Des experts de différents pays sont réunis à partir d'aujourd'hui en Guadeloupe pour tenter de trouver des solutions face à un fléau qui empoisonne les côtes des Caraïbes : la prolifération d'algues brunes appelées sargasses. Cette pollution est liée en partie au réchauffement, et il faudra s'y adapter.

Plage infestée de sargasses à Tulum (Mexique) en février 2018
Plage infestée de sargasses à Tulum (Mexique) en février 2018 © AFP / David Himbert / Hans Lucas

Trois questions à Frédéric Ménard, directeur du département Océans de l'IRD, l'institut de recherche et de développement.

FRANCE INTER : En quoi ces algues sont devenues si dangereuses ?  

FRÉDÉRIC MÉNARD : "Ce sont des algues naturelles dans le milieu marin. Elles ont même donné leur nom à la "mer des Sargasses". Par nature, elles ne sont pas toxiques, mais depuis 2011, elles se mettent à proliférer plus au sud et elles s'échouent de façon massive sur les plages et les côtes de la mer des Caraïbes et sur les côtes de l'Afrique de l'ouest. Or lorsqu'elles s'échouent, elles entrent en décomposition et c'est là qu'elles deviennent nocives. Elles posent des problèmes de santé publique à cause du dégagement d'hydrogène sulfurique qu'elles provoquent, c'est un effet un gaz toxique pour les populations humaines. Et ce n'est pas tout. Elles provoquent également des problèmes économiques, notamment par rapport à l'usage des plages ou au nautisme, et elles sont dangereuses pour la biodiversité car elles privent les eaux côtières d'oxygène. Les organismes qui ne peuvent pas se déplacer ont tendance à mourir, et les récifs coralliens s'abîment.

On constate ces dégâts depuis 2011 et et il y a déjà eu deux gros pics d'échouage de sargasses en 2015 et surtout en 2018. Des études sur la biodiversité vont être présentées lors de cette conférence internationale. Par exemple les tortues sont en danger car elles ne peuvent plus pondre sur certaines plages endommagées."

Que voyez-vous comme solutions face à ce fléau ? 

"Ces solutions ne sont pas faciles à trouver. Il va falloir apprendre à vivre avec le phénomène. Parmi les solutions, on peut anticiper les années où il y aura des échouages massifs d'algues dans différents endroits. Pour cela il faut développer des outils performants, comme la télédétection grâce à des images satellitaires, pour prévoir d'abord l'ampleur du phénomène à grande échelle, puis à plus petite échelle, au niveau des côtes. Ensuite, on peut mettre en place des moyens pour limiter l'échouage des algues, soit en les bloquant au large, soit en les ramassant rapidement sur les plages sans prendre de risque d'érosion. En d'autres termes, il faut mettre au point des engins pour récupérer ces algues, ou alors il faut barrer l'accès aux plages que l'on veut préserver."

Ces algues brunes sont-elles valorisables ? 

"Elles le sont certainement. Elles ne présentent pas beaucoup d'intérêt d'un point de vue énergétique mais elles peuvent servir à produire des biocarburants. On doit pouvoir également les utiliser pour fabriquer des matériaux de construction, ce que le Mexique a proposé de façon innovante. Enfin, on peut regarder si des substances naturelles peuvent être extraites de ces algues pour les utiliser en cosmétique ou dans l'alimentation. Ce sont différentes voies à prospecter. En tout cas, à court terme, il faut surtout trouver des moyens pour vivre avec ces algues et limiter leurs effets néfastes."

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