Au Zimbabwe, la sécheresse récurrente frappe durement la population mais aussi la faune sauvage. A tel point que les responsables d’un parc ont entrepris de déplacer 600 éléphants, deux meutes de lions, des buffles, des girafes… Dans le parc de Hwangé, le plus important du Zimbabwe, la situation devient incontrôlable.

Plus de 200 éléphants sont morts en raison du manque d'eau et de nourriture dans le parc national de Hwange (qui est de la taille de Belgique) au Zimbabwe
Plus de 200 éléphants sont morts en raison du manque d'eau et de nourriture dans le parc national de Hwange (qui est de la taille de Belgique) au Zimbabwe © AFP / ZINYANGE AUNTONY

Déplacer des éléphants, des lions ou des girafes pour lutter contre la sécheresse : les responsables d'un parc au Zimbabwe ont entrepris cette opération avec des centaines d'animaux vers des sites moins frappés par les conditions extrêmes. 

Mathieu Bourgarel est chercheur au CIRAD au Zimbabwe ; il est spécialiste de la gestion des grands herbivores dans les aires protégées et expliquait la situation au micro de Mathieu Vidard dans La Tête au carré : "En fait, toute l'Afrique australe est touchée par des sécheresses à répétition, ou des saisons des pluies qui sont caractérisées par des périodes sans pluie très longues, ce qui impacte fortement l'agriculture. Et c'est vrai que le Zimbabwe est confronté depuis plusieurs années maintenant à des problèmes de ravitaillement et de sécheresse et de pénuries pour les populations locales". 

Une population confrontée à l'insécurité alimentaire 

MB : "Une grande partie de la population vit dans ce qu'on appelle les zones agroécologiques 4 et 5, qui sont les plus sèches du pays et qui, en fait, subissent de manière plus importante les effets du changement climatique. Ils se retrouvent avec des pluies de plus en plus erratiques et donc avec l'incapacité de produire du maïs, qui est quand même l'alimentation de base ici au Zimbabwe. Un grand nombre de personnes n'ont donc pas à manger et ne pourront pas assurer leur alimentation au cours de l'année à partir de la production agricole".  

Les grands herbivores sont également touchés par cette sécheresse

MB : "C'est vrai que plus la saison sèche est longue, plus l'accès à l'eau libre est diminué et les animaux en souffrent et en meurent. 

Cette année, dans le parc de Wandé par exemple, il y a eu par exemple, énormément d'éléphants qui sont morts de soif dans les derniers mois de la saison sèche, en octobre, début novembre.

Comment déplace-t-on des éléphants, des zèbres, des impalas ?

MB : "C'est une opération qui se fait à partir d'une zone qui s'appelle "Save Valley Conservancy" dans le Sud-Est du pays : des propriétés privées qui s'étaient regroupés pour faire de la sauvegarde d'animaux. Aujourd'hui, une grosse partie de cette superficie a été récupéré par les autorités pour installer des populations rurales.  l'espace à disposition de la faune est donc limité et ça génère beaucoup de conflits. Ils souhaitent déplacer ces animaux vers d'autres parcs nationaux du Zimbabwe.

Ça se fait par des captures physiques qui varient en fonction des espèces. Les éléphants sont endormis : un hélicoptère les survole et les animaux sont endormis avec des seringues hypodermiques puis chargés dans des camions. Pour des espèces comme les impalas ou les zèbres : ils sont capturés avec la technique qu'on appelle du "boma", c'est-à-dire un énorme entonnoir fabriqué avec d'immenses bâches. On pousse les animaux pour les capturer et les charger dans des porte-bétails et les transporter d'un parc à l'autre.

Ce sont des opérations très coûteuses : on avait estimé le coût pour déplacer une centaine d'éléphants aux alentours de 250 000 dollars."

Un hippopotame coincé dans la boue à un trou d'eau en train de sécher dans le parc national de Hwange, au Zimbabwe, le 12 novembre 2019.
Un hippopotame coincé dans la boue à un trou d'eau en train de sécher dans le parc national de Hwange, au Zimbabwe, le 12 novembre 2019. © AFP / ZINYANGE AUNTONY

Est-ce qu'on va pouvoir comme ça, se déplacer sans arrêt des animaux ?

MB : La difficulté, c'est qu' "Il faut trouver des sites sur lesquels on peut amener un grand nombre d'animaux, c'est à dire des endroits qui ont la 'capacité de charge', qui permettront d'accueillir des centaines d'éléphants. Et qui soient aussi des sites où il n'y a pas de braconnage parce qu'on ne va pas dépenser des sommes colossales d'argent pour déplacer des animaux qui vont être braconnés dans les mois ou les années qui suivent. 

Il faut aussi qu'on trouve des conditions qui ne vont pas générer plus de conflits avec les populations locales qui vivent dans les nouveaux sites. Ces opérations prennent beaucoup de temps de préparation"

Trop d'éléphants au km² au parc de Hwange

MB : "Le Zimbabwe est un des rares pays d'Afrique australe qui a une population d'éléphants avec, à certains endroits, de la surpopulation. Dans le parc de Hwange, qui est le plus grand parc du Zimbabwe (12 600 km²) il y a une population d'éléphants estimée aujourd'hui à 45 000 individus

Ce parc a été créé aux alentours de 1920 : c'était une zone de passage entre deux rivières et les éléphants passaient par là. Quand le Zimbabwe (à l'époque la Rhodésie) a décidé de créer la Hwange National Parc, ils ont créé environ 180 points d'eau artificiels et des barrages pour sédentariser les animaux - et en particulier les éléphants. 

Dans les années 1980, quand les gestionnaires du parc on commencé à observer la dégradation de la population d'éléphants sur l'habitat (ouverture du milieu, destruction des arbres, etc.) ils ont décidé de limiter la croissance de population en faisant des abattages sélectifs d'éléphants : entre 500 et 700 éléphants / an, ce qui permettait de maintenir la population entre 17 000 et 20 000 éléphants sur l'ensemble du parc. 

Ces opérations se sont arrêtées au début des années 1990 avec la pression internationale qui a dit qu'il ne fallait pas abattre d'éléphants étant donné le problème général de l'éléphant en Afrique. Depuis, la population a augmenté régulièrement pour atteindre aujourd'hui ce chiffre de 45 000 éléphants, avec des densités qui vont jusqu'à six éléphants au km² pendant la saison sèche.

Quelles solutions ?

MB : "Travailler sur la gestion de l'eau qui est un des points cruciaux pour la gestion de la population d'éléphants et arriver à gérer le déplacement de ces animaux sur la totalité du parc (et non pas les voir se concentrer sur la zone où il y a des points d'eau)"

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