Un phénomène, venu des Anglo-Saxons, se développe en France : le "slow flower", comme le "slow food", par opposition au "fast-food". Le concept ? Favoriser l'horticulture locale alors que près de neuf fleurs commercialisées sur 10 sont importées en France, et que 2 horticulteurs sur 3 ont fermé en 40 ans.

Xavier Désiré, horticulteur en Seine-et-Marne dans son exploitation de roses
Xavier Désiré, horticulteur en Seine-et-Marne dans son exploitation de roses © Radio France / Mariam El Kurdi

Six jours sur sept, Xavier Désiré travaille sur sa petite production de fleurs, d'1,5 hectare, dont une bonne partie de roses. Elles poussent sous une serre en forme de tunnel. Son exploitation respecte le rythme des saisons. "Vous en voyez beaucoup de fleuries, parce qu'on a eu un mois d'octobre assez exceptionnel, il a fait très chaud, la nature a été plus vite que nous", s'enthousiasme-t-il. La particularité de ces roses ? "Leur parfum" selon lui. "Ce sont des roses roses, très parfumées". Une odeur "naturelle".

L'horticulteur produit aussi des dahlias de multiples couleurs à destination des professionnels. Leur seule nourriture ? "Beaucoup d'eau", tient-il à préciser. Zéro traitement, contrairement aux fleurs importées, qui contiennent des substances chimiques pour résister aux transports et aux maladies.   

L'horticulture française, en grande difficulté

Le parfum des fleurs françaises semble de plus en plus rare. À Grisy-Suisnes en Seine-et-Marne, ex-capitale de la rose au siècle dernier, les rosiéristes se comptent aujourd'hui sur les doigts de la main. "Au XXe siècle, il y avait jusqu'à 200 exploitants. Aujourd'hui, sur Grisy-Suisnes, nous ne sommes plus que deux. Pour toute l'Île-de-France, nous sommes une petite demi-douzaine", regrette l'exploitant. Les producteurs de fleurs français sont un peu plus de 3 000 en France, d'après l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer. Leur nombre a presque été divisé par deux en l'espace de 10 ans, entre 2005 et 2015.

Un manque d'aide face à une concurrence étrangère à bas prix

Xavier Désiré déplore le manque d'aides européennes. "L"horticulture est vraiment le parent pauvre de l'agriculture. On n'a pas d'objectifs alimentaires, donc forcément, ce n'est pas le secteur le plus aidé".  Or, comme les agriculteurs, il est confronté aux aléas de la nature, des périodes de grand gel à celles de forte sécheresse.

Ces dahlias n'ont besoin d'aucun traitement chimique.
Ces dahlias n'ont besoin d'aucun traitement chimique. © Radio France / Mariam El Kurdi

Il se sent surtout démuni face à la concurrence étrangère. "On a laissé la Hollande avoir le monopole des fleurs, notamment dans la production et dans la distribution. La Hollande a raflé tous les marchés", se désole-t-il.  L'horticulteur francilien travaille avec une trentaine de fleuristes qui favorisent les circuits courts. Un combat partagé par d'autres professionnels du secteur, qui tentent de s'unir et de se mettre en lien pour résister face aux grands industriels.

Le combat pour faire exister la fleur locale

En France, 9 fleurs sur 10 commercialisées sont importées, essentiellement des Pays-Bas, mais aussi du Kenya, d’Équateur, ou de Colombie, où la main d’œuvre est peu chère. "La plupart de ces fleurs importées contiennent des substances chimiques pour résister aux transports et aux maladies. Et ce alors que deux horticulteurs sur trois ont fermé dans les 40 dernières années", déplore Hortense Harang, fondatrice de la plateforme Fleurs d'ici, qui comme Xavier Désiré œuvre en faveur de la "fleur locale"

Cette plateforme vise à favoriser cette horticulture française. "On vend des fleurs uniquement locales et de saison, on voudrait changer le marché et faire en sorte que de neuf fleurs importées sur dix, on passe à neuf fleurs locales sur dix". Elle insiste sur la nécessité de changer les mentalités. Comme pour les fruits et légumes, chaque saison a sa fleur, en ce moment, c'est notamment le chrysanthème.

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