Ce samedi 18 mai, pour la septième année consécutive, des milliers de militants vont arpenter les rues pour protester contre le géant du glyphosate Bayer-Monsanto. Mais cette fois, le contexte a changé : l'industriel, auparavant presque intouchable, se retrouve affaibli par plusieurs revers judiciaires.

Des pancartes lors de la Marche 2018 contre Monsanto, à Paris
Des pancartes lors de la Marche 2018 contre Monsanto, à Paris © Maxppp / Bruno Levesque

Une semeuse de coquelicots en plein Paris, un char géant en forme d'abeille place de la République, et des militants plus que jamais déterminés à faire plier Bayer-Monsanto : c'est le programme de la nouvelle marche mondiale contre l'industriel, organisée ce samedi 18 mai dans une trentaine de villes en France et dans le monde. 

Des revers à répétition pour Bayer-Monsanto

Cette marche de militants opposés au glyphosate existe depuis 2013, mais l'édition 2019 s'inscrit dans un contexte nouveau. Outre l'opinion du grand public, de plus en plus défavorable aux pesticides, le groupe Bayer-Monsanto a dû faire face à d'importants revers judiciaires. 

Dernier en date : une amende record de deux milliards de dollars, infligée par un tribunal californien. Un couple d'agriculteurs, tous deux atteints d'un cancer, a obtenu gain de cause après avoir utilisé du Roundup. Lundi 13 mai, la justice a estimé que ce produit était défectueux, et que Monsanto avait omis d'avertir les victimes de ses risques cancérigènes - ce que le groupe conteste toujours. Outre-Atlantique, 13 000 autres plaignants sont en attente d'un procès. En France, près de 500 plaintes ont été déposées.

"L'action en bourse de Bayer a chuté dramatiquement au moment du rachat de Monsanto"

Au même moment, des journalistes du Monde et de France 2 révélaient un autre scandale : Monsanto aurait secrètement fiché plus de 200 personnalités en fonction de leurs positions sur le glyphosate, alors que la loi interdit de construire une base de données personnelles "faisant apparaître les opinions politiques et philosophiques des personnes sans leur consentement". Un délit passible de cinq ans de prison et 300.000 euros d'amende.

Aujourd'hui, Monsanto, et son propriétaire, le groupe Bayer, paraissent très affaiblis. Marion Nguyen, militante parisienne anti-glyphosate, rappelle : "L'action en bourse a chuté dramatiquement au moment où Bayer a racheté Monsanto", explique-t-elle. "Avant, _Bayer pesait environ 130 milliards d'euros, aujourd'hui il n'en est plus qu'à 54 milliards d'euros_, et Monsanto a été racheté cet été à hauteur de 56 milliards. Je pense qu'aujourd'hui, Bayer s'interroge beaucoup sur le rachat de Monsanto, et les actionnaires demandent des comptes."

Les militants demandent à renégocier la PAC, à l'approche des Européennes

Autant de revers qui donnent aux militants anti-glyphosate le sentiment que leur parole porte enfin. Tom Baquerre, du collectif Combat Monsanto, n'a plus l'impression de prêcher dans le désert. Maintenant que le grand public et les politiques s'intéressent aux dangers du glyphosate, et en pleine campagne des Européennes, les opposants sont en position de force pour exprimer leurs revendications.

"Premièrement, _on voudrait que la France appuie une remise à plat totale de la PAC_." La politique agricole commune, mise en place en 1962 dans l'Union européenne, "reverse actuellement une grande partie de son budget à des agriculteurs qui polluent l'environnement et épandent des pesticides", estime Tom Baquerre. Les militants demandent donc à renégocier ces accords. "Deuxièmement, nous demandons une interdiction du glyphosate en France, et plus généralement un plan de sortie des pesticides de synthèse en France, le plus rapidement possible."

À Paris, la manifestation partira à 14 heures de la place de la République pour rejoindre la place de Stalingrad. Des rassemblements sont aussi prévus à Montpellier, Lisieux, Peyrehorade, Toulouse, Lorient, au Havre ou encore à Caen. La liste complète des événements est à retrouver ici.

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