C’est une secousse d’une intensité rarement mesurée en France, mais pas anormale selon les spécialistes. Lundi matin, un séisme d’une magnitude 5,4 a frappé le sud-est du pays, tout près de Montélimar (Drôme), faisant des dégâts dans le village du Teil (Ardèche) et quatre blessés.

Le séisme, survenu lundi matin près de Montélimar, a fait quatre blessés dont un grave. Au Teil, les murs "ont bougé de 2 à 3 centimètres" témoignent les habitants.
Le séisme, survenu lundi matin près de Montélimar, a fait quatre blessés dont un grave. Au Teil, les murs "ont bougé de 2 à 3 centimètres" témoignent les habitants. © Maxppp / T. Z.

J’ai eu la peur de ma vie, j’avais le cœur qui battait à cent à l’heure”, témoignait Rachel, lundi après-midi sur France Bleu Drôme-Ardèche. Cette habitante du Teil a vécu le tremblement de terre survenu lundi matin dans le sud-est à son épicentre, dans le village ardéchois, situé à 26 km au sud-est de Privas. C’est là que la secousse, d’une magnitude de 5,4 sur l'échelle de Richter a été ressentie le plus fortement, vers 11h52, selon les derniers relevés du Réseau National de Surveillance sismique basé à Strasbourg. 

Certains bâtiments ou logements ont été endommagés, sans provoquer toutefois de dégâts majeurs. Quatre personnes ont été blessées, dont l’une grièvement. Le séisme a été ressenti de Lyon à Montpellier. En Ardèche, la préfecture a mis en service un Numéro Vert, le 0 811 00 06 07. 

Un tremblement de terre rare mais pas anormal selon Yann Klinger, sismologue à l'Institut de physique du globe de Paris pour qui des répliques ne sont pas exclues, car “c’est la séquence normale” d’un tel séisme. “On peut s’attendre à des répliques qui peuvent être importantes, supérieures à 4, sur des bâtiments déjà endommagés” juge pour sa part Michel Campillo, sismologue, professeur à l'Université Grenoble-Alpes.

FRANCE INTER : Ce séisme est-il étonnant et cette zone était-t-elle connue en France ?

YANN KLINGER : “Les séisme de magnitude 5 en France, il n’y en a pas très souvent, mais c’est déjà arrivé. Il se situe dans ce que l’on appelle le sillon rhodanien, où il y a des structures géologiques connues, dont la faille des Cévennes, la plus importante. Il y a plusieurs zones où l’on sait qu’il y a de l’activité sismique : le sud-est de la France est bien connu, le front des Alpes, le fossé rhénan en Alsace, le massif armoricain et bien sûr le front des Pyrénées, qui sont toutes des zones actives de la France mais qui génèrent très peu de gros séismes. 

Par rapport aux dégâts, et même si cela reste à préciser car les mesures continuent d’être analysées, le séisme semble être assez superficiel, donc proche de la surface. Comme il a une magnitude assez élevée, autour de cinq, c’est une magnitude assez conséquente. Si vous êtes juste au-dessus, vous êtes en effet bien secoués.”

MICHEL CAMPILLO : “C'est une surprise, due au fait que la durée des études sur ces régions là est très courte sur ces régions. En 50 ans, il y a eu très peu de sismicité dans cette région, même si l'on sait qu'au XVIIIe et XIXe siècle, il y avait eu des tremblements de terre. Quelques stations fonctionnaient à proximité, liées à l'observation permanente mais aussi à des expériences scientifiques qui étaient en cours, donc on peut penser qu'on aura pas mal d'informations sur cet événement là et qui nous éclairera sur la sismicité réelle de la région.”

Peut-il y avoir des répliques à ce séisme ? 

MICHEL CAMPILLO : “Pour le moment, au niveau des enregistrements, il est plutôt dans la norme. La seule chose qui, à l’heure à laquelle nous parlons, la seule chose un peu atypique est l’absence de répliques. C’est statistiquement très étonnant qu’il n’y en ait aucune sur un événement comme celui-là. On en saura plus dans les heures qui viennent très probablement. On peut s’attendre à des répliques qui peuvent être importantes, supérieures à 4, sur des bâtiments déjà endommagés. Il faut maintenir l’attention des personnes qui ont déjà été touchées, pour être dans la plus grande prudence dans les jours qui viennent.”

YANN KLINGER : “Ce serait normal d’avoir des répliques. Pour chaque séisme c’est la séquence normale que d’avoir des répliques, donc c’est possible qu’il y en ait. Les séquences classiques, c’est d'avoir des répliques de magnitude inférieure, mais on ne peut pas cependant exclure d’avoir des séismes plus forts. Enfin, on ne peut pas prédire les séismes aujourd’hui, même si on connaît les zones susceptibles d’être touchées. En revanche, il y a un réseau de capteurs en France qui permet de les localiser rapidement.”

Les témoins du séisme parlent d’un gros “bang”. Comment analysez-vous ce bruit ?

YANN KLINGER : “Il n’y a pas de bang, au sens d’un franchissement du mur du son. Mais le fait d’avoir une craquement est très classique, associé au séisme et qui est dû au fait que tout bouge et notamment les constructions, donc cela génère beaucoup de bruit.”

Y'a-t-il des types de constructions ou de matériaux qui résistent plus ou moins bien ? 

MICHEL CAMPILLO : “Le sujet est vaste mais lorsque l'on construit, on le fait avec des règles parasismiques et donc la mise en oeuvre est très codifiée. Mais la plupart de notre habitat est constitué de bâtiments anciens, construits bien avant la mise en place de ces règles et qui, pour certains, n'ont pas été bien entretenus. On a tendance à beaucoup reconstruire et charger les bâtiments (avec des meubles, des dalles sur des planchers, des ouvertures de fenêtre, de ports), ce qui peut être une grande inquiétude. Le vrai problème ce sont, pour ces séismes, les bâtiments anciens.”

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