L'ONG Greenpeace dénonce ce lundi le refus de l'affichage de sa nouvelle campagne de publicité dans les transports parisiens. La régie publicitaire Médiatransports explique sa décision en soulignant le "caractère politique" des visuels.

Cette nouvelle campagne de Greenpeace a été jugée "trop politique" par la régie publicitaire Médiatransports.
Cette nouvelle campagne de Greenpeace a été jugée "trop politique" par la régie publicitaire Médiatransports. © Greenpeace France

L'ONG ne décolère pas. Lundi, Greenpeace France s'est indignée d'avoir vu sa dernière campagne de publicité refusée par la régie publicitaire Médiatransports, filiale du groupe Publicis, qui s'occupe des affiches du métro parisien et des quais de la SNCF dans la capitale. Le spot publicitaire associé aux affiches a également été refusé par certaines salles de cinéma.

La campagne, conçue avec l'agence Strike, dénonce l'inaction des responsables politiques face à l'urgence climatique. Elle affiche en gros le slogan : "Les discours ne suffisent pas". On y voit par exemple, dans le film d'une minute ou sur les affiches, des morceaux de banquise en forme de "Bla bla bla", symbolisant les discours inutiles.

Selon l'e-mail de refus de Médiatransports, transmis par Greenpeace à France Inter, la régie publicitaire motive sa décision en expliquant que les visuels avaient un "caractère politique". Trop politique donc ? Greenpeace assure que les visuels ont pourtant été jugés "conformes" par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), dans un avis rendu au mois de novembre. 

Stéphane Martin, directeur général de l'ARPP, souligne que l'avis remis par son organisme avait alerté sur la nature du message et "qu'il appartenait au diffuseur de juger de la diffusion ou non de la campagne selon ses obligations contractuelles". 

"Deux poids, deux mesures"

Si, malgré cet avis, chaque diffuseur est libre de son choix, la décision de Médiatransports est jugée "étonnante" par la directrice de la communication de l'ONG en France, Laurence Veyne. Elle se dit surprise par cette "première". Surprise aussi qu'une autre régie publicitaire, Clear Channel, ait validé la campagne pour diffusion dans cinq grandes villes du pays (Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier et Toulouse).

Elle dénonce un "deux poids, deux mesures", observant que "ce type de messages est jugé trop politique alors que l'ensemble de la communauté scientifique indique que l'on n'a plus beaucoup de temps pour agir (...) et que l'on a des visuels dans le métro pour des SUV et des compagnies aériennes qui accélèrent le changement climatique". Si Greenpeace communique autour de ce refus, c'est aussi pour (peut-être) faire changer d'avis Médiatransports, concède Laurence Veyne.

"À quelques jours de nouvelles marches pour le climat, Greenpeace rappelle que l’urgence climatique nécessite des actes forts de la part du gouvernement. Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, est coutumier des grands discours, mais les actes ne suivent pas. La France est en retard sur ses objectifs climatiques et vient même d’augmenter ses objectifs d’émissions de CO2", dénonce dans un communiqué Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

L'ONG dénonce notamment que depuis 2015, les émissions françaises de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse. Cinq ans après la COP21, "nous sommes très loin de la trajectoire fixée pour atteindre l’objectif de 1,5°C maximum de réchauffement climatique", regrette Greenpeace.

La RATP, contactée par nos soins, se refuse à faire tout commentaire et renvoie vers son prestataire. À France Inter, la directrice de la communication de Médiatransports indique que le refus de la campagne de Greenpeace "respecte les règles du contrat qui lie l'entreprise à la RATP, contrat qui interdit les messages à caractère politique". "Nous sommes soumis à un devoir de neutralité, pour nous ces visuels ne le respectent pas. Ce n'est pas la question du contenu ou du sujet qui pose une difficulté mais l'interpellation, qui pointe l'action des décideurs politiques", conclut Alexandra Lafay.  

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.