastique comme radeau, la question des limites de la fragmentation se pose : jusqu'où le plastique peut-il se casser ? 

La chimiste Alexandra Ter Hall, fin 2017, a démontré la présence dans l'Atlantique Nord de nanoplastiques. Caractériser ces minuscules morceaux a été un tour de force. "Il faut s'assurer de leur nature chimique pour s'assurer que ce ne sont pas des particules naturelles, ce qui n'est pas simple car les outils de caractérisation manquent", dit la chercheuse de l'IMRCP au CNRS.  La question de la contamination des tissus des poissons et donc de la chaîne alimentaire reste sans réponse. En revanche, "en laboratoire, on a mis des poissons en contact avec des nanosphères de plastique et on a vu qu'elles passent certaines barrières biologiques dans l'organisme du poisson. Mais dans le milieu naturel, on ne sait pas si c'est la même chose", ajoute Alexandra Ter Halle. 

On ne sait rien non plus des effets toxicologiques des additifs ou colorants ajoutés aux plastiques. Ni si le fait de chauffer ou de cuire les produits de la mer ou des fleuves change la donne.

Demain, des plantes aux plastiques ?

Les lacunes dans les connaissances sont importantes pour Nathalie Gontard, spécialiste des bioplastiques à l'INRA : "Selon l'EFSA, compte tenu de l'exposition actuelle, il n'y a pas de danger." "Pourtant, poursuit-elle, il ne faut pas oublier l'omniprésence de ces plastiques dans l'environnement et leur devenir. Ces millions de tonnes de plastique, déversées en mer ou enfouies dans la terre, sont en train, par le processus de fragmentation, de générer des micro et nanoplastiques. On ne les voit pas, mais quel sera leur impact sur notre alimentation d'ici 50 ou 100 ans ?"

Pour la scientifique, il faut démontrer l'innocuité de ces matériaux. Ne pas les voir ne doit pas nous ôter notre bon sens. "À terme, on aura une contamination monstrueuse", dit Nathalie Gontard, qui a calculé qu'il y aura en 2100 plus de nanoparticules dans le sol que de micro-organismes. Pour elle, il faut agir car le danger n'est pas à venir, mais déjà présent.

#leplastiquenonmerci

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement le mercredi 5 juin, France Inter et Konbini consacrent une deuxième journée au plastique, véritable fléau pour le climat, les écosystèmes marins et notre santé. 

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