C'est l'un des scénarios envisagé par le rapport spécial du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), publié dans la nuit de dimanche à lundi. Les experts de l'ONU estiment que pour rester sous ce seuil, il faudrait réduire de 45 % les émissions mondiales de CO2 d'ici 2030.

Les experts du Giec s'alarment à nouveau des changements climatiques
Les experts du Giec s'alarment à nouveau des changements climatiques © AFP / Joel Saget

Les experts climat de l'ONU ont épluché 6.000 études scientifiques pour rédiger ce pavé de 400 pages, commandé lors de la COP21 à Paris en 2015. C'est tout simplement le "résumé" le plus complet des connaissances scientifiques actuelles sur le réchauffement climatique. 

Le réchauffement climatique devrait ("is likely to" selon la terminologie du Giec) atteindre 1,5°C entre 2030 et 2052 si nos émissions se poursuivent au rythme actuel. "L'un des messages clé de ce rapport, c'est que nous voyons déjà les conséquences du réchauffement climatique à 1°C avec des phénomènes météo plus extrêmes, la hausse du niveau de la mer ou la fonte de la banquise de l'Arctique. Des changements parmi d'autres", explique Panmao Zhai, co-président du Groupe de travail 1 du Giec, cité dans le communiqué de presse. 

Lors de la dernière décennie, de 2006 à 2015, la température globale a déjà augmenté de 0,87°C par rapport à l'ère préindustrielle (1850–1900). Le rapport du Giec estime que la température monte en moyenne de 0,2 degré par décennie. Certaines régions sont bien sûr plus affectées que d'autres, l'Arctique par exemple se réchauffe deux à trois fois plus vite.

Toujours d'après le rapport, pour rester sous le seuil du 1,5°C, il faut réduire de 45 % les émissions de CO2 d'ici 2030 (par rapport à 2010) et parvenir à un solde net de zéro (entre ce qui est émis dans l'atmosphère et ce qui est absorbé) aux environs de 2050.

Il faudra extraire du C02 de l'atmosphère pour stabiliser à 1,5°C

Le rapport, rédigé par 91 auteurs de 40 pays différents, prévient : _"limiter le réchauffement climatique à 1,5°C nécessiterait des changements rapides, majeurs et sans précédent, dans tous les aspects de la société"_. Mais même si l'on parvient à réduire de manière spectaculaire les émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs d'activité (industrie, transports, bâtiment, énergie, agriculture), cela ne suffira pas, le rapport prévient :  "toutes les trajectoires qui limitent le réchauffement climatique à 1,5°C (avec peu ou pas de dépassement) impliquent d'extraire du CO2 de l'atmosphère (en plus de ce que les forêts et les océans font déjà naturellement)".

Au total, selon les scénarios, cela devra concerner entre 100 et 1000 GTCO2 (gigatonnes de CO2) au cours du XXIe siècle (c'est à dire entre 100 milliards de tonnes de CO2 et 1000 milliards de tonnes).

Comment extraire du dioxyde de carbone de l'atmosphère ? Soit en renforçant les puits carbone, grâce à des reforestations massives, une gestion des sols qui permet de séquestrer du CO2, voire des solutions de géoingénierie plus controversées comme la fertilisation ou l'alcalinisation des océans (qui consiste à répandre des anti-acides, du carbonate de calcium, pour contrecarrer l'acidification de l'eau de mer). L'autre option est de développer des procédés industriels de captage et de stockage de CO2. Des systèmes d'extraction de CO2 dans la fumée des sites très émetteurs (comme des centrales à charbon, raffineries, cimenteries ou sidérurgie) encore très peu utilisés dans le monde car il sont complexes et coûteux.

Le rapport ajoute une mise en garde : certaines de ces techniques de géo-ingénierie n'ont pas encore fait leurs preuves à grande échelle. 

Chaque demi-degré compte

La liste des maux associés à un réchauffement climatique à 1,5°C est longue. Les effets déjà observés vont s'amplifier : hausse du niveau de la mer, fonte de la banquise, phénomènes météo extrêmes (pluies intenses, sécheresses, canicules). Avec des conséquences sur la sécurité alimentaire (notamment les populations qui dépendent de l'agriculture vivrière et de la pêche) ou encore sur la santé (surmortalité liée aux vagues de chaleur, et risque accru de maladies à transmission vectorielle comme la dengue ou la malaria).

Un demi-degré de plus par rapport à aujourd'hui va, de manière plus générale, accentuer la pression sur les écosystèmes et la biodiversité. Mais ce rapport spécial du Giec souligne qu'en terme de conséquences, l'écart entre 1,5°C et 2°C est important.

Ainsi, dans un monde à 1,5°C de plus, le niveau global des océans monte, mais de 10 cm de moins que dans un monde à 2°C. De la même manière, l'Arctique libre de glace l'été pourrait ne se produire qu'une fois par siècle dans un monde à 1,5°C, contre une fois par décennie avec un réchauffement à 2°C. À 2°C, la quasi totalité des barrières de corail seront touchées, tandis que la proportion serait un peu moindre (entre 70 et 90 %) dans un monde à 1,5°C.

Moins la planète chauffe, plus on a de marge pour s'adapter, insiste le rapport. Il est destiné à aider les décideurs politiques dans leurs choix. La science a de nouveau parlé : la fenêtre de tir n'a jamais été aussi étroite.

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