Ce "Global Forest Summit", à l'initiative de partenaires français privés, est une première. Des activistes, des entreprises, des représentants de la Banque mondiale, ou des politiques ont passé en revue les bonnes pratiques pour planter des arbres et "reforester". Mais ce sommet déclenche la colère des ONG.

10 millions d'hectares sont déboisés par an, comme si la planète perdait l'équivalent de la superficie de l'Islande chaque année en surface boisée
10 millions d'hectares sont déboisés par an, comme si la planète perdait l'équivalent de la superficie de l'Islande chaque année en surface boisée © Getty / Howard Kingsnorth

L'enjeu peut aiguiser des appétits : selon les climatologues du Giec, il faudrait restaurer un milliard d'hectares de forêts d'ici 2050 pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Cela correspond à 5% de la surface des terres émergées sur la planète. Pour les entreprises qui plantent des arbres, la manne n'est pas négligeable. Or ce sommet mondial pour les forêts, une première dans le genre, est organisé par l'entreprise Reforest'Action, qui conseille justement des projets privés de plantation d'arbres, et le groupe de réflexion "Open Diplomacy". 

Une "génération d'entrepreneurs de la reforestation"

Leur but : réunir spécialistes, activistes et politiques pour insister sur cette nécessaire "reforestation", pour la biodiversité, comme pour le climat, et passer en revue les bonnes pratiques. L'intention est louable. Stéphane Allaire, organisateur du sommet et patron de Reforest'action, l'admet : "Quand on intervient en forêt, on peut faire de très belles choses comme de grosses bêtises. Il faut s'appuyer sur les populations locales, renforcer la biodiversité, miser sur des forêts diversifiées, et créer une génération d'entrepreneurs de la reforestation. Ce qui suppose de les former pour créer des pépinières et les entretenir", détaille-t-il. 

Ce chef d'entreprise vante également les mérites de la bioéconomie, fondée sur le vivant : "Quand vous êtes dans un pays en voie de développement, explique-t-il, si les arbres que vous plantez n'ont pas un rôle économique, ils ont très peu de chance de durer. Ils vont être coupés pour construire des maisons et cuire les aliments. Il faut donc donner une dimension économique à ces projets de reforestation", conclut-il. Et cela a pour lui un grand intérêt : "grâce aux fruits et au bois produits, vous créez de la richesse, c'est aussi un moyen de faire basculer le monde d'une économie basée sur le pétrole à une économie basée sur le vivant". Tout un modèle.

Des partenariats avec des entreprises qui participent à la déforestation

Sauf que, dans l'hémisphère nord, les entreprises qui financent ces plantations d'arbres ne sont pas toutes "vertes". Et ce sommet est contesté par des ONG. "Certaines entreprises veulent même se racheter une bonne image à bas prix en plantant des arbres", s'énerve Sylvain Angerand, de l'association Canopée Forêts vivantes. "Car Reforest'action, organisateur du sommet, a des partenariats pour planter des arbres avec des groupes du secteur des énergies fossiles comme l'italien Eni ou le français Engie, ou des banques comme BNP Paribas qui financent en partie des acteurs de la déforestation", explique-t-il. 

"Si BNP Paribas veut vraiment faire quelque chose pour les forêts, qu'elle arrête de financer les entreprises qui déforestent, plutôt que de s'acheter une vertu en plantant des arbres", dénonce-t-il. Pour lui, comme pour Greenpeace, il y a dans ce sommet une "confusion des genres favorable à des projets de compensation carbone qui ne vont pas dans le bon sens" selon eux. Surtout que cet événement a été placé sous le haut patronage d'Emmanuel Macron. " Il faut, ajoute Sylvain Angerand, que le gouvernement arrête de cautionner ce genre d'opérations qui brouille les lignes", demande-t-il.

Or 10 millions d'hectares sont déboisés par an. Comme si la planète perdait l'équivalent de la superficie de l'Islande chaque année en surface boisée. Les ONG appellent le gouvernement à "mettre en œuvre leur stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée publiée il y a deux ans et restée lettre morte depuis".