La Tunisie est le pays méditerranéen le plus impacté par le changement climatique. Stress hydrique, érosion des côtes et pollutions industrielles sont autant de freins au développement.

La zone autour du barrage El-Haouareb, à 160 kilomètres au sud de Tunis, asséchée en 2017
La zone autour du barrage El-Haouareb, à 160 kilomètres au sud de Tunis, asséchée en 2017 © AFP / FETHI BELAID

En Tunisie, les clignotants environnementaux sont au rouge. A commencer par celui des ressources en eau. Selon l’ONU, le pays est même entré dans la zone de "stress hydrique", soit une disponibilité annuelle de moins de 500 m3 d’eau par habitant. "Nous n’avons pas assez d’eau", constate Samia Mouheli, enseignante à l’Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis (ISSBAT). "Notre ressource naturelle est descendue à 365 m3/an/hab, soit en dessous du seuil fixé par l’ONU. L’eau est aujourd’hui devenue une contrainte du développement. C’est la priorité des priorités".

Pays majoritairement désertique, les maigres ressources hydrauliques tunisiennes sont en plus contaminées par des pollutions industrielles (usines textiles), minières (phosphates) et agricoles. Beaucoup de stations d’épurations ne fonctionnent pas ou mal. Les eaux usées sont souvent déversées directement dans le milieu naturel, notamment en mer ou dans les cours d’eau.

Des oasis-forêts

L’agriculture souffre de sécheresses récurrentes. "Pour compenser la raréfaction des pluies", poursuit Samia Mouheli, "_les agriculteurs utilisent toujours plus d’engrais et de pesticides_. L’Etat tunisien commence à proposer des solutions en termes d’irrigation, mais cela aurait dû être fait depuis longtemps".

Lancé en 2013, le projet Reverdir la Tunisie veut promouvoir un modèle d’agriculture adapté au changement climatique, notamment en créant des "oasis-forêts" et en utilisant des techniques traditionnelles d’irrigation. "Nous avons commencé par le sud tunisien très impacté par le réchauffement climatique, notamment dans la région de Gabès", précise Samia Mouheli, à l’origine de cette initiative citoyenne. "Nous avons planté des arbres forestiers entre les arbres fruitiers pour enrichir le sol naturellement en nitrates et en phosphore. Nous avons mis aussi en place des systèmes d’irrigation avec des jarres en terre cuite. Six oasis-forêts ont été développées avec des établissements scolaires qui assurent le suivi de ces projets".

300.000 lits d’hôtels perdus

Fort de son potentiel naturel (désert et plages de sable fin), la Tunisie a choisi un modèle de tourisme de masse, mais qui a un coût environnemental très élevé, notamment en terme de consommation d’eau et de pollution. Avec le changement climatique, ce secteur clé pour l’économie tunisienne sera particulièrement impacté.

"Des études montrent que les côtes vont être endommagées par l’avancée de la mer", affirme Samia Mouheli. "On estime que le secteur touristique pourrait perdre 300 000 lits d’hôtels d’ici 2030. La solution serait d’aller vers un tourisme plus adapté, plus écologique et moins massif".

Les autorités tunisiennes ont-elles pris la mesure de l’ampleur changement climatique ? Oui, parce qu’elles ont mis la barre très haute dans leur contribution à l’accord climatique de Paris avec un engagement de réduction de 43% de la production de CO2 et un objectif de 30% d’énergie renouvelable d’ici 2030. Des objectifs jugés irréalistes par les associations environnementales.

Quant aux Tunisiens, leur conscience écologique reste encore brumeuse, tant les conditions socio-économiques minent leur vie quotidienne. "Bien sûr, les gens réalisent qu’ils n’ont pas d’eau au robinet mais ils ne comprennent pas pourquoi et pourquoi il y a autant de coupures l’été", constate Samia Mouheli. Elle explique :  

"Ils sont trop occupés à essayer de trouver à manger et un travail. Pour eux, l’environnement, cela concerne la bourgeoisie et les gens très éduqués, ce n’est pas pour le peuple".

Et pourtant, pour gagner la bataille de l’or bleu, il suffirait de commencer par investir prioritairement dans la réhabilitation des canalisations d’eau potable des grandes villes tunisiennes, dont l’état déplorable est à l’origine du gaspillage du précieux liquide.

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