Un peu plus d'un an après l'évacuation de la ZAD, le chantier du Grand contournement ouest de Strasbourg a franchi une nouvelle étape, cette semaine. Philippe Subra, auteur de "Zones à défendre : de Sivens à Notre-Dame-des-Landes", analyse les formes prises par les mouvements de contestation écologistes.

Lors d'une manifestation à Metz, en mai, un militant  fait le mort devant une banderole qui interroge la compatibilité du Grand contournement Ouest de Strasbourg avec la transition écologique.
Lors d'une manifestation à Metz, en mai, un militant fait le mort devant une banderole qui interroge la compatibilité du Grand contournement Ouest de Strasbourg avec la transition écologique. © AFP / Christoph de Barry

C'est un projet qui, depuis quatre décennies, fait l'objet de débats. Le chantier de la rocade autoroutière de Strasbourg a connu une nouvelle étape symbolique cette semaine : un premier tronçon métallique de 150 mètres a été posé sur le viaduc de Vendenheim. "Vinci dégage, Vinci écocide" ont scandé une vingtaine de militants opposés au projet. Le Grand contournement ouest, censé permettre de capter le trafic de transit et diminuer la circulation au sein de l'agglomération, devrait entrer en service fin 2021. 

Une ZAD (pour "zone à défendre") avait vu le jour sur le site. Évacués par les forces de l'ordre en septembre 2018, les opposants au projet affirment ne pas avoir dit leur dernier mot. 

Philippe Subra, enseignant à l'Institut français de géopolitique et auteur de Zones à défendre. De Sivens à Notre-Dame-des-Landes, aux Éditions de l'Aube, était l'invité du journal de 13h sur France Inter avec Yves Decaens.

FRANCE INTER : Est-on face à un phénomène d'hypersensibilité de notre société face à tout projet d'aménagement du territoire ?

PHILIPPE SUBRA : "Notre territoire est déjà très aménagé, si bien que les besoins d’aménagements nouveaux sont beaucoup plus faibles qu’avant. Notre société est aussi beaucoup plus sensibles à la protection de l’environnement et celle des paysages. Je pense qu’il y a un basculement de l’opinion publique au niveau national, qu’a illustré par exemple le résultat des élections européennes [où la liste EELV a obtenu 13% des voix, ndlr]. 

Une frange de plus en plus importante de la population - et pas simplement dans les couches moyennes intellectuelles, les fameux "bobos" - est sensible aux questions d’environnement, et se détermine, dans des projets comme celui-ci, à partir de l'objectif de protection de l’environnement."

La forme que prend cette contestation est également assez récente, avec l'apparition de la ZAD depuis le début des années 2000,  dont celle emblématique de Notre-Dame-des-Landes...

"Il y a ZAD et ZAD ! Celle de Strasbourg était différente de celle de Notre-Dame-des-Landes : beaucoup plus petite, beaucoup plus récente, beaucoup plus difficile à défendre face à une intervention des forces de l’ordre. Et d’une culture assez différente, beaucoup plus pacifique. Ce qui explique en partie qu'à Strasbourg, l’évacuation se soit faite assez facilement, en une journée à peine."

Les opposants au Grand contournement ouest de Strasbourg réunis le 25 septembre 2018, après le rejet par le tribunal de la requête d'Alsace nature, autorisant ainsi la reprise des travaux.
Les opposants au Grand contournement ouest de Strasbourg réunis le 25 septembre 2018, après le rejet par le tribunal de la requête d'Alsace nature, autorisant ainsi la reprise des travaux. © Radio France / Lucile Guillotin

L’action se situe aussi sur le plan juridique. À Strasbourg, l’opposition cherche des failles, des opérations qui ne respecteraient pas la législation. C’est le symbole d’une société qui s’est judiciarisée ?

"Le recours au droit est très efficace. C’est un très bon rapport investissement/ résultat. Il suffit de quelques militants bien rodés  et très motivés pour trouver, assez souvent, des failles dans les enquêtes publiques et obtenir l’annulation des déclarations d’utilité publique par les tribunaux administratifs. Pour autant, dans le cas de Strasbourg, je pense que la bataille est perdue. Le chantier est en cours, je ne vois vraiment pas comment on pourrait revenir en arrière."

Au vu de la multiplication de ces oppositions, est-ce qu’il faut changer la procédure dans les grands projets d’aménagement du territoire ?

"Le changement a déjà eu lieu ! Depuis la loi Barnier de 1995, qui institue le débat public sur les grands projets d’infrastructure, on concerte sur tous les projets. Mais ça ne permet pas de mettre fin à des contestations radicales, situées à la racine de ces politiques d’aménagement. Je pense qu’on va vers une situation où il sera de plus en plus difficile d’aménager, malgré la concertation et l’amélioration de la prise en compte de l’environnement dans les projets. On va avoir de plus en plus de conflits de ce type."

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