Plusieurs ONG environnementales publient une étude conjointe montrant l'ampleur de la pollution générée par les services de VTC. Elles veulent qu'Uber propose une flotte composée uniquement de véhicules propres d'ici 2025.

Des VTC défilent à Paris, en novembre 2016, pour défendre leur statut alors que le gouvernement de Manuel Valls veut adopter des mesures en faveur des taxis
Des VTC défilent à Paris, en novembre 2016, pour défendre leur statut alors que le gouvernement de Manuel Valls veut adopter des mesures en faveur des taxis © Getty / Aurélien Meunier

"Uber doit arrêter de polluer les villes européennes." Ce 21 novembre, plusieurs ONG internationales réclament que les services de VTC (Voitures avec chauffeurs), et en particulier Uber, enclenchent un véritable virage écologique dans les prochaines années. En cause : le nombre de véhicules, qui a augmenté de façon exponentielle ces dernières années, décuple la pollution et la congestion du trafic dans les grandes villes. 

En France, le nombre de chauffeurs Uber a doublé en trois ans 

Selon l'ONG européenne T&E (Transport & environment), le nombre de chauffeurs français a doublé en trois ans, passant de 15 000 en 2015 à 30 000 en 2018. Yoann Le Petit, chargé des questions de mobilité au sein de T&E, explique à France Inter : "On est parti des États-Unis, où les données existantes sont assez précises sur l'impact d'Uber dans les grandes villes comme New York ou San Francisco. Et on constate qu'en dépit de leurs promesses pour réduire le nombre de voitures et améliorer la qualité de vie en ville, ces applications contribuent à davantage de congestions et d'émissions", explique-t-il. 

L'ONG a ensuite comparé ces résultats à l'Europe, et à ses plus gros marchés : Londres et Paris. À Londres, "il y avait 25 000 chauffeurs en 2016 et 45 000 en 2018. En parallèle, les trajets en voiture personnelle sont restés stables." 

À Paris, difficile de connaître précisément le nombre de chauffeurs. "Uber ne communique pas de chiffres précis. Mais d'après les statistiques officielles, deux tiers des chauffeurs de VTC sont concentrés sur l'Île-de-France. Donc on estime qu'il y a environ 20 000 chauffeurs Uber à Paris", précise Yoann Le Petit. En plus des 17 000 taxis que compte la capitale.

90 % des voitures Uber roulent au diesel

Le problème, c'est que l'immense majorité des VTC sont des diesels : 90 %, selon les ONG. "Les diesels émettent jusqu'à six fois plus d'émissions de dioxyde d'azote", poursuit Yoann Le Petit. Ce polluant serait responsable de la mort prématurée de 79 000 personnes vivant dans 41 pays d'Europe en 2015. "Et en moyenne, les VTC roulent quatre à cinq fois plus par an qu'une voiture privée."

Les ONG réclament donc une régulation du système de VTC : "Si la croissance du marché n'est pas contrôlée, on va se retrouver avec davantage de voitures en ville, en majorité des diesels, et on voit que les objectifs environnementaux poursuivis par Paris sont potentiellement mis en danger." C'est pourquoi les défenseurs de l'environnement réclament qu'à l'horizon 2025 "au moins", Uber s'engage à assurer un service avec seulement des véhicules "zéro émission".

L'électrique, trop cher pour Uber ?

Mais le principal intéressé n'est pas de cet avis, selon Yoann Le Petit. S'il assure que les ONG ont eu "plusieurs contacts avec Uber au niveau international", ces contacts n'ont pas été concluants. "Nous sommes arrivés à la conclusion qu'Uber est d'une part assez réticent à partager des données sur ses opérations, son nombre de chauffeurs réels, et d'autre part qu'il ne s'engagerait pas à assurer des opérations 'zéro émission', même en 2025."

Quels sont les arguments avancés par le géant du VTC ? "Le coût des véhicules électriques", explique Yoann Le Petit. Or, "déjà, il faut savoir qu'on ne demande pas un changement du jour au lendemain. En plus de cela, ce qui compte pour un taxi ou un VTC, c'est le coût total de fonctionnement et pas seulement le prix d'achat : avec un véhicule électrique, plus vous faites de kilomètres, plus il est rentable." En prenant en compte le prix d'un plein d'essence, le coût total d'une voiture électrique équivaut peu ou prou à celui d'une diesel ou d'une essence.

Enfin, d'ici 2025, "il y aura davantage de modèles électriques sur le marché, cela va se généraliser", ce qui devrait automatiquement faire baisser les prix d'achat", insiste Yoann Le Petit.

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