Alors que l'empreinte du numérique représente en France 5 à 10% des émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement vient de présenter un plan pour que numérique ne rime pas avec désastre écologique. Une feuille de route en 15 actions. Mais rien ne sera imposé, pour le moment, aux opérateurs de téléphonie.

Le gouvernement veut notamment miser sur le réemploi et réparabilité des téléphones, ordinateurs et tablettes.
Le gouvernement veut notamment miser sur le réemploi et réparabilité des téléphones, ordinateurs et tablettes. © AFP / Charly Tribailleau

Dans cette feuille de route, présentée conjointement par Bercy et le ministère de la Transition écologique, le gouvernement annonce, entre autres, un baromètre environnemental des acteurs du numérique, pour mieux mesurer cette pollution, un code de bonne conduite, une campagne pour informer les consommateurs sur les bons gestes à adopter, ou encore un soutien aux "centres de données vertueux". Mais rien de contraignant pour les opérateurs ou les fabricants de téléphones. À la suite d'une proposition de la Convention citoyenne pour le Climat, le gouvernement a simplement demandé à l'Arcep, le gendarme des télécoms, d'étudier l'impact du modèle commercial des smartphones subventionnés par les opérateurs qui poussent les consommateurs à acquérir un nouvel appareil.  

Or l'empreinte du numérique représente tout de même "5% à 10%" des émissions globales de gaz à effet de serre en France" selon le gouvernement, et le principal problème est bien la fabrication elle-même des téléphones, tablettes et ordinateurs qui est responsable des trois quarts de cette empreinte environnementale. L'une des solutions est donc de changer moins souvent d'appareil, de garder, par exemple, son téléphone plus longtemps. C'est pour cela que le gouvernement mise, dans le plan de relance, sur le réemploi et sur la réparabilité de ces objets du quotidien. 

"50 à 100 millions de téléphones dorment dans les tiroirs des Français" selon le gouvernement

D'ailleurs, l'État lui-même devra être exemplaire et renouveler moins souvent son matériel "pour atteindre 20% d'appareils, téléphones ou ordinateurs, reconditionnés ou d'occasion dans les services publics".

Mais dans cette feuille de route, "il n'y a aucune obligation pour les opérateurs", regrette Frédéric Bordage, auteur de plusieurs rapports sur la pollution numérique pour Green IT, et" il n'y a _pas non plus d'allongement de la durée de garantie des téléphones_, mesure qui aurait poussé les consommateurs à garder leur ancien appareil", ajoute-t-il. Ce spécialiste souligne également que le gouvernement aurait pu insister davantage sur la collecte des téléphones qui croupissent dans nos tiroirs. "Il aurait pu également encadrer les pratiques de reconditionnement", ajoute-t-il, alors que le gouvernement prévoit de soutenir massivement cette filière dont le marché est estimé à 500 millions d'euros. Bref, "ce plan est très loin de nos demandes et de celles des citoyens de la Convention pour le climat", conclut-il.

Enfin, ce plan risque de se heurter à l'arrivée de la 5G, car cette nouvelle génération pourrait pousser de nombreux clients à changer de téléphone ou de tablettes pour en bénéficier. C'est pour cela que les citoyens de la Convention climat avaient demandé un moratoire sur la 5G mais ils n'ont pas été entendus.