Devant l'urgence sanitaire que constitue la pollution de l'air et ses effets sur la santé des enfants, Unicef France publie une compilation d'études sur la pollution atmosphérique, lance une campagne de sensibilisation et réclame un plan national de l'État.

 Selon l'OMS, trois enfants sur quatre sont exposés à un air toxique
Selon l'OMS, trois enfants sur quatre sont exposés à un air toxique © Getty

Les enfants sont particulièrement sensibles à la pollution, rappelle l'Unicef, qui lance ce jeudi la campagne "Pour chaque enfant, un air pur !". Avec le Réseau action climat, Respire et le WWF France, l'Unicef dresse un diagnostic de la pollution atmosphérique en ville et de ses effets sur les enfants. 

Selon l'OMS, trois enfants sur quatre sont exposés à un air toxique. Une exposition qui a des conséquences plus importante chez l'enfant car ses capacités respiratoires sont différentes : la respiration est 1,5 fois plus rapide et les poumons ne sont pas totalement développés, ce qui les rend plus fragiles.

15 à 30  % de nouveaux cas d'asthme chez l'enfant à cause des axes routiers très denses

_"_Un grand nombre de pathologies qui prennent racine dès l’enfance et même dès le stade fœtal (asthme, allergies, eczéma, syndromes dépressifs, diabètes, obésité…), écrit l'Unicef, sont directement liées à la pollution de l’air".

Plus fragiles, les enfants sont aussi davantage exposés dans les agglomérations urbaines, où les écoles et autres lieux d'accueil sont en majorité situés à proximité de grands axes routiers. Or, "le trafic automobile" est la "principale source de pollution atmosphérique" en ville, rappelle le rapport. _"Vivre à proximité d’axes routiers à forte densité provoquerait 15 à 30 % de nouveaux cas d’asthme chez les enfants"_, ajoute l'Unicef, qui précise aussi que la pollution a une incidence directe sur la circulation sanguine, le cerveau et l'immunité.

La campagne de sensibilisation qui débute ce jeudi vise à informer les Français et les collectivités des solutions qui peuvent dès à présent être mises en place pour réduire la pollution atmosphérique et préserver les enfants. _"34 000 décès pourraient être évités chaque année"__,_avait conclu Santé publique France de travaux sur la réduction de la pollution automobile, en se basant sur les niveaux observés dans les 5  % de villes et agglomérations françaises les moins polluées.

Instaurer des zones à faibles émissions

L'Unicef cite l'exemple de la capitale japonaise. En 2003, Tokyo a mis en place l'interdiction des véhicules diesel, "ce qui a permis de diminuer la concentration en particules fine de 44 %" en moins de deux ans, avec pour résultat une diminution de 11 % de la mortalité cardiovasculaire. Au-delà de la mortalité, réduire la pollution de l'air contribue à améliorer les syndromes respiratoires des personnes touchées par une affection pulmonaire et va même ralentir la progression d'affections pulmonaires liées à l'âge.

En France, poursuit l'Unicef, on peut parvenir à des améliorations en mettant en place des ZFE, des Zones à Faibles Émissions. Il s'agit de zones où la circulation est réduite, soit en interdisant certains types de véhicules (diesel, par exemple), soit en limitant l'accès aux horaires clés, soit en plaçant les parcs, crèches et écoles, mais aussi les gymnases et hôpitaux, à distance des axes urbains très fréquentés, voire en éloignant les parkings et autres lieux de dépôt des enfants.

Mais pour garantir un effet, l'Unicef appelle à préciser l'objectif _"dans le cadre national"_, afin d'atteindre les seuils recommandés par l'OMS, en permettant à "toutes les collectivités locales" de mettre en place des ZFE sur leur territoire.

Développer les mobilités propres

Pour que ces zones à faibles émissions soient imaginables plus facilement, l'État doit "accompagner et soutenir financièrement le développement des mobilités propres" : interdire les véhicules diesel ne suffit pas, car les Français ont besoin de mobilité et ne peuvent se passer de leur voiture si on ne leur propose pas une alternative suffisamment pratique et fiable (que ce soit le train, le métro, le tramway, le bus...). L'Unicef invite le gouvernement à mettre en place "un plan d’investissements publics pour développer les transports en commun en site propre et les aménagements cyclables sécurisés (...) nécessaire pour accélérer le report modal depuis la voiture vers des modes moins polluants".

Dans ce plan pourrait être inclue une extension du "forfait mobilité durable", qui indemnise les trajets à vélo et en covoiturage, à tous les salariés. Enfin, l'Unicef souhaite une meilleure sensibilisation aux risques de la pollution de l'air et aux effets sur les enfants, qui sont plus exposés que les adultes dans leurs activités quotidiennes, car ils passent plus de temps en extérieur. Cette sensibilisation permettrait, en effet, de limiter le temps passé en plein soleil pendant la récréation, alors que la ville est en plein pic de pollution.

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